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24/04/2016

Symphonie Rhénane et Victor HUGO

 

Pour un dimanche  tout  en musique, et   en poésie

la Symphonie Rhénane de  Robert Schumann

 

trois versions   Giulini, Szell, Bernstein, au choix

 

 

 

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Victor HUGO, lettre XXV, éd  Hetzel, tome  2,  1842

 

Le Rhin,  Hymne  aux  châteaux  du Rhin

 

Du Taunus aux Sept-Monts, des deux côtés du magnifique escarpement qui encaisse le fleuve, quatorze châteaux sur la rive droite : Ehrenfels, Fursteneck, Gutenfels, Rineck, le chat, la souris, Liebenstein et Sternberg, qu’on nomme les frères, Markusburg, Philipsburg, Lahneck, Sayn, Hammerstein et Okenfels ; quinze châteaux sur la rive gauche : Vogtsberg, Reichenstein, Rheinstein, Falkenburg, Sonneck, Heimburg, Furstenberg, Stahleck, Schoenberg, Rheinfels, Rheinberg, Stolzenfels, Rheineck et Rolandseck ; en tout, vingt-neuf forteresses à demi écroulées superposent le souvenir des rhingraves au souvenir des volcans, la trace des guerres à la trace des laves, et complètent d’une façon formidable la figure sévère des collines. Quatre de ces châteaux ont été bâtis au onzième siècle : Ehrenfels, par l’archevêque Siegfried ; Stahleck, par les comtes palatins ; Sayn, par Frédéric, premier comte de Sayn, vainqueur des maures d’Espagne ; Hammerstein, par Othon, comte de Vétéravie. Deux ont été construits au douzième siècle : Gutenfels, par les comtes de Nuringen, Rolandseck, par l’archevêque Arnould II, en 1149 ; deux au treizième : Furstenberg, par les palatins, et Rheinfels, en 1219, par Thierry III, comte de Katzenellenbogen ; quatre au quatorzième : Vogtsberg, en 1340, par un Falkenstein, Fursteneck, en 1348, par l’archevêque Henri III, le Chat, en 1383, par le comte de Katzennellenbogen, et la souris, dix ans après, par un Falkenstein. Un seulement date du seizième siècle : Philipsburg, bâti de 1568 à 1571, par le landgrave Philippe Le Jeune. Quatre de ces citadelles, toutes les quatre sur la rive gauche, chose remarquable, Reichenstein, Rheinstein, Falkenburg et Sonneck, ont été détruites, en 1282, par Rodolphe De Habsbourg ; une, le Rolandseck, par l’empereur Henri V ; cinq par Louis XIV en 1689, Fursteneck, Stahleck, Schoenberg, Stolzenfels et Hammerstein ; une par Napoléon, le Rheinfels ; une par un incendie, Rheineck ; et une par la bande noire, Gutenfels. On ne sait qui a construit Reichenstein, Rheinstein, Falkenburg, Stolzenfels, Rheineck et Markusburg, restauré en 1644 par Jean le batailleur, landgrave de Hesse-Darmstadt. On ne sait qui a démoli Vogtsberg, ancienne demeure d’un seigneur voué, comme le nom l’indique, Ehrenfels, Fursteneck, Sayn, le chat et la souris. Une nuit plus profonde encore couvre six de ces manoirs, Heimburg, Rheinberg, Liebenstein, Sternberg, Lahneck et Okenfels. Ils sont sortis de l’ombre et ils y sont rentrés. On ne sait ni qui les a bâtis ni qui les a détruits. Rien n’est plus étrange, au milieu de l’histoire, que cette épaisse obscurité où l’on aperçoit confusément, vers 1400, le fourmillement tumultueux de la hanse rhénane guerroyant contre les seigneurs, et où l’on distingue plus loin encore, dans les ténèbres grossissantes du douzième siècle, le fantôme formidable de Barberousse exterminant les burgraves. Plusieurs de ces antiques forteresses, dont l’histoire est perdue, sont à demi romaines et à demi carlovingiennes. Des figures plus nettement éclairées apparaissent dans les autres ruines. On peut en retrouver la chronique éparse çà et là dans les vieux chartriers. Stahleck, qui domine Bacharach et qu’on dit fondé par les Huns, a vu mourir Hermann au douzième siècle ; les Hohenstaufen, les Guelfes et les Wittelsbach l’ont habité, et il a été assiégé et pris huit fois de 1620 à 1640. Schoenberg, d’où sont sorties la famille des Belmont et la légende des Sept-Sœurs, a vu naître le grand général Frédéric De Schoenberg, dont la singulière destinée fut d’affermir les Bragance et de précipiter les Stuarts. Le Rheinfels a résisté aux villes du Rhin en 1225, au maréchal de Tallard en 1692, et s’est rendu à la république française en 1794. Le Stolzenfels était la résidence des archevêques de Trèves. Rheineck a vu s’éteindre le dernier comte de Rheineck, mort en 1544 chanoine custode de la cathédrale de Trèves. Hammerstein a subi la querelle des comtes de Vétéravie et des archevêques de Mayence, le choc de l’empereur Henri II en 1017, la fuite de l’empereur Henri Iv en 1105, la guerre de trente ans, le passage des suédois et des espagnols, la dévastation des français en 1689, et la honte d’être vendu cent écus en 1823. Gutenfels, la fière guérite de Gustave-Adolphe, le doux asile de la belle comtesse Guda et de l’amoureux empereur Richard, quatre fois assiégé, en 1504 et en 1631 par les hessois, en 1620 et en 1642 par les impériaux, vendu, en 1289, par Garnier de Munzenberg à l’électeur palatin Louis-le-Sévère, moyennant deux mille cent marcs d’argent, a été dégradé en 1807 pour un bénéfice de six cents francs. Cette longue et double série d’édifices à la fois poétiques et militaires, qui portent sur leur front toutes les époques du Rhin et qui en racontent toutes les légendes, commence devant Bingen, par le château d’Ehrenfels à droite et la tour des rats à gauche, et finit à Kœnigswinter par le Rolandseck à gauche et le Drachenfels à droite. Symbolisme frappant et digne d’être noté chemin faisant, l’immense arcade couverte de lierre du Rolandseck faisant face à la caverne du dragon qu’assomma Sigefroi-le-Cornu, la tour des rats faisant face à l’Ehrenfels, c’est la fable et l’histoire qui se regardent.

Les antiques châteaux des bords du Rhin, bornes colossales posées par la féodalité sur son fleuve, remplissent le paysage de rêverie. Muets témoins des temps évanouis, ils ont assisté aux actions, ils ont encadré les scènes, ils ont écouté les paroles. Ils sont là comme les coulisses éternelles du sombre drame qui, depuis dix siècles, se joue sur le Rhin. Ils ont vu, les plus vieux du moins, entrer et sortir, au milieu des péripéties providentielles, tous ces acteurs si hauts, si étranges ou si redoutables : Pépin, qui donnait des villes au pape ; Charlemagne, vêtu d’une chemise de laine et d’une veste de loutre, s’appuyant sur le vieux diacre Pierre De Pise, et caressant de sa forte main l’éléphant Abulabaz ; Othon le lion secouant sa crinière blonde ; le margrave d’Italie, Azzo, portant la bannière ornée d’anges, victorieuse à la bataille de Mersebourg ; Henri le boiteux ; Conrad le vieux et Conrad le jeune ; Henri le noir, qui imposa à Rome quatre papes allemands ; Rodolphe De Saxe, portant sur sa couronne l’hexamètre papal : Petra dedit Petro, Petrus diadema Rodolpho ; Godefroi de Bouillon, qui enfonçait la pique du drapeau impérial dans le ventre des ennemis de l’empire ; Henri V, qui escaladait à cheval les degrés de marbre de Saint-Pierre de Rome. Pas une grande figure de l’histoire d’Allemagne dont le profil ne se soit dessiné sur leurs vénérables pierres : le vieux duc Welf ; Albert- l’Ours ; saint Bernard ; Barberousse, qui se trompait de main en tenant l’étrier du pape ; l’archevêque de Cologne, Raynald, qui arrachait les franges du carrocium de Milan ; Richard Cœur De Lion ; Guillaume de Hollande ; Frédéric II, le doux empereur au visage grec, ami des poëtes comme Auguste, ami des califes comme Charlemagne, étudiant dans sa tente-horloge, où un soleil d’or et une lune d’argent marquaient les saisons et les heures. Ils ont contemplé, à leur rapide apparition, le moine Christian prêchant l’évangile aux païens de Prusse ; Hermann Salza, premier grand maître de l’ordre teutonique, grand bâtisseur de villes ; Ottocar, roi de Bohême ; Frédéric De Bade et Conradin De Souabe, décapités à seize ans ; Louis V, landgrave de Thuringe et mari de sainte Elisabeth ; Frédéric le mordu, qui portait sur sa joue la marque du désespoir de sa mère ; et Rodolphe De Habsbourg, qui raccommodait lui-même son pourpoint gris. Ils ont retenti de la devise d’Eberhard, comte de Wurtemberg : Gloire à Dieu ! guerre au monde ! Ils ont logé Sigismond, cet empereur dont la justice pesait bien et frappait mal ; Louis V, le dernier empereur qui ait été excommunié ; Frédéric III, le dernier empereur qui ait été couronné à Rome. Ils ont écouté Pétrarque gourmandant Charles Iv pour n’être resté à Rome qu’un jour et lui criant : que diraient vos aïeux les Césars s’ils vous rencontraient à cette heure dans les Alpes, la tête baissée et le dos tourné à l’Italie ? Ils ont regardé passer, humiliés et furieux, l’Achille allemand, Albert de Brandebourg, après la leçon de Nuremberg, et l’Achille bourguignon, Charles-le- Téméraire, après les cinquante-six assauts de Neuss. Ils ont regardé passer, hautains et superbes, sur leurs mules et dans leurs litières, côtoyant le Rhin en longues files, les évêques occidentaux allant, en 1415, au concile de Constance pour juger Jean Huss ; en 1431, au concile de Bâle, pour déposer Eugène IV, et, en 1519, à la diète de Worms, pour interroger Luther. Ils ont vu surnager, remontant sinistrement le fleuve d’Oberwesel à Bacharach, sa blonde chevelure mêlée au flot, le cadavre blanc et ruisselant de saint Werner, pauvre petit enfant martyrisé par les juifs et jeté au Rhin en 1287. Ils ont vu rapporter de Vienne à Bruges, dans un cercueil de velours, sous un poêle d’or, Marie de Bourgogne, morte d’une chute de cheval à la chasse au héron. La horde hideuse des magyars, la rumeur des mogols arrêtés par Henri-le-pieux au treizième siècle, le cri des hussites qui voulaient réduire à cinq toutes les villes de la terre, les menaces de Procope le gros et de Procope le petit, le bruit tumultueux des turcs remontant le Danube après la prise de Constantinople, la cage de fer où la vengeance des rois promena Jean De Leyde enchaîné entre son chancelier Krechting et son bourreau Knipperdolling, le jeune Charles-Quint faisant étinceler en étoiles de diamants sur son bouclier le mot nondum, Wallenstein servi par soixante pages gentilshommes, Tilly en habit de satin vert sur son petit cheval gris, Gustave-Adolphe traversant la forêt thuringienne, la colère de Louis XIV, la colère de Frédéric II, la colère de Napoléon, toutes ces choses terribles qui tour à tour ébranlèrent ou effrayèrent l’Europe, ont frappé comme des éclairs ces vieilles murailles. Ces glorieux manoirs ont reçu le contre-coup des suisses détruisant l’antique cavalerie à Sempach, et du grand Condé détruisant l’antique infanterie à Rocroy. Ils ont entendu craquer les échelles, glapir la poix bouillante, rugir les canons. Les lansquenets, valets de la lance, l’ordre-hérisson si fatal aux escadrons, les brusques voies de fait de Sickingen, le grand chevalier, les savants assauts de Burtenbach, le grand capitaine, ils ont tout vu, tout bravé, tout subi. Aujourd’hui, mélancoliques, la nuit, quand la lune revêt leur spectre d’un linceul blanc, plus mélancoliques encore en plein soleil, remplis de gloire, de renommée, de néant et d’ennui, rongés par le temps, sapés par les hommes, versant aux vignobles de la côte une ombre qui va s’amoindrissant d’année en année, ils laissent tomber le passé pierre à pierre dans le Rhin, et date à date dans l’oubli.

O nobles donjons ! ô pauvres vieux géants paralytiques ! ô chevaliers affrontés ! un bateau à vapeur, plein de marchands et de bourgeois, vous jette en passant sa fumée à la face !

28/03/2016

Une page de Colette, à croquer

"Un oeuf de chocolat pâle, presque mauve ; un oeuf de

sucre rose, diamanté de petits cristaux, et jarreté d'une

dentelle de papier rose ; un œuf de bois tourné, verni,

écossais, vert et rouge ; un œuf de velours bleu,

vide...    Tous ceux-là furent égarés sans regrets,

mangés sans plaisir. La forme éternelle de l'œuf n'est

méritée que par les nourritures succulentes, et les

matières précieuses ou translucides. Il convient qu'elle

surprenne, flatte ou émeuve l'esprit. Aussi gardé-je, œuf

enclos, dans un œuf, une noix de muscade logée à

l'intérieur d'un œuf de bois rare, à sa taille. Quant à

l'œuf d'opaline blanche que m'offrit Léopold Marchand, le

temps ne saurait le dépouiller de l'agrément particulier qui

s'attache à l'œuf sans jaune, stérile, probablement

magique, trouble comme l'orgeat, comme la perle de gui,

comme l'œil du chaton qui s'ouvre en son neuvième jour...

 

"(Colette, "Oeufs de Pâques", in La Fleur de l'âge, 1949)

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21/03/2016

Côté Essais

rugby.jpg

 

 Les Bleus sont les rois des pénalités, 

 

      ....heureusement   qu'il nous reste Montaigne...

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07/03/2016

Andreï MAKINE, le Russe Immortel

   Je dédie cette note  à mon  fidèle et anonyme lecteur

 russe, qui, chaque jour, passe lire mes notes en toute

discrétion, qu'il trouve   ici le témoignage  de mon

admiration pour son pays. 

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 L'écrivain d'origine russe Andreï Makine, lauréat du prix

Goncourt et du Médicis en 1995 pour Le Testament

français, a été élu à l'Académie française, jeudi 3 mars,

dès le premier tour, avec 15 voix sur 26 votants.

 

  Il occupe le siège laissé vacant par Assia Djebar,

morte un an plus tôt.

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   Une   belle et légitime reconnaissance  pour Andreï

  Makine    dont l'œuvre  rédigée  dans une langue

  française magnifique, peut damer le pion à bien des 

  écrivassiers...et écrivassières hexagonaux .

Mais aussi une reconnaissance  envers la Russie  qui fut si

francophone ! dans les familles aristocratiques,

on  maitrisait parfaitement  le français  , les

enfants avaient des nounous et des précepteurs français,

plusieurs grands écrivains russes créaient leurs œuvres en

deux langues à la  fois  en russe et en français, qui était

presque leur langue maternelle, puisqu'ils le parlaient dès

leur petite enfance .

  Il était autrefois de bon ton, à la cour impériale

de Russie et dans l'élite culturelle et scientifique du pays,

d'utiliser le français comme langue véhiculaire. La langue

de Molière,  de Voltaire n'avait  aucun  secret pour

eux , nombre d'écrivains russes  ont émaillé leurs œuvres 

de phrases entières en français 

  ( Dans La Guerre et  la Paix, de Léon Tolstoï,

  un personnage du dit que « même étant né en Russie,

  il pense en français"   )

 

Je conserve un souvenir bouleversé 

          du   Testament français,

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andrei testament.jpg

 

      un éloge   superbe à notre langue,

une histoire   de famille , un pan  de la Grande Histoire ,

récit   autobiographique   sensible  à travers la grand

mère française émigrée  en Sibérie entre  les deux

  guerres et qui  berce l'enfance  de  son petit fils de la

France, de Paris ; l'enfant  s'imprègne  de  cette

culture   si éloignée  géographiquement mais si proche,

  peu à peu accède à la langue , et  métamorphose  la

France  en son paradis , auquel il aspire, et finira par y

accéder.

   Aujourd'hui, voilà  Makine  au sommet  de la Culture

française  et c'est plus que mérité, lui qui s'est fait   le

chantre de la francophonie, de la défense et  de l'amour

  de  la France et  de sa culture; avant même  l'élection

de Makine , l'hebdomadaire  Valeurs  Actuelles , sous la

plume de  Laurent Dandrieu, célébrait l'écrivain 

d'origine russe, détenteur d'une thèse  sur la littérature

française contemporaine

Роман о детстве в современной литературе Франции (70-80-е годы) " Roman sur l'enfance dans la littérature française contemporaine (des années 70-80)"

enseignant  à Novgorod, premier roman   rédigé en

français  en 1990 " La fille d'un héros d'union soviétique "

 naturalisé français après qu'il  ait été couronné  par le

Goncourt et le Médicis pour le "Testament Français " en

1995.

 

  Ce  Français  d'adoption  nous marque par son amour

passionné et douloureux pour   notre pays.

 

à lire :

 

Cette France  qu'on oublie d'aimer (2006 )

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Un vieil homme rencontré de nuit dans une gare glaciale de Sibérie raconte comment, alors qu’il allait donner son premier concert de jeune pianiste promis à un brillant avenir, il doit fuir Moscou en mai 1941, se réfugier en Ukraine, endosser l’identité d’un soldat mort et faire la guerre; comment il vécut dans la crainte de trahir son identité, comment il fut sauvé par une femme dans un cimetière de neige; comment de retour à Moscou, il tentera de retrouver les siens et soulèvera à nouveau le couvercle d’un piano comme on soulève celui d’un cercueil.

 

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 Le Testament français : un titre en apparence fort simple, mais où chaque mot compte...

  Andreï Makine C'est en effet l'histoire d'une transmission de connaissance, d'un passage culturel, où une femme - ma grand-mère, Charlotte - lègue une culture, un pays à son petit-fils. Et ce pays est la France. Ce legs n'est pas un héritage au sens matériel, mais un testament au sens intellectuel.

  C'est dans ce sens que vous parlez de langue « grand-maternelle »...

  Andreï Makine C'est précisément ce que j'ai ressenti dans mon enfance. On ne choisit pas sa langue maternelle. Ma grand-mère, elle, me proposait de me transmettre sa France, et j'étais libre d'accepter ou de refuser. D'ailleurs, en grandissant, l'enfant oscille entre ces deux attitudes. Mais peut-on naître biculturel, ou bilingue ? Bilingue, oui. Biculturel ? C'est plus délicat : comment garder son équilibre personnel tout en vivant à cheval sur deux cultures ?

  D'un autre côté, votre grand-mère vous avait transmis une France depuis longtemps disparue, celle du Second Empire et de la Belle Époque...

  Andreï Makine C'est justement cela qui est intéressant : découvrir la France à travers des constantes plus ou moins intemporelles. Parler du caractère français, de l'esprit français, du regard français peut paraître réducteur. Pourtant, ces constantes sont nécessaires pour établir une identité qu'on ne peut définir plus précisément. C'est aussi l'histoire de la France projetée sur l'écran russe. Une France que les Français eux-mêmes ne connaissent pas, parce qu'elle leur semble naturelle.

  À l'inverse, l'Union soviétique que vous décrivez ne ressemble pas à ce que les Français en percevaient...

  Andreï Makine En effet. À travers les images officielles - qui n'étaient pas les mêmes que les nôtres -, vous viviez dans l'obsession de ce grand voisin, empire du mal pour les uns, objet de fascination pour les intellectuels de gauche. Il y avait ce double message, doublement faux, de l'Enfer et du Paradis. En étudiant son propre pays à travers la vie russe de Charlotte, l'enfant découvre une Russie inconnue. Vue par les Occidentaux, la Russie était souvent considérée comme une sorte de grand goulag invivable. Pourtant, et c'est là le grand mystère russe, les gens réussissaient à vivre sous ce régime. Et, par sa vie, Charlotte a apporté une réponse à cette question, en montrant que face à un régime inhumain, atroce, la grandeur de l'homme est de dépasser cette cruauté.

  Vous-même, comment avez-vous perçu la réalité française actuelle quotidienne, par rapport à la France mythique de votre enfance ?

  Andreï Makine Je pense n'avoir jamais connu cette vie quotidienne. Pour être vraiment inséré dans le tissu du vécu national, il faut travailler dans une entreprise française, être marié à une Française, avoir des enfants qui vont à l'école française... Ce n'est pas vraiment mon cas. Par la force des choses, je suis resté un peu en marge de ce pays. Cependant, j'ai retrouvé les Français tels qu'ils avaient été décrits par ma grand-mère, ou par Balzac. Certes, il m'est arrivé d'avoir parfois un regard un peu trop romanesque, je m'imaginais rencontrer des éditeurs ou des journalistes tout droit sortis de La Comédie humaine... Mais ce n'est pas un regard faux : c'est un regard qui globalise, qui est parfois plus perspicace car il s'attache à l'essentiel dans l'homme, et non à l'éphémère ou au superficiel.

  À propos de regard, celui que vous portez sur la littérature contemporaine n'est pas tendre...

  Andreï Makine On peut être très pessimiste quand on voit le livre devenir une marchandise bradée, dépréciée, un objet que l'on jette, des écrivains transformés en clowns sur un plateau de télévision... C'est impensable en Russie, où l'écrivain a toujours été respecté comme un demi-dieu, même s'il vivait très modestement. En même temps, la vraie littérature est comme un ruisseau qui contourne d'une façon ou d'une autre les barrages qui l'entravent. Elle trouve toujours ses lecteurs. Après tout, quand on extrait l'or, on rejette quatre-vingt-dix-neuf pour cent de roches stériles ; au nom de quoi devrait-on obtenir cinquante pour cent de réussite en littérature ? Au fond, la vraie littérature et la vraie poésie ont toujours été beaucoup plus rares que les pépites d'or.

 

 
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