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22/06/2015

1983 21 juin Fête de la Musique à Paris

  
  En ce soir de l'été 1983, Paris porte une tenue grisée mais

douce , agrémenté d'un vent qui promet déjà de forcir.

 C'est donc le 21 juin, jour de l'été choisi depuis l'année

précédente  pour célébrer la musique partout en France

  Partis  de la place    de l'Europe, nous descendons vers le

centre de la ville pour une grande balade nocturne à la rencontre

de la fête.


De Saint Lazare à l'Opéra, rien.

 

 Les rues sont désespérément calmes , pas une note, pas un son

qui sortirait des appartements, pas d'instruments , point de gens.


Où sont donc les Parisiens?

 

Où est donc la fête annoncée?

 

Plus nous nous rapprochons de la place de l'Opéra, plus nous

sentons que quelque chose se passe, que quelque chose se serait

concentré au cœur même de Paris, au Temple de la Musique et de

la Danse.

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Lieu magique et somptueux , ce soir  désacralisé.

 

 

En haut des marches du Palais Garnier, une gigantesque sono

crache ses décibels dans la nuit maintenant tombée.

Musique brésilienne: la foule écoute , mais ne participe pas.

 

 

 Levant les yeux, nous découvrons les machinistes de l'Opéra en

bleu de travail jambes ballantes dans le vide, assis en rang

d'oignon au bord du toit, entre les statues.


 Soudain un homme sort de la foule, se met à danser sans

retenue, symbole de la fête libérée et retrouvée.

 Il danse à contre temps, ne se soucie de rien, ne voit rien, fou

de bonheur, de rythme, ivre de décibels .


 A son tour, une grande fille rousse dégingandée quitte les rangs

sages, et le rejoint.

 

 

Étonnant contraste entre le cercle immobile et ces corps pulsés,

bousculés par la batterie.

 

 

 En eux la musique, et la fête éclate pour de bon, spontannée,

libérée, loin encore des institutions qui la muselleront  à l'avenir:

 

elle  se propage dans les corps et les cœurs.



 Nous quittons la place de l'Opéra livrée maintenant à la danse,

les oreilles vibrantes, nous rejoignions le Palais Royal.

 

 Parfois, à l'angle de deux rues, un jeune, un couple, harmonica,

tambour, guitare, ocarina, chacun à sa manière célèbre sa fête.

Paris s'émaille de sons échappés dans la nuit.


 Palais royal : lumières et colonnade, éclair pour l'œil, explosion

pour l'oreille.


 L'Orchestre de la Garde républicaine , éclatant de cuivres polis,

sanglé dans les uniformes de parade, fait claquer l'ouverture de

« Carmen » ; les enfants hurlent de joie , 

 

 

pas question d'écoute religieuse, mais une participation

bondissante et libérée, corps et âmes, à tout ce qu'offre cette

nuit.



 

Paris  fête  de la musique, Opéra,  Palais Royal, Carmen, jardin des  tuileries,  Brahms, quintette avec clarinette, passion, musique  , musique  de chambre, fête, institution Saint Roch,

les portes ouvertes ,déverse des flots d'orgue triomphal.

 

 

 

 

 

Le vent s'est levé pour de bon, chargé des poussières

de la ville , des sons démultipliés se heurtent, s'entrechoquent ,

tournoient se marient  et se dispersent.





 Une clarinette solitaire perce la nuit ; nous en suivons le ruban

mélodique et pénétrons dans les Jardins des Tuileries.

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 Du sable soulevé par les bourrasques tièdes s'engouffre dans

les allées labyrinthiques.


La musique nous guide.


Assis sur un banc de pierre, un homme joue, seul.

 

 

A ses pieds , un radio - cassette diffuse la partie quatuor du

quintette avec clarinette de Brahms;

il joue, pour lui,

pour Brahms, pour la Musique,

il joue sans nous voir, les yeux clos,

tout entier immergé dans l'œuvre somptueuse,

sa clarinette emplit l'espace des jardins.


Ce 21 juin 1983 , sa contribution à la Musique s'ancre à tout

jamais dans ma mémoire.

 

 

Une larme de joie roule sur ma joue, je suis bien.


Et je ne sais pas encore que ce sera le seul 21 juin à m'apporter

ce bonheur indicible.

Commentaires

bien belle balade rétro dans ce Paris 83
dans la mémoire du temps passé à venir
dans le tempo de la musique universelle
seule arme sans frontières entre les humains
amitiès bon dimanche

Écrit par : ventdamont | 21/06/2015

Les commentaires sont fermés.

 
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