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31/08/2016

Montesquieu, baron de la Brède

  Tout près  de Bordeaux, quand on musarde entre vignoble

 et châteaux...............

 soudain, ce que l'on cherchait ,

 le château, La Brède, la demeure  de Montesquieu

un lieu éclairé par la lumière de l'esprit,

on se surprend à faire émerger  de la mémoire des

extraits des "Lettres Persanes" ou ce savoureux passage 

de " de l'Esprit des Lois " au livre XV, terrible

réquisitoire contre l'esclavage :

 " Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une manière plus marquée. On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains. Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui chez des nations policées, est d'une si grande conséquence. Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.   Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains : car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié."

 

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Chateau Brede signature Montesquieu 2
 

  Le Château de La Brède : c’est là qu’est né Montesquieu, c’est là qu’il est toujours revenu, fidèle à ses racines et à lui-même. Un domaine qu’il a patiemment agrandi et soigneusement géré, un parc qu’il a embelli, une chambre où il recevait parfois ses visiteurs, une bibliothèque qu’il a emplie de livres et d’où il pouvait contempler cette terre tant aimée.  

 Transmis à ses descendants, le château et son domaine, classés au titre des Monuments historiques, ont gardé l’esprit de Montesquieu et le souvenir d’une histoire de huit siècles.

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  Charles-Louis de Secondat (dit Montesquieu) naît le 18 janvier 1689, à La Brède, de l’union de Jacques de Secondat et de Marie-Françoise de Pesnel, qui lui transmettra la baronnie et le château de La Brède.

 

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  Au château de La Brède, Montesquieu a un précepteur puis est envoyé à 11 ans au collège oratorien de Juilly, près de Meaux. Il revient à Bordeaux cinq ans plus tard pour étudier le droit, car il doit hériter de son oncle la charge de président à mortier (juge) au parlement de Bordeaux. Enfin, il complète sa formation à Paris où il fréquente les milieux savants et lettrés.

  À la mort de son père en 1713, Charles-Louis devient baron de la Brède et hérite d’une importante fortune foncière ; son frère et ses sœurs ont été placés en religion pour que le patrimoine reste aux mains de l’aîné de la famille. En 1715, contre l’avis de ses oncles, il épouse Jeanne de Lartigue, une protestante qui restera fidèle à sa religion malgré la révocation de l’édit de Nantes qui l’interdit ; elle est seule héritière d’une riche famille. Ils auront trois enfants : Jean-Baptiste en 1716, Marie Catherine en 1717 et Denise en 1727.

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  En 1716, à la mort de son oncle, il hérite de toute sa fortune, de la baronnie de Montesquieu et de la charge de président au parlement. Mais la pratique quotidienne du droit lui pèse : il l’abandonnera en 1726. Il se consacre plus volontiers aux lettres et aux sciences, notamment au sein de l’académie royale de Bordeaux : anatomie, sciences naturelles, grandes questions politiques et éthiques, tels sont ses centres d’intérêt privilégiés pour lesquels il écrit ses premiers mémoires.

  Dans les Lettres persanes, qu’il publie anonymement en 1721 à Amsterdam, en faisant parler des Persans qui découvrent Paris, il compose un tableau satirique de la France de la fin du règne de Louis XIV et de la Régence ; les traits les plus audacieux visent la religion. L’immense succès de ce roman, qui unit les charmes de la fiction orientale, l’humour et la plus grande liberté intellectuelle, lui ouvre les portes des salons parisiens, notamment celui de l’influente marquise de Lambert, et peut-être du club de l’Entresol. Ces salons et les milieux libertins qu’il fréquente alors lui inspirent Le Temple de Gnide, roman considéré  comme licencieux .

  Libéré de sa charge de président en 1726, Montesquieu peut se présenter à l’Académie française ; les Lettres persanes, qui sont son principal titre de gloire, suscitent de fortes réserves, d’autant que l’Académie y était moquée. Il vainc toutes les résistances ; peu de temps après sa réception (1728), il parcourt l’Europe pendant trois ans, à la découverte des systèmes politiques et économiques, des mœurs, de la religion, de la culture, de la géographie des pays qu’il va traverser, mais aussi, et peut-être avant tout, pour devenir diplomate. Ses ambitions sont déçues, mais riche d’observations, notamment après un séjour de dix-huit mois en Angleterre, il revient en 1731 en Bordelais. Il réside au Château de La Brède et chez son frère, doyen de la basilique Saint-Seurin à Bordeaux, tout en faisant des séjours réguliers à Paris.

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 En 1734, il publie les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence ; il fait détruire tous les exemplaires (sauf un) des Réflexions sur la monarchie universelle, trop critiques envers le pouvoir. C’est surtout L’Esprit des lois qui assurera son renom dans le monde entier. Dans cet ouvrage publié à Genève en 1748, Montesquieu établit les principes fondamentaux et la logique des différentes institutions politiques. Cette œuvre rencontre un grand succès mais elle est aussi critiquée, notamment par les autorités religieuses, ce qui conduit Montesquieu à publier en 1750 la Défense de L’Esprit des lois. L’Europe entière n’en salue pas moins cette œuvre novatrice, qui permet de comprendre le fonctionnement des sociétés à la lumière de l’analyse politique.

 

 Le 10 février 1755, à l’âge de 66 ans, après avoir géré activement, toute sa vie, ses propriétés et plus spécifiquement le Château de La Brède et son domaine, Montesquieu décède à Paris où il est inhumé en l’église Saint-Sulpice.

 Précurseur de la sociologie, philosophe et écrivain français, Montesquieu fait partie des grands penseurs politiques du Siècle des Lumières.

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27/08/2016

La Culture consolide dans l'incompétence.....

Michel Butor, La Modification, ministre  de la culture, inculure, boulette, encore,Audrey Azoulay

Je ne peux pas  me dire  fanatique de Butor,

ni du Nouveau Roman en général, mais quand  même, ...

j'ai lu   Butor et je connais  le titre, le  bon...

et puis moi, j'suis pas ministre  de la Culture,

j'suis pas Pape non plus d'ailleurs

 

Michel Butor, La Modification, ministre  de la culture, inculure, boulette, encore,Audrey Azoulay

décidemment, ce ministère est  celui de l'incompétence,

et de trois, au moins...

on consolide  dans la connerie et l'incompétence.jpg

18/08/2016

Un mariage mémorable chez les farfelus d'Helconide, l'été de tous les mariages

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 à ma chère  Tante Astridelle

 

 

   Jamais je ne m'en voudrai assez. Depuis le temps que

je vous parle de ma famille Hadulphe,

l'oncle musicien en premier, j'avais omis,

 

 où ai-je la tête? 

 

 l'oncle Phaéton et sa sœur, ma tante-donc Hébé.

Phaéton pourtant, c'est quelqu'un.

Oui, je sais, il est mort depuis pas mal de temps, -

d'accord,

mais sa personnalité, ses bons mots, les anecdotes de son

existence ne cessent de courir de cousin à cousine, de

nièce à neveu.

 

 C'est toujours un bonheur que d'évoquer le Brillant et sa

célébrissime manie de l'ordre, de l'exactitude, au point

que nous, la bande d'insolents neveux, l'avions surnommé

 

 « Onze heures Onze »

 

nombre dont la parfaite symétrie scripturale n'avait

d'égal que l'absolu rangement des lieux qu'il habitait, que

l'ordre maniaque et méthodique qui accompagnait chaque

déplacement , chaque mouvement, chaque respiration de

Phaéton.

ll était doté d'une solide fortune, acquise par un poste

prestigieux dans …............???...je n'ai jamais su.

Propriétaire de nombre de résidences, il laissait en

chacune, en prévision d'une éventuelle venue impromptue,

l'attirail propre à ses périodes de villégiature, ce qui pour

l'Oncle Phaéton consistait en

 

* un short type anglais, bien long, bien large

* un polo en piqué pur coton

* une paire d'espadrilles de toile bleu marine, ( basque )

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les vêtements sur un de ces valets de bois, au pied du lit,

les sandales de corde soigneusement rangées côte à côte,

au garde-à-vous« Onze heures onze » attendaient le

retour de l'oncle parfois tout le printemps, puis tout l'été

puis l'automne, jamais l'hiver où l'attirail se reposait

jusqu'au printemps suivant.

 A sa guise, indépendant, sans épouse et sans

descendance, peu tenu par le reste de la famille, ignorant

les amis, il allait et venait suivant son humeur, et quand

on l'attendait à Deauville, nous apprenions par quelque

cousin  ou branche rapportée, qu'il prenait les eaux en

Suisse, ou à Vichy.

 Mais si je vous parle de Phaéton, c'est surtout pour avoir

un motif à évoquer Hébé.

Ah! tante Hébé!

 

 Je fis sa connaissance de façon plus que romanesque.

Invitée au mariage d'une mienne cousine, et admirant du

haut de la tribune de l'orgue ( bien sûr, là où se trouve

Hadulphe, je suis...) l'entrée admirable

de Rodaïde au bras d'oncle Adalbert, je repérais dans

l'assistance,une silhouette plus qu'étrange, incroyable.

 Une petite chose, d'une rare maigreur, même vue

seulement de haut et de dos, posée sur de petites

et tellement fragiles pattes d'échassier qui dépassaient

de la jupe froufroutante et volantée, soyeuse et fleurie,

une petite tête agitée en tous sens, et chapeautée d'une

extravagante capeline - maison qui, à chaque mouvement,

menaçait d'éborgner les deux messieurs qui encadraient la

silhouette.

( Peut être " Onze heures Onze ", sur sa  droite ? )

 Une petite voix haut perchée, qui dominait l'ensemble de

l'assistance chantante. Petite, si petite, mais tenant tant

de place...

  Le rapide descriptif que j'en fis à Hadulphe, de dos

puisque assis devant ses claviers ne lui laissa aucun doute:

 

 

Hébé !

 

  Omniprésente pendant les deux heures de la cérémonie,

la petite chose s'impliqua dans le placement des invités,

participa à la quête, escortant les Âdorables garçonnets

porteurs de panières fleuries, gloussant, s'arrêtant à

chaque rangée, recevant baise main et discrètes

accolades, saluant d'un jeu de doigts rapide

 Adalelme,

Mechtilde

Hildegonde,

Austreberthe,

les jumeaux Ursicin et Volusien,

" Dieu, comme ils ont grandi ! "

 

Pulcelle,

Eudoxie,

" Ma chérie , mais tu es rrââvissante!"

Oh, Phébalde!

et de l'embrasser voracement, toute la foule des parentés

réunies, tandis que Rodaïde, raide sous l'héritage des

sept jupons ancestraux qui se doivent d'être portés,

superposés, le jour des noces, livide et crispée, montrait

d'évidents signes d'impatience et d'agacement :

 

Hébé, té!

 

était encore en train de bouziller la fête, comme elle

l'avait fait aux noces de ses sœurs  Aremburge

et Carétène, et ce n'était rien à côté de ce qu'elle nous

réservait pour la soirée...

 

 

  Rodaïde n'avait pas tort de craindre le pire mais elle

était loin de soupçonner les tempêtes qu'allait déclencher

tante Hébé.

 

  La cérémonie achevée, (enfin ! )  nous quittâmes l'église

à plus de 18 heures 30 pour rejoindre la propriété des

parents d'Eustaise.   

 

 La montée vers les hauteurs au dessus du lac du Bourget,

dans l'antique décapotable d'oncle Hadulphe se passe de

description :

 

imaginez seulement tonton, heureux d'en avoir fini avec le

pensum de la partie musicale qui lui avait été imposée,

écrasant autant que faire se peut le champignon pour

obtenir un bon 35 km heure.

Ce délicat et fin musicien, obligé de jouer cette pompeuse

marche nuptiale, réduction pour l'orgue d'une œuvre de

Mendelssohn, si belle à l'orchestre , avait réussi, pour la

sortie de la cérémonie, à imposer tout de même aux

tourtereaux incompétents un véritable trésor, une pièce

de musique française de Clérambault,

 " Caprice sur les Grands Jeux " qui sonna fort bien lui

sembla-t-il sur l'orgue.

 

Qui l'entendit ? Qui l'écouta ?

 

 Dans le tonnerre des talons sur les dalles, le brouhaha,

les cris des petits, les éclats de voix d'Hébé qui

montaient jusqu'à la tribune, qui sut savourer les accords

savants et harmonieux de  Clérambault…?

 

Si tous les instruments de musique sont faits pour

les oreilles, seul l'orgue semble conçu pour les pieds :

dès qu'il retentit, l'assistance sort  avec fracas.

Hadulphe lui - même, empêtré dans les trois claviers mal

connus, abasourdi par le vacarme confus que produit

l'orgue pour l'interprète, douta de l'effet produit.

Il demanderait tout à l'heure à Aicard, le seul de la

famille qui s'intéressât vraiment à la musique car il ne

pouvait compter sur mon avis : oreilles bourdonnantes de

cloches, dans la confusion totale des sons perçus à la

tribune, toute entière rivée sur la sortie du cortège, je

n'en perdais pas une et n'écoutais rien.

 

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 Nous grimpâmes donc vers le domaine : une vaste

demeure du 18°, legs familial depuis des générations, qui

s'ouvrait ,  en contre bas sur le lac du Bourget et ses

relents lamartiniens.

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 Face à nous, minuscule au loin  et drapée des brumes du

soir,dans la lourde chaleur de cette fin juillet l'abbaye de

Hautecombe.

 

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  La pelouse autour de la demeure servait de plateau aux

tables du buffet: blanches immaculées, elles offraient à

nos avides gourmandises de frais délices de saison, des

canapés exquis, des navettes dorées fourrées de foie

gras, les bouteilles d'eau gazeuse et de jus de fruit, par

centaines, nous attendaient pour étancher nos soifs, car

j'ai oublié de vous le signaler, mais ce vendredi - là, nous

connûmes une des pires chaleurs qui soit. Plus de 40

degrés, qui ne procuraient que l' envie de s' abandonner

aux moelleux coussins jetés ça et là sur le gazon, et de se

désaltérer jusqu'à...plus soif.

 

C'est là qu'Hébé commit sa première gaffe.

 

 Déjà fort  excitée, elle accepta le verre de whisky posé

avec d'autres sur le plateau que lui présentait un digne

maître d'hôtel aux gants blancs.

Je vis Hébé saisir l'objet, qui avait été refusé comme

ceux qui l'entouraient par tous qui lui préféraient l'eau

fraîche ou le jus d'orange.

 Oui je vis bien, car nous avions élu domicile sous un grand

conifère qui nous apportait un très léger frémissement de

fraîcheur et de notre observatoire un peu en retrait,

toute la parentèle était sous notre garde, et notre

curiosité.

 

 Rodaïde entamait le tour des invités,toujours emprisonnée

de ses fichus jupons, Eustaise légèrement en retrait,

laissait son épouse toute neuve prendre les devants.

 Présentation des uns aux autres, rires en cascades,

comme s'il y avait de quoi rire, mais soyons gais, marions-

nous...

 

 La mère d'Eustaise, dignement chapeautée d'un bibi

mauve à voilette, daigna enfin déposer son couvre chef un

peu au hasard, sur un coussin.

 

 

 Oncle Hadulphe était gai et volubile ce soir-là, oh ! pas à

cause des noces d'Eustaise et de Rodaïde, dont il se

moquait comme de ses premières gammes, mais de passer

ce moment avec nous, qui étions, je crois bien, ses neveux

préférés.

 

 Aicard surnommé je ne sais pourquoi, "Le Grand", lui

donna son point d'oreille sur la sortie qu'il avait jouée,

 

   « fort bien,très en place, belle registration  » 

 

et Hadulphe ne put s'empêcher de savourer l'avis

pertinent de son sien neveu.

 

C'est à cet instant précis qu'Hébé fondit sur nous :

 

« Hadulphe mon cher, vous fûtes génial! »

 

 Le verre vide à la main, elle secouait sa capeline plus que

jamais, et les boucles poivre et sel de son chignon, comme

saupoudrées de poussière ancestrale échappaient à

l'ordonnance de la coiffure, et commençaient à menacer

ruine sur sa nuque.

 Un plateau passa à portée, elle déposa son verre vide et

se saisit d'un plein dont elle avala le contenu si

rapidement qu'elle eut le temps, avant même que le

porteur de plateau ne tournât les talons, de reproduire la

manœuvre, et vida dans l'instant son troisième verre de

bourbon.

 Personne ne bougea et surtout pas Hadulphe qui m'avait

dit à la tribune, que depuis bien longtemps il se

désolidarisait des agissements de sa belle – sœur, veuve

de son défunt frère Albéron.

 C'était la première fois que je voyais ma tante;

elle vivait au nord de la Belgique et ne venait guère se

joindre à notre tribu qu'en cas de mariage

« à la hauteur »

 

  Celui d'Eustaise et de Rodaïde correspondait à ses

critères : je découvris donc tante Hébé, mais déjà

sérieusement éméchée.

 

 La voix se faisait encore plus perchée, plus acide, les

pattes d'échassier plus maigres et plus graciles,

semblaient tout à coup incapables de supporter plus

longtemps la charge pourtant si légère du corps d'Hébé.

 

Et ce qui devait arriver, arriva.

 

 Elle s'écroula, fessier en tête, sur un  coussin à portée

de céans. Je n'eus que le temps de voir disparaître le bibi

à voilette sous la jupe fleurie.

                               Fin de l'épisode.

 

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 Effondrée, saoule comme trente six grives, Hébé

réclamait à boire, sur un ton qui d'impératif et strident

devenait comminatoire .

 

 

 Au milieu de cette assistance policée, calme et mesurée,

sous les accords douteux des cordes , - violon, alto,

violoncelle - que nous donnait à entendre depuis un balcon

un groupe d'enfants, cousins sans doute, dans toute cette

ordonnance bien huilée, contrôlée, Hébé entamait le

numéro de sa vie.

 

 

Il serait temps de vous révéler un secret :

tante Hébé

 

et bien, elle ne fut jamais ma tante.

 

 Au sein de notre tribu, tout ce qui est cousin, germain,

éloigné, à la mode de Bretagne, branche rapportée ou

rapporteuse, tout cela va droit dans le même sac familial,

celui réservé aux appellations d'origine contrôlée

 « oncles et tantes ».

  Ainsi, n'allez surtout pas imaginer mes dignes géniteurs

affublés de douze ou quinze frères et sœurs : si les

familles nombreuses sont bien vues par chez nous, le

nombre de procréés ne dépasse que rarement le sixième.

 

  C'est à cet instant précis de mes cogitations que

justement Sixtine, pas la Chapelle mais ma petite dernière

cousine du côté de Gontrade, pas encore couchée malgré

l'heure fort avancée, vint délicatement vomir sa neuvième

navette au foie gras sur les pieds de Tante Hébé.

 

  La brave femme, effondrée, comme je crois vous l'avoir

narré, après l'ingestion de son troisième Bourbon, la

capeline en bataille, la jupe allègrement remontée sur ses

graciles cagnettes, n'eut pas le temps de bondir . Le jet

sixtinien s'amollit sur les petons de tantine.

 Le hurlement qu'alors poussa cette dernière reste

aujourd'hui encore, vingt-six ans plus tard dans la

mémoire de tous les Savoyards qui crurent revenu le

temps des Grandes Invasions Barbares.

   Hébé hurlait, Sixtine braillait, et pour parfaire son

œuvre, la gamine, de ses doigts artistes, tartinait le vomi

aussi délicatement qu'elle l' avait régurgité.

 

 Gontrade arriva ventre à terre, confuse et se répandant

en excuses auprès d'une Hébé hystérique.

  Un malheureux maître d'hôtel voulut relever ma tante :

elle s'accrocha à lui, crut à la verticalité mais perdit

l'équilibre, entraînant le cher homme dans sa descente

aux enfers. Hébé chutait pour la deuxième fois.

 Un roulé boulé de classe sur la pelouse, la tribu partagée

entre fou rire et indignation,

 

 Rodaïde, verte, les mâchoires tellement crispées qu'on

aurait dit ses deux maxillaires soudés pour le restant de

ses jours, Eustaise, tachant maladroitement de séparer

les deux corps imbriqués par la chute,

 Hébé accrochée aux basques du pauvre maître d'hôtel,

vociférant, pis, éructant...Je vous laisse imaginer.

 La mère d'Eustaise, départie à tout jamais de son bibi à

voilette, ne trouva rien de mieux, pour distraire

l'atmosphère que de relancer le groupe des cordes figé

sur son balcon : un flot d'accords maladroits et

disgracieux nous tomba sur les épaules, et nous en

courbâmes tous la tête sous le poids de l'infamie musicale.

 

C'est alors qu'Hébé soudainement dégrisée, leva vers le

balcon un doigt sentencieux:

 

« Vous les morpions du violon, au lit  !   Ça suffit,

qu'est ce qui m'a fichu des zozos pareils?

Hadulphe ? Hadulphe ? Mon cher,

ne pouvez-vous pas leur claquer le bec à ces inaptes? »

 

Eustaise tenta d'intervenir.

 

« Oh toi, ça va, hein, même pas capable de t'imposer

auprès de ta bonne femme, tu ne vas me donner des

leçons, et quand tu couchais avec elle pendant votre

retraite spirituelle à Lourdes chez les Bons Pères, tu

jouais à cache cache avec C .. mais n'empêche qu'elle t'a

vu entrer dans la cellule de Rod, et qu'elle a tout entendu

et qu'elle a tout raconté et que vous n' êtes qu'un belle

bande de faux jetons.

Mon cher Albéron avait bien raison , vous ne valez pas

tripette.

Je suis venue, j'ai vu, je pars, sans me retourner. »

 

  Elle tenta malgré tout un demi tour devant la famille et

les amis éberlués, raides de dignité outragée , mais elle

se prit les pieds dans rien et s'affala à nouveau, nez

contre terre.

 

 Alors s'éleva la tragique et terrible plainte de Rodaïde,

dont les noces qui s'annonçaient dignes et grandioses

viraient au cataclysme, un long sanglot dont on devinait

qu'il accompagnerait la vie entière du nouveau ménage.

 

Hébé se releva seule, ignorée à tout jamais de la famille.

 

                                                   Ignorée ? Vraiment? …

 

 

...Je vis alors Hadulphe, mon cher Oncle Hadulphe se

diriger vers elle, sa belle sœur mal comprise, mal aimée

voire méprisée par lui depuis tant d'années.

Soudain, il sentait un impérieux besoin de l'approcher, de

la soutenir, de l'accompagner, il se sentait si proche

d'elle.

 

Il jeta un œil de rogne longuement contenue vers le balcon

et les marmousets qui avaient cessé leurs outrages, il jeta

un second coup d' œil élargi, circulaire vers la tribu

hébétée, tendit la main vers Hébé, d'un geste si

rassurant, si engageant, qu'elle ne put qu'y céder.

Il baisa respectueusement la petite main si maigre et si

fripée, remit un peu d'ordre dans la chevelure anarchique,

et là, devant toute cette noble assemblée, attira la vieille

dame jusqu'à lui pour le plus spectaculaire baiser auquel il

nous fut jamais donné d'assister.

 

 

 Puis, sans un regard pour le reste du monde qui semblait

avoir disparu, Hadulphe et Hébé quittèrent la scène de ce

théâtre, pour un dernier acte que nous ne pûmes

qu'inventer, fantasque et gai, fou et farfelu, à leur

image, et pour longtemps dans nos mémoires, bien plus

grandiose que les pâles noces d'Eustaise et Rodaïde.

un baiser comme au cinéma.jpg______________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'été ,  saison  des mariages

*

*

*

 

 

Ils y vont, gais et joyeux

dans le grand   bleu de ce bel été,

ils y vont,  la joie et  l'espérance au cœur.

Qui n'a pas de  mariage à l'horizon

de sa famille ou de ses amis ?

 

Mendelssohn va chauffer...

Et souvenez vous que La Marche Nuptiale, 

si souvent  entendue, rebattue, lors des cérémonies

 

 Mendelssohn la composa  non  sans  malice,

pour le mariage   d'un âne,

dans  "Le songe d'une nuit d'été"

parodie gratinée  élue par des futurs mariés

qui n'en savent rien.

 

Choisissez mieux, les petits...

Et par pitié, évitez  les musiques  en CD;

si vous demandez à  l'Eglise de recevoir le sacrement 

de  mariage,

 

souvenez-vous  que  dans les paroisses officient

des organistes  liturgiques  prêts à vous proposer un

programme digne  de votre cérémonie.

Pourquoi pas    la fantaisie et fugue  de JS Bach

pour une entrée empreinte  de grave  solennité ?

 

 

et une  majestueuse  sortie  avec Dietrich  Buxtehude

 

Te  Deum Laudamus  BxVW 218

 

 

 

 

 

à bon entendeur, salut !

 

Les appareils photos aussi vont  chauffer

 


Que sonnent les cloches à toute volée :

les petits  personnages  en haut du gâteau

figés dans la chantilly et la meringue,

leur feront croire, encore un peu à 

 l'éternité de l'amour. 

Beau mariage et soyez heureux.

Faites  des enfants,

beaux , intelligents, de préférence,

et passez la barre des 2 ans, des 5 ans,

10, 12,

des 20 ans ,

si vous le pouvez.

 

 

 

 

Flaubert nous offre une  savoureuse description,

  parodique et ironique comme il  aime à le faire

 du repas  de noces  de Charles et Emma Bovary.

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« C'était sous le hangar de la charretterie que la table
 
était dressée. Il y avait dessus quatre aloyaux, six
 
fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois
 
gigots et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de
 
quatre andouilles à l'oseille.
 
 Aux angles, se dressait l'eau-de-vie, dans des carafes.
 
 Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse
 
autour des bouchons et tous les verres, d'avance,
 
avaient été remplis de vin jusqu'au bord.
 
 De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux-
 
mêmes au moindre choc de table, présentaient,  dessinés
 
sur leur surface unie, les chiffres des nouveaux époux en
 
arabesques de non pareille.
 
      On avait été chercher un pâtissier à Yvetot
 
 pour les tourtes et les nougats.
 
   Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les
 
choses ;
  et il apporta, lui-même, au dessert, une pièce montée
 
qui fit pousser des cris. 
 
 À la base, d'abord c'était un carré de carton bleu
 
figurant un temple avec portiques, colonnades et
 
statuettes de stuc tout autour dans des niches constellées
 
d'étoiles en papier doré ; puis se tenait au second
 
étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues
 
fortifications en angélique, amandes,
 
 raisins secs, quartiers d'oranges ; et enfin,
 
sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie
 
verte où il y avait des rochers avec des lacs de
 
confiture et des bateaux en écales de noisettes,
 
on voyait un petit Amour,se balançant à une escarpolette
 
de chocolat,  dont les deux poteaux
 
étaient terminés par deux boutons de rose naturelle,
 
en guise de boules,  au sommet. »
 
                                                Gustave Flaubert
 
                                                 "Madame Bovary"

30/07/2016

Un peu de lecture...

  Histoire de  se changer les idées, de se  laver la tête ,

 de retrouver un univers, des univers d'ailleurs...

 

            quelques  bibliothèques inattendues

 

   ça peut pas  faire   de mal. Et ça fait même  du bien.

 

Une lecture  que je vous recommande pour son écriture,

pour le sujet, amour  et devoir d'Etat , pour Racine,

éternel Racine.

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