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12/07/2008
La passion de Charles ;rediffusion estivale
Charles avait depuis toujours la passion des jardins,
il s’était juré qu’il ne finirait pas sa vie
sans posséder un carré d’herbes avec un arbre !
Les années passaient, il vieillissait,
coincé solitaire dans son petit appartement de banlieue
dont il avait transformé les appuie fenêtres en jardins suspendus :
des pots par dizaines, amoncelés sur les jardinières,
risquaient à tout instant la chute,
mais débordaient de fleurs et de verts multiples,
du doux tendre bleuté au vert vif ou sombre,selon les mois de l’année.
Charles s’évertuait à créer au fil des saisons
des thématiques colorées
qui épataient les passants et que jalousaient les voisins de la tour.
Il attendait que la nuit soit bien avancée
pour arroser la multitude de plantes,
car à plusieurs reprises, il s’était fait tancer par le concierge
« On n’a pas idée de faire pleuvoir sur les gens ! »
*
*
*
Il inventait d’ingénieux systèmes avec des bouteilles en plastique
plantées par le goulot en terre
et qui diffusaient goutte à goutte
le précieux liquide pendant les journées caniculaires d’été,
il disposait des larves de coccinelles sur les jeunes pousses,
les sachant friandes de pucerons,
il se ruinait chaque samedi
en trouvailles fleuries acquises
sur le marché de Montreuil.
Charles ne vivait que pour ses plantations,
sans famille, sans besoin, maintenant sans travail
et attendant quelque chose
qui lui offrirait son carré de vert et son arbre !
Les années passaient, les années passèrent,
Charles vieillissait. Charles vieillit.
Quand arrivaient les averses d’automne et le vent,
que les fleurs se faisaient plus rares et moins exigeantes,
il se consacrait à la lecture des Rustica des mois de soleil
pendant lesquels il n’avait pas eu le temps de les ouvrir.
Souvent, il passait à la mairie toute proche,
pour voir si, à tout hasard, un de ces jardins ouvriers
dont il guettait la libération par son locataire,
ne pourrait lui être attribué. Jamais rien de ce côté.
Le samedi, il n’allait plus au marché de Montreuil
qui lui paraissait maintenant trop éloigné .
Il se contentait de semis qu’il organisait dès le mois de novembre
dans un recoin de sa cuisine, et dès les premiers beaux jours,
il les installait affectueusement dans les pots
au premier soleil doux du mois d’avril.
Les plants lui rendaient ses attentions au centuple,
éblouissant l’horizon de ses trois fenêtres :
les solanums grimpaient sur les fils qu’il tendait en toile d’araignée
aux quatre angles des fenêtres, s’entremêlaient de jasmins,
de clématites dont Charles prenait soin d’ombrer les pieds
pour ne pas en atténuer la floraison.
Il écoutait sur sa radio les conseils hebdomadaires
du Jardinier des Ondes
mais il avait conscience d’en savoir beaucoup plus que lui !
Le vert filtrait la lumière qui pénétrait dans l’appartement
et Charles se prenait à croire qu’il était sous son arbre,
baignant dans la douceur pâle du vert d’un tilleul,
d’un chêne, ou d’un érable.
Devant la multiplicité féerique des essences,
il ne pouvait se décider au choix :
quel arbre sera mon arbre ?
Il les chérissait tous,
et ne se sentait pas digne d’en choisir un
pour délaisser tous les autres.
Quand Charles mourut,
on trouva chez lui un petit carnet de croquis
dans lequel il avait, d’une main malhabile,
imaginé son carré d’herbe et son arbre.
Ce projet se répétait à l’infini :
ce n’est pas un, mais des dizaines de carnets
que trouvèrent ses deux nièces venues vider l’appartement.
Elles connaissaient à peine ce vieil oncle original,
qui ne communiquait plus depuis bien longtemps.
Elles, elles avaient leurs vies en Corrèze,
enfants et petits enfants, bien loin d’ici,
là bas où Charles était né autour de 1920.
Elles savaient seulement qu’il avait quitté sa province
pour quelque obscur poste de gratte-papiers aux impôts à Paris
et avait toujours vécu à Montreuil.
Nulle attache par ici, elles décidèrent
que le mieux serait de le faire incinérer.
Par un grand vent de printemps,
sous un ciel clair et transparent lavé par les pluies de la veille,
les deux nièces dispersèrent les cendres de leur oncle près du columbarium ;
il y avait là un carré d’herbe fraîche que venaient ombrager un chêne noueux
et un tilleul centenaire au doux vert grisé.
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15:49 Publié dans Ecriture,Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Le texte d'une vie ,tout empreint de beauté de douceur et de sérénité.
Je me sens toute petite face à ces lignes qui nous parlent si bien de la vraie valeur que chacun devrait porter à la Vie.
Merci pour tout cela ma petite Fanfan.
Ecrit par : mamou | 02/07/2008
J'ai vu toutes tes photos, ton album, elles sont superbes! Elles dégagent des sensations de joie et de quiétude! De très beaux souvenirs qui ancrent à jamais dans ton port! J'ai aimé!
Ecrit par : Mohammed | 02/07/2008







