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08/08/2018

Voir Captieux et mourir de plaisir,

     C’est un endroit par lequel on passe, et encore, plus beaucoup

maintenant  que l'autoroute  l'Aliénor, dessert direct Pau - Langon

- Bordeaux, c'est un lieu sans  grand   charme, sans charme du

tout on devrait dire, une commune  du sud Gironde  de 1300 âmes

et quelques, au milieu des pins, qui  fut  longtemps  synonyme de

légèreté 

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            pensez !

le site  de la commune fut choisi en 1950 par les Américains pour

y installer un important dépôt de munitions tout près de la D932,

sur 100 KM2, au lieu dit Le Poteau.

De Gaulle demanda le départ du territoire français des bases

américaines en 1966  .

  En partant, les Américains laissèrent beaucoup  de matériel qui

fut revendu aux habitants et entreprises de la région.

 Les installations militaires furent reprises par l'Armée française.

Qui dit armée, dit militaires, donc dit filles à soldats :

au Poteau, on se souvient encore des maisons closes, closes,

mais largement ouvertes aux  beaux Américains.

 

 Le  camp a fermé, les claques aussi, mais beaucoup plus tard.

 

   Un documentaire La Fabrique de l'Histoire d'Emmanuel Laurentin

de France -Culture évoqua son histoire dans le cadre d'une  série

 Les  Ameriains  et  nous    [2/4], et insista sur les quelques

maisons  closes du Poteau, fermées seulement en mars 1987 sur

ordre (et ce quarante ans après   l’interdiction des maisons closes

par la loi Marthe Richard)

 Reste ce bourg au sud  de la Gironde,  une route qui le traverse,  

une  église, un monument  aux morts,

une étape  sur le Chemin de Saint Jacques,

l’écureuil emblématique  qui tient sa pomme de pin à l'entrée du bourg, 

      un ou deux cafés,

                 une fontaine qui soignerait les rhumatismes,

                              la France profonde,  quoi...

 

 

BON,

 

et alors ?

 

 

pourquoi diable, écrivassière farfelue,

                               nous évoquer un  tel  endroit?

        

    Ne nous dis pas  que tu en as fait  ton  nouveau lieu de

 

       résidence  ou   de villégiature pour  ton été   2018?

 

                                     CAPTIEUX !

 

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     l'incontournable, la magnifique, la sublime, la délectable   ! ! !

 

Non mais, tu divagues !

    tu as tout fumé aujourd'hui pour nous   écrire de tels délires !

 

           Voir  Captieux et mourir tant que tu y es !

 

             Eh !  Vous ne croyez pas si bien dire,

 

                                 Mourir de plaisir ! ...

 Car Captieux, sous ses allures  de rien du tout,  est un sommet,

un passage obligé:

 et maintenant, plutôt que d'aller direct de Bordeaux à Pau, en

rentrant, nous prenons souvent  la Départementale,  débarrassée

de  ses camions, elle est très roulante,

on rajoute 10 ou 15 minutes  au temps de  trajet autoroute,

on économise  plus de 25 euro

( Aliénor est la plus chère  de France ) et on s'arrête à Captieux,

 

  pour,

  pour,

  pour,

  pour,

 

 

  mais pour quoi donc ?  

   Tu dis, oui ou non ?   

 

pour...

 

      Mais

 

                            pour  ça !

*

 

 

*

 

*

 

 

 * 

 

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Car figurez-vous  que dans  ce  petit bourg paumé au milieu de la

forêt de pins, il existe le plus extraordinaire boulanger- pâtissier, -

confectionneur de puits d'amour .

         
             Vous ne me croyez pas? 

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A votre guise,

il n'empêche qu'on vient   de partout, de très loin même, que

Jacques Seguin, qui vient   de prendre sa retraite et a vendu son

affaire , a transformé Captieux en étape gourmande  hors pair.

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Captieux (33) : Les puits d’amour se savourent toujours

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 1000 par jour, de  ces petits joyaux dont on  se fait qu'une

bouchée.

 

  Je n'ai jamais dégusté de nuages, mais cela doit y ressembler,

une coque légère  de pâte à choux, et une crème

mousseuse,aérienne , vanillée, divine, caramélisée juste

ce qu'il convient.

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  On avale le premier , vite suivi d'un second pour confirmation du

délice, puis d'un troisième, pour s'assurer qu'on ne rêve pas, et

d'un quatrième par pure gourmandise. 

 

   J'en connais qui la pousse beaucoup plus loin...♡♡♡

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 J'en connais  qui s'arrêtait  sur le chemin  de Bordeaux  à l'aller et

au retour, mais maintenant, des boutiques  à  Bordeaux Caudėran

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et au Capus,  le marché des Capucins,  Incontournable  pour les

meilleurs produits .

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    Pensez: 25 euro d'économie d'autoroute à chaque voyage,

60 centimes le puits d'amour, le calcul est vite fait ! ! !  

  Et pour peu que vous véhiculiez quelques  covoiturés, ils

découvrent, les yeux agrandis, les babines  en folie, le palais

émoustillé les merveilles de Captieux.

 

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Quand je vous disais...

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Horaires d'ouverture:

 

Du Mardi au Samedi de 6h30 à 12h30 et de 15h30 à 19h

 

Le Dimanche de 6h30 à 12h30

Votre contact pour vos commandes et informations:

 

Téléphone: 05 56 65 60 40

 

site Facebook,

Le Puits d'amour de Captieux - Captieux, Aquitaine, France .

 

article Figaro Magazine,

]

des chemins de Saint-Jacques - Partenaire.fr

Sud Ouest

Captieux (33) : Les puits d'amour se savourent toujours ...

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21/06/2018

Retour vers 1983 , 21 juin Fête de la Musique à Paris

  
  En ce soir de l'été 1983, Paris porte une tenue grisée mais 
douce

 agrémentée d'un vent qui promet déjà de forcir.

 C'est donc le 21 juin, jour de l'été,

choisi depuis l'année précédente pour célébrer la Musique

partout en France   . 1983, année  de lumière et de bonheur.

     Partis  de la place    de l'Europe, nous descendons vers le

centre de la ville pour une grande balade nocturne à la rencontre

de la fête.


       De Saint Lazare à l'Opéra, rien.

 

 Les rues sont désespérément calmes , pas une note, pas un son

qui sortirait des appartements, pas d'instruments , point de gens.


Où sont donc les Parisiens?

 

Où est donc la fête annoncée?

 

Plus nous nous rapprochons de la place de l'Opéra, plus nous

sentons que quelque chose se passe, que quelque chose se serait

concentré au cœur même de Paris, au Temple de la Musique et

de  la Danse.

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Lieu magique et somptueux , ce soir  désacralisé.

 

 

    En haut des marches du Palais Garnier, une gigantesque sono

crache ses décibels dans la nuit maintenant tombée.

 Musique brésilienne: la foule écoute , mais ne participe pas.

 

 

 Levant les yeux, nous découvrons les machinistes de l'Opéra en

bleu de travail jambes ballantes dans le vide, assis en rang

d'oignon au bord du toit, entre les statues.


 Soudain un homme sort de la foule, se met à danser sans

retenue, symbole de la fête libérée et retrouvée.

 Il danse à contre temps, ne se soucie de rien, ne voit rien, fou

de bonheur, de rythme, ivre de décibels .


 A son tour, une grande fille rousse dégingandée quitte les rangs

sages, et le rejoint.

 

 

Étonnant contraste entre le cercle immobile et ces corps pulsés,

bousculés par la batterie.

 

 

 En eux la musique, et la fête éclate pour de bon, spontannée,

libérée, loin encore des institutions qui la muselleront  à l'avenir:

 

elle  se propage dans les corps et les cœurs.



  Nous quittons la place de l'Opéra livrée maintenant à la danse,

les oreilles vibrantes, nous rejoignions le Palais Royal.

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 Parfois, à l'angle de deux rues, un jeune, un couple, harmonica,

tambour, guitare, ocarina, chacun à sa manière célèbre sa fête.

Paris s'émaille de sons échappés dans la nuit.


 Palais royal : lumières et colonnade, éclair pour l'œil, explosion

pour l'oreille.


 L'Orchestre de la Garde républicaine , éclatant de cuivres polis,

sanglé dans les uniformes de parade, fait claquer l'ouverture de

« Carmen » ; les enfants hurlent de joie , 

 

 

pas question d'écoute religieuse, mais une participation

bondissante et libérée, corps et âmes, à tout ce qu'offre cette

nuit.



 

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les portes ouvertes , déverse des flots

d'orgue triomphal. 

 

 

 

 

 

Le vent s'est levé pour de bon, chargé des poussières

de la ville , des sons démultipliés se heurtent, s'entrechoquent ,

tournoient se marient  et se dispersent.





 Une clarinette solitaire perce la nuit ; nous en suivons le ruban

mélodique et pénétrons dans les Jardins des Tuileries.

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 Du sable soulevé par les bourrasques tièdes s'engouffre dans

les allées labyrinthiques.


 La musique nous guide.


      Assis sur un banc de pierre, un homme joue, seul.

 

 

A ses pieds , un radio - cassette diffuse la partie quatuor du

quintette avec clarinette de Brahms;

il joue, pour lui,   pour Brahms, pour la Musique,

       il joue sans nous voir, les yeux clos,

               tout entier immergé dans l'œuvre somptueuse,

              sa clarinette emplit l'espace des jardins.


 


    Ce 21 juin 1983 , sa contribution à la Musique s'ancre à tout

    jamais dans ma mémoire.

 

 

    Une larme de joie roule sur ma joue, je suis bien.

La musique,  

     ce n'est pas que le 21 juin, elle m'accompagne chaque jour,

     chaque heure , peut être  n'en ai-je jamais écouté comme ces

     derniers mois, et ne me demandez pas, à  la manière de

         Françoise  Sagan si j'aime  Brahms  ...!


   Mais  je ne sais pas encore que ce sera le seul 21 juin à

m'apporter ce bonheur indicible.

07/02/2018

Arcachon, février 1956 : La neige, il y a 62 ans

La neige , l'hiver,  c'est  banal.

 

En ce mois ce février 2018, c'est la panique :

 

 Les automobilistes, tout  le monde s'en prend  au manque

d'information,  mais peu évoquent l'inconscience  des

automobilistes  qui persistent à  circuler  sans équipements

appropriés aux conditions hivernales.

 

Quand on sait  que   les pays européens ont en majorité adopté

une politique   drastique pour  que  les automobilistes  adoptent

des pneus neige.  En Allemagne, on  ne connait pas ces folies

routières parce  qu'il neige.    En Autriche,  tout véhicule non

équipé est immobilisé dans l'instant, et son conducteur verbalisé

jusqu'à  5000 euro pour mise en  danger d'autrui.

 

Nous avons un retard  préjudiciable  en matière  de  sécurité de

 notre   propre véhicule.   L 'essentiel du problème est là .

Retour sur une periode de neige, et  quelle neige ...!

 

C'était il y a  62   ans...février 56,   presque  jours pour  jours...

__________

 

 

Pas d'école en ce jeudi, ciel bas et terne,

lumière tirant sur le jaune.


Je ne connaissais pas,

habituée que j'étais à la clarté lumineuse

du bassin d'Arcachon, aux grisés bleus de l'hiver 

calme et doux

sur les grèves atlantiques.


Ce jeudi là, tout était différent

les premiers flocons voltigèrent

vers midi,

légers,

légers,

inhabituels sur mon coin d'océan.

Légers,

légers,

légers,

puis plus denses,

serrés,

prenant du poids et des rondeurs,

de plus en plus palpables.

Le nez collé à la verrière du studio,

comme on appelait ce petit salon donnant à l'est,

tout vitré,

je regardais ma première vraie neige,

espérant secrètement qu'elle ne s'arrêterait jamais.

Jamais,

je priais au fond de moi,

car la prière c'est l'avenir au présent,

je n'osais le dire car mon papa montrait

 des signes d'énervement,

semblait contrariépar cette atmosphère nouvelle.


Toujours pessimiste, il imaginait déjà quelque catastrophe.


La neige continuait,

continua,

et l'après midi,

et la soirée, .

Vers 17 heures,

un ami médecin dérapa dans la côte de notre rue,

 et sa voiture s'immobilisa

le nez dans un réverbère, juste devant chez nous.

« Bah, je la récupèrerai demain.

Surveille - la »   lança-t-il goguenard à papa  .

 

Le dîner fut électrique.

Maman "très enceinte" comme je disais,

ne pouvait calmer mon excitation,

j'allais et venais de fenêtres en verrière .

La nuit , bleu marine,

était scintillante de ces mouches blanches qui commençaient à imprimer

leur graphisme sur ma rétine.Je ne voyais plus qu'elles.

Le coucher fut tardif.


Il neigeait .

Au matin, il me fut annoncé qu'il n'y aurait pas école.


Derrière les vitres, 

le spectacle le plus incroyable m'attendait.

 

avenue gambetta depuis la terrasse de la maison 02 1956.jpg

l'avenue Gambetta, notre rue

depuis la terrasse de notre maison

Photo Jean Cottard

*


Le jardin n'existait plus,nivelé, englouti,

la chaudière à charbon ne tirait pas,

comme étouffée par l'atmosphère sans vent, enserrante.

Il faisait froid dans la maison,

mais mon cœur battait d'une brûlante chamade.

Il neigea tout le vendredi.


Au matin du samedi,

la ville n'était plus qu'un gigantesque champ uniforme,

d'une blancheur qui m'était inconnue.

*

medium_cours_lamarque_avec_la_boucherie.jpg
cours Lamarque
medium_av_gambetta_ski.jpg 
avenue  Gambetta, devant le garage  Dufourc
medium_inaccessibles_galeries.jpg
angle rue du Casino /cours Lamarque

*

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Si j'avais dû la comparer à des sons,

je l'aurais qualifié de « stridente » 

aussi insupportable aux oreilles qu'elle l'était

à mon regard

Trop brillante, trop ardente,.

La voiture de l'ami Gilles avait disparu sous

une gangue glacée.

hiver arc 56.jpg
   Elle resterait trois semaines au même endroit,

car pendant plus de 20 jours,

nous connûmes un froid sibérien : tuyaux d'eau gelés,

il fallait remplir de neige la baignoire pour récupérer

de l'eau ,

la faire bouillir...Pénurie de charbon.

J'ai usé un petit balai de paille pour  le simple plaisir

de déblayer la neige des marches

qui descendaient au jardin.

Nous, les enfants,si heureux de ce cadeau du ciel,

nous dévalions l'avenue Gambetta

avec des  cartons en guise de luges;

et  pour les grands, l'école reprit, bon an mal an.

Je conserve un souvenir extraordinaire ?

celui de mon père chaussant ses skis de bois ,pour,

 avec un ami du quartier,

effectuer la descente vers le centre ville

le premier matin de paralysie,

histoire de remonter pain et lait à des Arcachonnais

bloqués dans leurs  maisons

totalement inadaptées à ce climat.

Le bassin charriait de la glace,

les arbres s'effondraient sous le poids ,

vous pouvez ne pas me croire,mais de mes souvenirs,

il demeure des traces photographiques.

*

medium_le_bassin_pris_ds_les_glaces.jpg
le bassin charrie de la glace  entre les pinasses
 
medium_devant_st_Yves_bd_de_la_plage.jpg
boulevard de la Plage
vers  Saint Yves
 
medium_balcon_pharmacie_1°_étage.jpg
 depuis  le balcon de la pharmacie Ardouin
rue du Casino
au fond, le Casino  Mauresque  qui  brûla en 1977
 
 Casino mauresque arcachon.jpg
 

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 avenue Gambetta pharmacie    Fleury 

vue du balcon de l'étude   de mon grand père

medium_2_cv_règlementaire.jpg
devant la mairie
 
medium_hôtel_richelieu_et_café_repetto_place_thiers.jpg
place Thiers

*

Photos incroyables, (Léo Neveu ) collection personnelle

et celles que Noël Courtaigne,

passionné des vieux clichés d'Arcachon

m'a autorisé à publier.(coll Ardouin )

et des photos personnelles

dues à l'objectif de mon papa.

 

Authentique souvenir d'enfance,de ceux qui vous laissent

un goût de conte  et d'irréel.

*

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medium_tranchée_devant_le_café_Le_Victoria.jpg
medium_place_thiers_le_bassin.jpg
tonton robert déneige devant la pharmacie.jpg
 
Tonton Robert déneige place Thiers
 
 
medium_les_mouettes_sur_la_ville.jpg
 boulevard de la Plage

 

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Gaby devant le Club

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l'Hôtel de France, boulevard   de la Plage,

aujourd'hui disparu

clin  d'œil à Monsieur Bernadac, à Jeanine.

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Le Café Thiers, ancien Repetto

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12/12/2017

"L'Hure" ( nouvelle protégée par copyright)

   Une nouvelle pour ma chère tante Astridelle,

 

              avec toute mon affection

 

   Et pour vous tous, puisqu'il paraît que vous aimez lire

 et pour nommer le titre  de la belle émission de Guillaume    Gallienne,

le samedi à 18 heures  sur France Inter

 

                      "Un peu de lecture,ça peut pas faire  de mal ..."

 

Lisez, ça  vous ouvrira les écoutilles.

 

 

 

 ------------------------

 

 

  Il était une fois, il y a  si longtemps, si longtemps qu'on ne  saurait dater l'histoire.

 

   Au fond d'une forêt épaisse, sombre, humide, au fond des bois maléfiques où les eaux  le disputaient au végétal, , vivait une femme , mais peut - on dire " une femme " quand on sait qu'elle  n'avait d'humain que l'apparence    à  peine  entrevue , au fond des sombres bois.

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   Ceux qui l'avaient approchée, -quelque chasseur , cavalier égaré-, n'avaient d'elle retenu que la face difforme, le nez écrasé, sous une chevelure aussi épaisse , aussi impénétrable   que la forêt qui l'abritait.

cadre rochers moussus ss les hêtres.jpg

 

  Ceux donc  qui l'avaient   aperçue, en avaient rapporté une image tellement animale, une description  tellement éloignée  de l'idée même de femme que le surnom de  " la hure " lui fut donné, tant son visage évoquait le groin de la truie.

 

   " La hure "  ne  se montrait guère,

 c'était toujours par hasard qu'elle était entraperçue, toujours fuyante,  partageant son temps entre des cueillettes mystérieuses, le ramassage  du bois pourri , et celui des glands  dont comme cochons et sangliers elle se nourrissait .

 Comment femme un tant soit peu humaine  aurait-elle pu vivre  de ces bouillies malodorantes et indigestes ?  

  Elle était bien porcine  , l'Hure.

 

  Sans  âge, sans charme , sans rien qui la rendît humaine, l'Hure avançait dans une vie  sans avenir et  sans passé, rien, ni personne à ses côtés .

 

    Elle avait, disait-on, la science des herbes, des rites   de fécondité, la connaissance des simples , celles des bois profonds, des forêts humides, où  ne croissent que mousses, lichens et champignons douteux.

 

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  A croire qu'elle cherchait dans la fréquentation de ces étranges plantes  verdâtres, glauques, gluantes, quelque secret à percer.

 

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  C'était il y a  si longtemps que  même les arbres millénaires des  forêts primaires ne sauraient vous dire en quel temps...

Au cœur des  forets  qui abritaient  les secrets  de l 'Hure, on se souvient encore de ruines étranges, noires, ruines devenues  quasiment végétales.

 

   L'Hure y venait souvent, surveillant la croissance de certaines plantes  médicinales  dont elle utilisait les vertus. Parfois l'arnica, souvent la gentiane,  mais elle allait plus volontiers vers les étranges, les moins connues, aux noms latins qu'elle déclinait pour elle seule quand elle  mettait au jour une espèce sur  son terrain  de  chasse :

 

 

     salvia divinorum, humulus lupulus, ephedra sinica, alluim ursinum, lagochilus inebrians , malva sylvestris, cymbopogon martini ...et caetera, et caetera

 

   Une particulièrement avait ses faveurs, petite plante  fleurie dont elle négligeait la partie  aérienne .

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Description de cette image, également commentée ci-après

Ce qui l'intéressait, c'était la racine, ou plutôt les racines , ou mieux encore la racine double.

 

  Étrange  Mandragora officinarum  dont on sait  que la structure ramifiée  des racines figure  le corps  humain, qui l'homme, qui la femme,  plutôt  sur un rapport de taille qu'un véritable déterminisme sexué de la plante.

 

   L'Hure vérifiait  toujours la taille de  la plante avant  de la déterrer et de recueillir précieusement  la racine conviée.

 

 

  La  laideur   de l'Hure était avérée, mais  ce que l'on  sait moins  que la fréquentation éternelle  de la laideur ne rend pas pour autant celui qui en est touché insensible à la beauté, tout au contraire.

     Les contes nous le  rappellent sans cesse. L'Hure ne faisait pas exception à la règle. 

 

   Aussi, celui que l'on  aurait surpris traquant  L'Hure dans ses  quêtes végétales eût- il pu imaginer  que la femme à la face de groin n'était en recherche  que d'un secret de métamorphoses, d'une plante  qui la rendît , à tout le moins  humaine, si ce n'est belle ?

 

 

      C'eût été sans  compter avec la nature même de L'Hure.

 

  Peu lui importait son aspect.

 

 Ce qui la rongeait, c'était la solitude.

 

     Elle  portait  seule  le  fardeau de la vie  , jamais partagé, jamais , jamais, jamais.

    Ce qui l'avait  conduite à cet état, sera ici tû  pour l'éternité. 

 

Nous n'en soufflerons mot.

 Nous nous contenterons d'effleurer la souvenance  d' un passé  inénarrable.  

 

   Peu lui importait  de n'avoir jamais eu  de bras  autour  de  son corps décharné, de sourire   qui inondât de lumière  sa face animale, mais  ne pas  donner,  ne pas transmettre le don d'amour  qu'elle avait secrètement reçu de sa mère , ne pas aimer, quitte à ne pas être aimée.

 

 Mais aimer, donner, donner, donner, 

jusqu’au  vertige, jusqu'au sacrifice !

 

    Et cela, qui l'eût deviné sous les traits  de l'Hure ? 

  Car L'Hure n'était qu'Amour, quand ceux  qui l’apercevaient  ne voyaient en elle que  repoussoir, maléfice, sorcellerie.

    La quête à la mandragore était elle un moyen  de toucher à l'Amour?  L'Hure, elle,   savait que la réponse était dans la racine  à deux jambes,  au corps musculeux...

 

 


C'est au printemps que le recherche des racines de mandragore était la plus fructueuse pour l'Hure, printemps qui fait gonfler les sèves,

 

les contes ne vous l'ont peut être pas révélé, mais la sève monte et descend ,

double sens pour double bénéfice, des feuilles vers les racines, des racines vers les feuilles,

et le retour du printemps , la douceur, en sont le déclenchement.


   Donc au printemps, racines gorgées de sève, racines riches en promesses pour l'esseulée.

 

 Ses récoltes printanières puis estivales se tournèrent vers les racines d'apparence mâle, autant que faire se pouvait.

 

    L'Hure récoltait encore et toujours et au début d'un automne que nous ne saurions dater, elle entreprit le lent travail qu'elle s'était fixé :

 

 de ces racines qu'elle broya dans un mortier de néflier, elle obtint une sorte d'emplâtre épais, brunâtre et peu avenant.

Elle laissa se bonifier tout l'hiver suivant cette étrange pâte , tel un vin d'élite à qui il faut le temps pour révéler tous ses mystères.

 

  Ce n'est qu'au printemps suivant, le jour du printemps de cette année improbable, le 20 mars exactement qu'elle en fit enfin usage;

 

  elle commença par humidifier légèrement l'emplâtre rendu épais par la dessiccation, elle le huma, en prit une boulette entre ses doigts, l'étira, le façonna, puis le rendit à  sa forme première d'emplâtre, et doucement, elle l'appliqua par petites touches sur son ventre stérile, dissimulant son nombril, les rides transversales de ce ventre vide, noyant son pubis de la pâte brunâtre.

 

  Elle passa ainsi le printemps, l'été, et nul pour la constater mais la métamorphose eut lieu.

   La mandragore mâle s'offrit à   la vieille L'Hure et la nuit veille du solstice d'hiver, nuit la plus longue, la plus sombre, la plus froide, seule, au fond des forêt, L'Hure accoucha d'une fille dont on pouvait redouter qu'elle n'héritât la laideur de sa mère. 

  Le jour qui dès le lendemain, allait gagner sur la nuit, le premier de ces jours qui allaient retrouver lumière, illumina le visage de l'enfant, enfant à la face parfaite, au sourire immédiat qui inonda le regard de l'Hure. Enfant à qui tout l'amour du monde était promis, annoncé, destiné.

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«  Lurette, la baptisa-t-elle , Lurette, il y a si longtemps, Belle Lurette, il y a si longtemps, si longtemps que je t'attends »

 
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