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15/12/2018

Les Oranges d'Alphonse DAUDET et l'étymologie du mot "orange "

   Envie folle de lumière,   de chaud soleil   :

 les oranges me viennent à l'esprit .

cadeau royal que   ce fruit  sucré, coloré, délicieux et lumineux

au cœur de la saison triste,

 

Saint Nicolas en apporte toujours, accompagnées de noix,

les fruits d'élection de sa fête 

Oranges et noix, les délices de Saint Nicolas

 

Orange, un mot qui a drôlement voyagé  :

Dictionnaire des mots français  d'origine arabe "

(Coll. Points Seuil)  de  Salah  Guemriche .

 

 

Journaliste indépendant algérien, à l'exception de quelques

 

années au magazine Parole et musique, Salah Guemriche vit en

 

France depuis 1976. 

Son statut d'intellectuel algérien lui permet de s'exprimer dans

divers journaux dont Libération, Courrier de l'UNESCO et La

Croix. Il est aussi l'auteur d'un recueil de poèmes, 'Alphabétiser

 

le silence' et de deux romans, 'L' Homme de la première phase'

et 'Un été sans juillet'.  


Le voyage  de l'ORANGE :

 

 

 

Ce mot vient du persan (langue indo européenne ) "narang" par

 

l'intermédiaire de l'arabe. On peut constater le disparition du -n

initial (certainement confondu avec l'article indéfini.)

 

Il est cependant conservé dans le vénitien naranza ou l'espagnol

naranja;

autre élément étonnant : le -o initial: l'italien a supprimé le -n

comme le français mais a conservé le -a : arnacia.

A l'origine, l'orange désignait l'orange amère : c'est elle que les

Vénitiens appelaient naranza. En grec ancien, l’orange se disait 

χρυσόμηλον, c'est-à-dire pomme d’or, malheureusement aujourd’hui

en grec moderne, l’orange a l’appellation πορτοκαλί et les oranges

amères portent le nom de νεράντζι qui est proche du mot vénitien   naranza.

A noter que or et orange avaient la même signification.

 

  Ces oranges amères sont apparues en Italie au XIe siècle, elles

ont  été transmises par les Perses aux Arabes qui les ont importees en Sicile .


  L'orange que nous connaissons de nos jours est l'orange douce,

originaire  de  Chine et qui  a été introduite en Europe vers les

XVI/XVII° siècles,à partir de l'Inde  par les Portugais  d'où

l'appelatio8de l'orange -du Portugal dans certaines langues .

 

 

albanais : portokallë,

bulgare :portokal,

grec : portokali,

roumain : portocală,

turc : portokal)...

 

 Avant cela, nous ne connaissions que l 'orange  amère.  Cette orange douce fut ensuite nommée  "  pomme de  Chine "


Furetière écrit orenge (ce terme désigne les oranges amères) 


pour les oranges douces : 


orenge de Portugal (cf. arabe bordogal 
ou orenge de Chine (cf. allemand "Apfelsine" , pomme de  Chine,

  en néerlandais" Sinaasappel", en  arabe maghrébin "China " )  

 



 


en latin (botanique) orange s'écrit aurantium (cf. or du latin

 

classique aurum) 

 


le terme botanique est citrus aurantium  (pour l'orange douce) 

 

Me revient à l'occasion le merveilleux souvenir des oranges du

jardin  de  Valencia, oranges qu'il suffisait de serrer en  écartant

les doigts pour qu'elles  s'ouvrissent en laissant couler leur  nectar

sucré! Le bonheur à portée de gourmandise.

Ah les  oranges  de Valencia ! ! !

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          Et maintenant, voyons quel jus pour vous  en  produit la

prose si poétique de Daudet.

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Pour bien connaître les oranges, il faut les  avoir vues  chez elles,

aux îles Baléares, en Sardaigne, en Corse, en Algérie,

dans l'air bleu doré, l'atmosphère tiède de la Méditerranée.

Je me rappelle un petit bois d'orangers à Blidah :

c'est là qu'elles étaient belles !

 

*

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Dans le feuillage vert sombre,lustré, vernissé,

les fruits avaient l'éclat de verres de couleur,  et doraient l'air

environnantavec cette auréole de splendeur

qui entoure les fleurs éclatantes.

Ça et là des éclaircies laissaient voir à travers les branches

les remparts de la petite ville, le minaret d'une mosquée,

le dôme d'un marabout,et au-dessus de l'énorme masse de l'Atlas,

verte à sa base, couronnée de  neige comme d'une fourrure blanche,

avec  des moutonnements,un flou de flocons tombés.

Une nuit, pendant que j'étais là,

je ne sais par quel phénomène ignoré depuis trente ans,

cette zone de frimas et d'hiver se secoua sur la ville endormie ,

et Blidah se réveilla transformée, poudrée à blanc.

Dans cet air algérien si léger,si pur,

la neige semblait une poussière de nacre.

Elle avait des reflets de plumes de paon blanc.

Le plus beau, c'était le bois d'orangers.

orangers  sous la neige.jpg

 

Les feuilles solides gardaient la neige intacte et droite

comme des sorbets sur des plateaux de laque,

et tous les fruits poudrés à frimas avaient une douceur splendide,

un rayonnement discret comme de l'or voilé de claires étoffes

blanches.

*

medium_oranges_sous_la_neige.jpg

*

Cela donnait vaguement l'impression d'une fête d'église,



de soutanes rouges sous des robes de dentelles, de dorures

d'autel enveloppées de guipures... 

 

Mais mon meilleur souvenir d'oranges  me vient encore

de Barbicaglia, un grand jardin auprès d'Ajaccio

où j'allais faire la sieste aux heures de chaleur.

Ici les orangers, plus hauts, plus espacés qu'à Blidah,

descendaient jusqu'à la route, dont le jardin

n'était séparé que par une haie vive et un fossé.

Tout de suite après, c'était la mer, l'immense mer bleue...

Quelles bonnes heures j'ai passées dans ce jardin !

Au-dessus de ma tête, les orangers en fleur et en fruit

brûlaient leur parfum d'essence.

De temps en temps, une orange mûre, détachée tout à coup,

tombait près de moi comme alourdie de chaleur,

avec un bruit mat, sans écho,sur la terre pleine.

Je n'avais qu'à allonger la main.

C'étaient des fruits superbes, d'un rouge pourpre à l'intérieur.

Ils me paraissaient exquis, et puis l'horizon était si beau !

 

Entre les feuilles, la mer mettait des espaces bleus éblouissants


comme des morceaux de verre briséqui miroitaient dans la brume

de l'air. Avec cela le mouvement du flot agitant l'atmosphère à de grandes distances,  ce murmure cadencé qui vous berce 

dans  une barque invisible, la chaleur, l'odeur des oranges...

Ah ! qu'on était bien pour dormir dans le jardin de Barbicaglia !

*

medium_medium_zuani_verdure.jpg

*

Quelques fois cependant, au meilleur moment de la sieste,

des éclats de tambour me réveillaient en sursaut.

C'étaient de malheureux tapins qui venaient s'exercer en bas,

sur la route. A travers les trous de la haie,

j'apercevais le cuivre  des tambours  et les grands tabliers blancs

sur les pantalons rouges.

Pour s'abriter un peu de la lumière aveuglante

que la poussière  de la route renvoyait impitoyablement,

les pauvres diables venaient se mettre au pied du jardin, dans

l'ombre courte de la haie. Et ils tapaient ! et ils avaient chaud !

Alors , m'arrachant de force à mon hypnotisme, je m'amusais à

leur jeter quelques uns  de ces beaux fruits d'or rouge 

qui pendaient près de ma main.

Le tambour visé s'arrêtait.

Il avait une minute d'hésitation, un regard circulaire pour voir

d'où venait la superbe orange roulant devant lui dans le fossé ;

puis il la ramassait bien vite et mordait à pleines dents

sans même enlever l'écorce.

 

Je me souviens aussi que tout à côté de Barbicaglia,

et séparé seulement par un petit mur bas, il y avait un jardinet

assez bizarreque je dominais de la hauteur où je me trouvais.

C'était un petit coin de terre, bourgeoisement dessiné.

Ses allées blondes de sable,bordées de buis très verts,

les deux cyprès de sa porte d'entrée,

lui donnaient l'aspect d'une bastide marseillaise.

Pas une ligne d'ombre.

Au fond, un bâtiment de pierre blanche  avec des jours de caveau

au ras du sol. J'avais d'abord cru  à une maison de  campagne ;

mais, en y regardant mieux, la croix qui la surmontait,

une inscription que je voyais de loin, creusée dans la pierre,

sans en distinguer le texte, me firent reconnaître un tombeau de

famille corse.Tout autour d'Ajaccio,

il y a beaucoup de ces petites chapelles mortuaires,

 

dressées au milieu de jardins à elles seules.

La famille y  vient le dimanche, rendre visite à  ses morts.

Ainsi comprise, la mort est moins lugubre

que dans la confusion des cimetières.

Des pas amis troublent seuls le silence.

*

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*

De ma place,

je voyais un bon vieux trottiner tranquillement   dans les allées.   

Tout le jour il  taillait les arbres, bêchait,  arrosait,   

enlevait les fleurs fanées  avec un soin minutieux ; 

puis au soleil couchant,  il entrait  dans la petite chapelle  

où dormaient les  morts de sa famille ;  

il resserait la bêche, les râteaux,  les grands arrosoirs;  

tout cela avec la tranquillité ,

la sérénité d'un jardinier de cimetière.

 *

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Pourtant, sans qu'il s'en rendît  bien compte,

ce brave homme travaillait avec un certain recueillement ,

tous les bruits amortis et la porte du caveau

refermée chaque fois discrètement,

comme s'il eût craint  de réveiller quelqu'un. 

Dans le grand silence radieux,

l'entretien de  ce jardin ne troublait pas un oiseau,

et son voisinage n'avait rien d'attristant.

Seulement la mer en paraissait plus immense, le ciel plus haut,

et cette sieste sans fin mettait tout autour d'elle,

parmi la nature troublante,accablante à force  de vie ,

le sentiment de l'éternel repos...

 

 

Texte : Alphonse DAUDET

in Les Lettres de mon Moulin

1840 - 1897

 

 

Photographies:  source Internet

 

LES ORANGES

TEXTE LU par FERNANDEL

 


 

*

 

L'hiver s'installe à Versailles

Solitude, lumières tranchées. 

        Splendeur du parc immobile.

 

     Voyage dans le temps en quête

                des ombres du passé  .

 

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12/12/2018

Ciel salisien de décembre

Splendeur du matin, adieu à la nuit avec Reynaldo Hahn

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10/12/2018

Sur la plage abandonnée...

  Seuls au monde, au long des rives douce

    Heureux privilégiés de décembre au bord du bassin.

 

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