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15/04/2016

Un amour cévenol

 

Comme beaucoup de Cévenols,

 

 ils s’étaient aperçus au Culte.

On ne se disait rien.

 

 Violaine baissait les yeux, raide et stricte huguenote,

 héritière des Camisards du Désert, mais sous son air fermé, elle dissimulait mal son penchant pour le solide et grand roux,  Martin,  de quelques mois son cadet.

 

Après le culte, on passait parfois chez les uns  chez les autres, Martin  y croisa Violaine, la trouva digne, belle, d’une beauté grave et durable, sa foi lui donnait une certitude,  un maintien jamais démenti .

*

 

On ne quitte pas la Lozère :

 

 en Cévennes, on naît, on fait souche. Et d’ailleurs, aller où et pourquoi ?

*

*

Violaine et Martin se parlèrent,  se touchèrent du bout des yeux et se marièrent, union  grave  devant le Pasteur, sous les psaumes luthériens que si  parfaitement entonna tout le pays.

 

Une chambre leur fut attribuée chez les parents de Violaine,  en attendant.

 

C’est là que leur  amour consacré s’épanouit  en silence, sous le boisseau :  pas de cri, pas de soupir, mais  une passion muette pour ne pas déranger.

 Martin  fougueux, homme de la terre, accroché à ses pierres,  à sa religion,  rude,  intransigeant avec lui-même et plus tolérant avec les autres,  Violaine éblouie par le don d’amour.

 A la naissance de Jeanne, la décision fut prise par Martin,  de la construction de la maison.

Un  vallon ombreux,   châtaigniers, pierres sur pierres, granit et gel,   aride été,  et  passent les jours :

la maison prit corps, trois larges pièces carrelées,  en bas,  la cheminée vaste et profonde, prête à accueillir le bois le plus robuste pour affronter les longs hivers cévenols,

 A l’étage trois chambres chaulées,  la salle de bains,

 entièrement conçue par Martin.

Du beau travail, jusqu’au toit qu’il réalisa.

L’électricité et la plomberie, tout de ses mains d’homme habile et rigoureux.

 Quand Violaine attendit son second enfant, la maison s’acheva.

Le premier dîner, ensemble,tous trois autour de la table familiale,  enfin,  Jeanne sautant, courant, riant,

 plus sévère Violaine,  le ventre lourd d’amour,

 un peu lasse des années d’errance entre  ses parents et le beau père qui les avaient accueillis depuis leur mariage.

*

*

 

 Une vie qui s’annonçait, dehors les prémices de l’automne en ce mois  d’octobre ; l’hiver pouvait venir, soudés tous trois, bientôt quatre, au cœur de janvier,  rien ne pouvait plus arriver, que du bon, que du solide.

 A quatre enjambées du village, la maison regardait à l’ouest, et à ses pieds, une pente caillouteuse dévalait jusqu’à la rivière,  petit bras du Gardon ; sous les étoiles, on l’entendait .

 

Ses eaux  parfois gonflées de  quelque orage avaient bercé les nuits passées à clouer, poncer, bâtir,  encore et encore.

*

*

Martin travaillait le jour  comme cantonnier, le soir, la nuit, en partie, il quittait femme, fille et famille accueillante pour avancer l’ouvrage.

 Au petit matin, il se coulait silencieusement au côté de Violaine, il trouva la force  de lui faire  deux enfants,  puis écrasé, la face contre le traversin, s’endormait pesamment quelques heures.

 

 Et passent les jours.

 Ce soir d’octobre, Violaine servit le premier repas dans la maison.

 L’attente, plus longue  qu’une gestation,  avait demandé patience, sacrifice, Martin était calme, peu enclin à l’auto satisfaction, peu causant, mais là, toujours là. 

 « Je sors un peu »

 Il enfonça son large feutre marron, caressa au passage d’un tendre geste la rousse chevelure de Jeanne.

Il regarda Violaine avec ces doux yeux qui la faisaient chavirer.        « Je sors un peu  »

 

Il ne rentra point.

Quand la  minuit  fut entamée, Violaine se décida, elle s’assura du sommeil de Jeanne et  remonta vers le village jusqu’à la maison de Gérault,  son beau-frère, le cadet de Martin .

Arrivée devant la porte cloutée, elle hésita  puis frappa  avec le marteau   par deux fois, lourdement, comme d’accoutumée.

 Elle recommença.   A trois  reprises.

 

Puis elle raconta, sans s’appesantir, mais elle raconta surtout son angoisse.

Ils repartirent vers la maison neuve, Jeanne seule, l’angoisse.

 

Gerault alors parla : 

Non, il ne rentrerait pas, non.

Pas ce soir, peut-être jamais. Martin avait rejoint Maria. Depuis des mois, et des mois, il vivait sur deux rives,  sans jamais défaillir ni avec l’une ni avec l’autre.

Maria n’avait rien demandé, s’était contentée patiemment des bribes de passion que Martin lui offrait, dans sa caselle en schiste, sa baraque de cantonnier, entre deux murs à élever, il fallait construite la maison,  avant,  avant, il le devait.

 

 

 

 

   Mais quand l’autre ventre s’arrondit,  en même temps que celui de Violaine, il trancha avec lui-même, il trancha dans son vif et partit.

« Je sors un peu » 

 

« Non Violaine, il ne rentrera pas. »…  

 

 

                                                 Pau le  6 août 2008

documents iconographiques:

Lozère Online - Le guide des Cévennes au Gévaudan

 

 

Commentaires

bien sombre cette histoire! pas de happy-end où mon âme sensible puisse puiser quelques réconforts, rude comme la terre ingrate de Lozère, pays de vent, de plateau aride, de gens rugueux, j'eusse jamais cru que ce Martin menait une double vie!
Les Martin sont en l'instar de la chanson de tonton Georges des gratte-misère!
bonne journée, ensoleillement idéal on revit
Bises et retient bien "les trois pics"!
Dédé

Écrit par : Andre | 12/04/2016

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Non Dédé, pas de happy end, la vie n'est pas un long fleuve tranquille, pas plus en Lozère chez les Huguenots qu'ailleurs

belle journée , encore au soleil .

Écrit par : fanfan du fatras | 12/04/2016

Ton billet me parle très fort au coeur moi qui suis lozérienne de souche , même si c' est un peu plus au nord...On reste marqué à vie par ses paysages si sauvages et son histoire ...depuis ce temps d' autres paysages m' ont pris au coeur ..tes pyrénées par exemple ...:-)
belle journée à toi

Écrit par : Mathilde | 12/04/2016

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J'avais lu cette sobre et triste nouvelle lors de sa premiere parution
merci de nous la redonner bravo l' écrivain- e - tante Astridelle est toujours
fière de sa nièce

Écrit par : astree | 14/04/2016

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