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10/06/2008

Les cousins Lorrin

Pause et repos  pour le blog,

 je vous laisse avec les cousins Lorrin.

Rediffusion.

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Les cousins Lorrin n’appartenaient à aucune époque, aucun siècle n’était fait pour eux.
Ils étaient hors du temps, hors des temps, intemporels, sous la houlette du patriarche Louis dont on disait qu'il avait fait de brillantes études; je n'ai  jamais su lesquelles. Jamais il ne travailla.
 

Louis, à l’âge de vingt deux  ans  avait épousé sa cousine germaine, Catherine, la fille de son oncle maternel, car il n’est pas bon que se dissolvent les patrimoines dans les familles cauchoises. La meilleure tactique avait été donc et depuis de nombreuses générations de faire s’épouser entre eux les  cousins et cousines, plutôt germains, pour rapprocher les terres, pour resserrer les demeures, pour éviter de voir s’éparpiller les biens.

Image:Rang hetres Caux.jpg

  Ainsi donc Louis, et Catherine , ménage exemplaire,  se virent à la tête de nombreuses propriétés, domaines agricoles, vastes demeures bourgeoises, métairies, entourées de haies de peuples et de hêtres , dignes héritiers des personnages de Maupassant.

Le lit conjugal servit, et Louis accomplit son devoir d’ensemencement ; Catherine accoucha en six ans de cinq enfants.

La vaste demeure longeait la rue principale du bourg, six fenêtres aux barreaux serrés, dont les volets se fermaient dès cinq heures du soir. Un jardin sur l’arrière, prolongé d’un potager, puis les champs.Point d'amis, (Louis aimait à proclamer que les seuls amis des enfants sont leurs parents ) point de fréquentations, hormis l'inévitable curé de la paroisse ,le notaire, et puis, un vieil évêque , dont on ne savait ce qui avait motivé son arrivée dans ce coin reculé de Normandie. Il venait  une heure  pour le thé quotidien confessait Catherine, écoutait Cécile avec bienveillance, puis repartait jusqu'au lendemain...

 Joseph, le fils aîné, porteur de toutes les espérances paternelles, fut condamné à réussir son entrée dans la vie militaire.

Surprise, car jusqu’à Joseph, aucun aîné n’avait jamais eu d’autre occupation que de prolonger la dynastie et gérer le patrimoine.
Joseph entra donc à Saint Cyr. Il disparut en Indochine.

 Henri-Pierre, de treize  mois son cadet, se révéla un enfant fragile, étrangement artiste dans ce monde sans art . On le mit très vite en pension chez les Jésuites, pour lui faire le caractère. Henri-Pierre, nous le découvrîmes il y a peu dans  de la correspondance retrouvée incidemment, tenta de mettre fin à ses jours à treize ans.

Il se heurta violemment à la volonté paternelle, qui le destinait à la magistrature. Il ne parlait que  Beaux Arts, peinture,aquarelle,sculpture, ce qui lui valait les foudres et les lazzi du père tout puissant .

Catherine se montra  absente de l’éducation. Tout revenait à Louis qui régentait son monde.


Cécile, délicate jeune fille, troisième de la famille, se réfugia très rapidement dans l’extase et la contemplation  du Saint Sacrement. Elle passait le plus clair de ses journées d’enfant puis de jeune adolescente en adoration et en prières.


Quand elle annonça sa volonté de rentrer au Carmel, son père se déchaîna. Elle se devait à ses parents. Seule fille, il n’était pas question qu’elle opte pour un autre destin que celui de servante, en quelque sorte, bien que le mot n’ait jamais été prononcé, mais toujours sous entendu. Elle occupa ce poste jusqu’à sa majorité, servile, et priante et le soir même de ses vingt et un  ans, quitta la maison aux  fenêtres grillagées pour rejoindre le Carmel de Lisieux.

Son père la décréta morte.

On ne prononça plus jamais son prénom.

Cécile disparut de la vie des  Lorrin.

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Photo Lili ALMOQ

Le quatrième, Edouard,  portrait du père, tout en rigidité et en autorité, mena  tant bien que mal ses études secondaires à leur terme, puis, élu et cornaqué par Louis, prit la direction des affaires, ou du moins , de celles que son père voulut bien lui déléguer. Des peccadilles , qui l’occupaient. Car Louis, l’âge avançant, ne cédait pas un pouce de ses attributions de patriarche.

Victor était le cinquième : un bien bel enfant.

 Quand il eut trois mois, ses parents se rendirent au Havre pour le présenter à la famille paternelle.  Au retour, la voiture  quitta la route, Louis ne put redresser le véhicule qui heurta un arbre ; Victor, des  bras de sa mère, fut éjecté ; on le retrouva dans le fossé.


Depuis ce jour, Victor, la cervelle brouillée, innocent à vie, se métamorphosa en valet de ses parents qu’il servit, jour après jour.


Quand je rencontrai Victor, il était le chauffeur de papa-maman, tout de noirs vêtus, col rigide pour lui, chapeau à voilette pour elle. Lui, voix hachée, prononciation hésitante, servile et aplati devant la toute puissance paternelle, me raconta comment il s'était cassé quatre côtes et le bras droit :

"Victor, il faut couper la branche du pommier qui passe chez le voisin.


J’ai dit oui papa.


Je suis monté dans l’arbre, j’ai scié la branche, Et je suis tombé comme ça, fit-il en levant au ciel ses deux grands bras qui touchaient presque le plafond.

 Je voyais sa pomme d’Adam qui montait et descendait.

 J’avais à la fois pitié et envie de rire.


Alors papa a pris la brouette, j’avais mal, il m'a dit de m’y asseoir et il m’a reconduit à la maison. Je crois que ça s’est remis maintenant. Mais j'avais mal. "

 

 

*

medium_brouette.JPG

*

 

 

 

 Victor avait bien entendu scié la branche sur laquelle il était assis. On croit que cela n’arrive que dans les histoires drôles. Non, cela arrive aussi dans les histoires tragiques de la vie. Jusqu’à la mort de ses parents, Victor fut la bonne, le chauffeur et le jardinier, puis, le garde malade.


Catherine partit, suivie dans le mois par Louis.

Cécile fut prévenue par Henri-Pierre, qui avait installé une galerie d'art  rue Bonaparte, à Paris et qui vivait avec Fabien depuis  vingt deux ans.

 

 

 Edouard Lorrin avait pris les rênes de l’héritage, marié à une cousine, il était déjà quatre fois père et régentait les biens de mains de maître.

 

 

Cécile , Mère Marie Raphaëlle, vint, ombre sombre, qui avait obtenu de la Supérieure l’exceptionnelle permission de sortie.

Elle  sourit à Victor, qui ne savait qui elle était. Elle l’entoura de ses bras en ailes protectrices, et le ramena au Carmel.

Il y finit sa vie comme jardinier, homme à tout faire, ombre parmi les ombres, serein,  calme, dérangé et gentil.

allées du jardin

Le jardin du Carmel de Morlaix, site :

Le Monastère du Carmel de Morlaix en photos

 

Commentaires

Très plaisante histoire ... la famille vraiment ??? Bisous

Ecrit par : Biche | 03/08/2007

Une bien belle histoire que tu nous conte là avec un talent tout particulier,j'aime ta façon d'écrire.Salut ma jumelle et grosses bises à mamie Zette.

Ecrit par : heraime | 03/08/2007

j'ai pris le temps de te lire...et d'apprécier l'écriture
bises

Ecrit par : henri | 03/08/2007

Que j'aime cette histoire.
Dans les villages il y a 60 ans,c'était normal.
Que votre écriture est plaisante ,attachante.
Avec une suite que je souhaite........
Bonne journée Françoise.
Je vous embrasse.
jeanne.

Blog 50 devient la mine d'or d'un éditeur futur...
littérature,poésie,souvenirs,nouveau Nostradamus..
recettes ..etc. ? et l'INA..?
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Ecrit par : jeanne | 03/08/2007

merci pour ce conte si simplement écrit mais qui nous tient en haleine . Comment va finir la vie de toute cette famille , et que va devenir Victor ? et bien voilà, on sait . merci Framboisine

Ecrit par : michka | 03/08/2007

Emouvante cette histoire de la famille Lorrin , bien écrite et bien menée ; mais triste finalement ! ...........Quoique !!!!!
On en redemande
Claude

Ecrit par : Mouligné | 03/08/2007

du Framboisine " grand cru " mais ce pourait tout aussi bien être une nouvelle de notre ami Guy de Maupassant ! bravo une fois de plus à vous, et à quand un recueil de "toutes " les nouvelles petite ou longues ? Merci de ce moment Astrée

Ecrit par : ngeorges2 | 03/08/2007

Bravo Framboisine...

Ecrit par : Marie | 06/08/2007

Quel talent notre Françoise . Il ne te manque plus qu'un éditeur pour que d'autres lecteurs en profitent!!
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merci à toi, nini, pour ton com.
je cherche éditeur!!!

Ecrit par : nini | 07/08/2007

quel talent de conteuse, d'écrivaine en veine d'histoires attachantes, touchantes... Bisous de miche qui apprécie

Ecrit par : miche | 16/06/2008

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