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29/01/2017

Un autre 28 janvier

 1873  Saint Sauveur en Puisaye

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une farouche volonté de vivre la fit naître " dans cette chambre qu'on ne parvenait jamais à rendre assez chaude "

  C'était il y a 144 ans , au coeur de cette Bourgogne qu'elle vénéra et dont elle louangea avec une inégalable poésie et un amour indéfectible le vin, les coteaux, les demeures  et les gens.

 

" Le jardin du haut commandait un jardin du bas, potager resserré

 et chaud , consacré au piment et à l'aubergine où l'odeur  du

 feuillage de la  tomate se mêlait , en juillet, au parfum de l'abricot

 mûri sur l'espalier. "

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  " Dans la chambre que l’on ne parvenait jamais à rendre assez chaude, je naissais péniblement le 28 janvier 1873... Une quinzaine d'autres 28 janvier passèrent, sans y rien changer, sur cette chambre où je naquis à demi étouffée, manifestant une volonté personnelle de vivre et même de vivre longtemps, puisque je viens d'accomplir le soixante-quinzième anniversaire que mes amis autour de moi s'obstinent à appeler ''un beau jour''. Acceptons qu'ils l'aient rendu beau. Ils m'ont donné tant de choses..."

                                                             Le Fanal bleu

 

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« Toute ma journée s’écoule à chercher, pas à pas, miette à miette, mon enfance éparse aux coins de la vieille maison ; à regarder, aux barreaux de la grille qu’a tordue la glycine puissante, changer et pâlir, puis violacer au loin la montagne aux Cailles. (…) Dans le soir rougeoyant, j’écoute s’endormir le bienveillant jardin. Au-dessus de ma tête zigzague le vol noir et muet d’une petite rate volage… Un poirier de Saint-Jean, pressé et prodique, laisse tomber un à un ses fruits ronds, flogres aussitôt que mûrs, et qui entraînent dans leur chute des guêpes tenaces… Cinq, six, dix guêpes au trou d’une petite poire… Elles tombent en continuant de manger, en battant seulement l’air de leurs ailes blondes… Ainsi battaient, sous mes lèvres, les cils dorés de Rézi… »

                              (Claudine en ménage, 1902)

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"Je ne bouge pas, de peur de dissoudre, derrière moi, le mirage provincial qui monte de mon passé : un salon fané, où la pendule de marbre blanc marque minuit, entre deux bouquets de houx. Sur la grande table, on a simplement poussé un peu de côté les livres à tranche d’or, le jeu de jacquet et la boîte de dominos, pour faire place au gâteau arrosé de rhum et au vieux frontignan décoloré… Il y a, partout, le chaud désordre d’une maison heureuse, livrée aux enfants et aux bêtes..." (Colette)

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"Habituée à coucher dans une chambre très froide, j'ouvris les yeux sans bouger, pour ne pas déplacer le drap que je tirais sur mon nez, ni l'édredon de duvet qui gardait chauds mes pieds sur le cruchon d'eau bouillante. L'aube d'hiver, et ma veilleuse en forme de tour crénelée divisaient ma chambre en deux moitiés, l'une gaie, l'autre triste. Vêtues de sa grosse robe de chambre en pilou violet, doublée de pilou gris, ma mère était debout devant la cheminée et regardait mon lit. Elle chuchota très bas : "Tu dors ? " et je faillis lui répondre en toute sincérité : "Oui, maman.""
     (Colette, "Noël ancien", Cadeaux de Noël, éd. de L'Herne)

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  Et pour célébrer sa  douce  et belle mémoire, un texte  d'amour à la terre du vin.

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  La vigne, le vin   in  Prisons et Paradis  1932

 « La vigne, le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or. Un plant de vigne, transporté par delà les monts et les mers, lutte pour garder sa personnalité et parfois triomphe des puissantes chimies minérales. Récolté près d’Alger, un vin blanc se souvient ponctuellement, depuis des années, du noble greffon bordelais qui le sucra juste assez, l’allégea et le rendit gai. Et c’est Xérès lointaine qui colore, échauffe le vin liquoreux et sec qui mûrit à Château-Chalon, au faîte d’un étroit plateau rocheux.

 De la grappe brandie par le cep tourmenté, lourde d’agate transparente et trouble, ou bleue et poudrée d’argent, l’œil remonte jusqu’au bois dénudé, serpent ligneux coincé entre deux rocs : de quoi donc s’alimente, par exemple, ce plant méridional qui ignore la pluie, qu’un chanvre de racines retient seul suspendu ? La rosée des nuits, le soleil des jours y suffisent – le feu d’un astre, la sueur essentielle d’un autre astre – merveilles…

 Quelle journée sans nuage, quelle douce pluie tardive décident qu’une année de vin sera grande entre les années ? La sollicitude humaine n’y peut presque rien, là tout est sorcellerie céleste, passage de planète, taches solaires.

 Rien qu’en nommant par leurs noms nos provinces et leurs villes, nous chantons la louange des vignobles révérés. Il est profitable à l’esprit et au corps – croyez-m’en – de goûter le vin chez lui, dans un paysage qu’il enrichit. Quelle surprise ne vous réserve pas un pèlerinage bien compris ? Vin jeunet, tâté dans le jour bleu du chai, – « fillette » angevine, décoiffée sous une tonnelle poudrée à blanc par un après-midi d’été bien orageux, – reliquats émouvants découverts dans un vieux cellier, en Franche-Comté, je m’enfuis comme si j’avais volé un musée… Une autre fois, le mobilier boiteux, vendu aux enchères sur une placette de village, comportait, entre la commode, le lit de fer et les bouteilles vides, six bouteilles pleines : c’est là que je fis, adolescente, la rencontre d’un prince enflammé, impérieux, traître comme tous les grands séducteurs : le Jurançon. Ces six flacons me donnèrent la curiosité de leur pays d’origine plus que n’eût fait un professeur. J’accorde qu’à ce prix les leçons de géographie ne sont pas à la portée de tout le monde. Et ce vin glorieux, un jour, dans une auberge, si noire que nous n’avons jamais su la couleur du vin qu’elle nous versait… Ainsi une voyageuse garde le souvenir d’une surprise nocturne, de l’inconnu sans visage qui ne se fit connaître que par son baiser…

 Le snobisme gastronomique suscite une levée d’hostelleries et d’auberges telles qu’on n’en vit jamais. Il révère le vin. D’une fois mal éclairée, confessée par des bouches, hélas, que blindèrent cocktails, apéritifs vénéneux, foudroyants alcools, la sapience renaîtra-t-elle ? Souhaitons-le. L’âge venant, j’offre, pour ma petite part, l’exemple d’un estomac sans remords ni dommages, d’un foie tout aimable, d’un sensible palais conservé par le vin probe. Emplis donc, vin, ce verre que je tends. Verre fin et simple, bulle légère où jouent les feux sanguins d’un grand ancêtre de Bourgogne, la topaze d’Yquem, le rubis balais, un peu mauve parfois, du bordeaux au parfum de violette…

 Vient un temps de la vie où l’on prise le tendron. Sur un rivage méridional on me garde un chapelet de rondes dames-jeannes clissées. Une vendange les gorge, la vendange suivante les trouve vides, et les remplit à son tour. Ne dédaignez pas, détenteurs de fines bouteilles, ces vins à courtes échéances : c’est clair, sec, varié, cela coule aisé du gosier aux reins et ne s’y arrête guère. Encore qu’il soit de tempérament chaud, nous ne regardons pas, là-bas, si la journée est torride, à une grande pinte de ce vin-là, qui délasse et laisse derrière lui un double goût de muscat et de bois de cèdre… »

 

"Avec le recul du temps, Colette apparaît de plus en plus comme l’un des écrivains majeurs du XXe siècle français, avec Proust, son contemporain. Comme lui, ses racines sont dans le XIXe siècle finissant, dont leur vie et leur œuvre défient les conventions et les hypocrisies. Cela tout en préparant en profondeur des transformations du masculin et du féminin dont nous n’avons pas fini d’assimiler les conséquences. Colette, la jeune fille parfaitement libre des années 1900, se construit progressivement par l’écriture à travers d’abord son personnage de Claudine et l’invention d’un style et d’une langue extraordinairement personnels." Avant-propos de Michel Pierssens au séminaire qu'il consacrait à Colette, en 2016, au Canada.

 

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Commentaires

Souvenirs d'enfance, parfum un peu suranné mais empreint d'une nostalgie affleurante, j'aime mais l'aquarelle de la maison est aussi u,e réussite!
bises
Dédé

Écrit par : Andre | 28/01/2017

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Lire ou relire Colette,s’est retrouver le goût d’autrefois,l’enfance dans cette provine qu’elle aime mais qu’elle est pressée de quitter.

L’écriture est ronde,féminine dans le bon sens du terme.

Loin de notre époque sophistiquée,sa célébration du vin me fait penser une à une cérémonie,une fête de la vie.

Je viendrais à plaindre les non buveurs,ceux qui,toute leurs vies,vont rater cette jouissance infinie,la première gorgée,la surprise de ce breuvage béni des Dieux.

Elle aimait aussi les chats,viscéralement,semblables à sa personnalité secrète.

Merci pour ce partage.

Je te souhaite un doux dimanche

Christiane

Écrit par : Christiane | 29/01/2017

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Merci... j'ai passé un moment délicieux, à murmurer les mots...

Écrit par : Gine | 29/01/2017

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Comme elle, j'aime le Jurançon, sec et doux, selon le met.
J'aime particulièrement le dessin de la vieille maison
Merci pour ces textes
Bises
Geneviève

Écrit par : Genevieve | 29/01/2017

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