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20/02/2019

Sa voie. Hommage à Maureen Forrester

  

Une  énième et incomptable réécoute de l'  enregistrement sublime 

 

de la Rhapsodie de Brahms pour contralto et choeur d'hommes

 

par Maureen Forrester

 

 me donne la plus belle des  raisons de republier ce texte .

 

Certains connaissent  cette nouvelle, elle sera peut être découverte pour d'autres,

 

et elle sera la dernière publiée ici.

 

 

Un chant d'adieu . Une page de regrets 

 

 

un peu de la voix de Maureen Forrester dans 

 

La version    de la Rhapsodie pour choeur

 

d'hommes et contralto  de Brahms, enfin

 

debusquée . Ça craque mais quelle beauté

 

  quelle émotion.

 

 

En hommage à Maureen Forrester 1930 / 2010

 

disparue discrètement en 2010

Maureen Forrester.jpg

 

 

 

*

La vallée s’étirait sur  des  kilomètres sinueux,

allait en se rétrécissant puis brutalement,

au détour d’un angle aigu de la route,

s’élargissait en un vaste cirque crénelé  de sommets.

cadre un peu du cirque 28 12 2010.jpg

Maïté ne connaissait rien d’autre que la vallée.

 

Née ici, grandette, puis jeunesse,

toujours là, elle y avait appris à lire  avec monsieur Raymond

dans la classe unique de l’unique école .

lescun accroché à sa montagne.jpg

 

 

 Puis, elle fréquenta à 22 kilomètres

le collège  où elle se rendait par l’autocar régional.

Quatre années là bas, et quand elle   passa le brevet, 

 il fut décrété que pour elle, seule fille

d’une fratrie  de  six enfants, cela suffirait.

D’ailleurs, le travail l’attendait,

garé dans la grange principale de la ferme.  

Son père avait acquis depuis plus de 5 ans une camionnette sur laquelle

reposaient tous ses espoirs.

 La fille se mit au travail de la ferme, mais c’était  du provisoire.

Son destin était ailleurs.  

Maïté devait tout d’abord passer  son permis de conduire,

c’était la première étape du plan paternel.

 

 Avant dix-huit ans, elle savait déjà conduire, le père l’avait bien initiée,

les frères aînés avaient à  tour de  rôle entraîné la cadette

 qui obtint du premier coup le fameux et indispensable document rose.

 

Le plan paternel pouvait se poursuivre.

Après le permis,  il fallut au père acquérir

 

une licence commerciale au nom de Maïté;

 tout était prévu, et bien prévu.

 

 


C’est ainsi,

           que en mai, quatre mois après son dix-huitième anniversaire,

 Maïté se retrouva au volant de la camionnette,

dont le hayon arrière s’ouvrait sur le trésor :

 une épicerie ambulante

dont le père avait depuis bien longtemps

 jaugé et jugé  l’indispensable présence à la survie  de la vallée.

 

Et Maïté commença ses tournées, de villages en lieux dits,

de  fermes en métairies,

montant jusque dans les contreforts de la montagne pour apporter,

qui le pain,

qui le journal,

ouvrant aux quatre vents sa caverne aux chalands

pour qui sa visite était parfois la seule de la semaine.

 

écobuage 8 04 2010 lescun.jpg

 

Très vite ,Maïté se transforma en dame de la Poste

remportant des lettres, de menus paquets,

puis se fut le tour des ordonnances 

 dont elle ramenait les médicaments

après avoir fait le plein à la pharmacie d’en bas.

*

                                                     

medium_Resize_of_P1090332.2.JPG

                                                          

 *

 Le père mourut, puis la mère, les frères se dispersèrent,

 seul Fernand resta à la ferme, accroché à sa  vallée, 

 tout comme sa  sœur  dont il partageait l’existence.

Tout ceci n’avait rien que  de très banal, mais Maïté se prit au jeu

et elle  comprit vite qu’elle ne ferait jamais rien d’autre de  sa vie…

 

----------------------------------

 Frère Thibaut avait passé un quart de  siècle 

dans le silence et la prière.


Quand la maladie le contraignit à quitter

 le recueillement de son abbaye pour soigner une tuberculose,

 il ne pouvait envisager que ce départ serait définitif.

 

 


Quatre années  de soins, de cures,
de sanatorium,

mirent à mal sa vocation, mais pas  sa foi.

 

A la fin de ce long séjour au désert, Frère Thibaut redevint  Jacques,

et le hasard le conduisit dans la vallée.

Elle le séduisit, par son aspect sauvage, qui inclinait à la méditation,

 à la réflexion, tant religieuse que philosophique, et Jacques devint l’ermite des lieux.

 

 

Il s’installa dans une ancienne gare désaffectée

après avoir obtenu de la SNCF

le droit de jouir des lieux pour 99 ans

comme une concession de  cimetière.

                                                           *

medium_gare_désaffectée.jpg

                                                           *

 

Pas d’eau, pas d’électricité, pas de chauffage,

si ce n’est la cheminée,

qui avait servi pendant des lustres à réchauffer les voyageurs

qui empruntaient la voie

depuis bien longtemps fermée.

Jacques allait couper son bois,

le ramenait  comme un portefaix, vivait de  cueillette

et du lait de ses deux chèvres.


Parfois, quelqu’un déposait devant l’ancienne gare

un lapin,

une palombe ensanglantée,

quelques noix, et même,

les jours de grand froid, 

du pain,

tendre et odorant

que Jacques humait et caressait de  ses doigts gourds.

 

 

Il avait remarqué la camionnette de Maïté.

 

Bien sûr, elle ne s’arrêtait guère à l’ermitage.

 

Chacun respectait l’humble retraite de  cet homme énigmatique,

 

dont on ignorait le passé.

 

Pourtant un jour, ...curiosité ?

 

Inquiétude devant la porte close

 

depuis plusieurs jours ?

 

Maïté  gara son engin devant la gare.

 

Elle fit le tour, rien ne bougeait.


Après avoir légèrement frappé,

et ne recevant aucun écho, elle osa pousser la porte.

 Le feu éteint depuis peu

rendait la pièce davantage froide et humide.

Jacques,

 couché par terre sous une couverture militaire,

blanc et ruisselant toussait,

arrachait sa poitrine creuse de violentes quintes.

 

                                                                        *

medium_le_feu_éteint.jpg

                                                                       

 

 *

                                      

 L’histoire se finit mieux

 

que l’on aurait pu le redouter.

 

Une pneumonie,

 

jugulée par un traitement de  cheval remit l’ermite sur pied.

 

A partir   de  ce jour, Maïté s’arrêta à la gare.

 

 Elle avait toujours un fruit,

un peu  de  fromage, mais rien de plus . Jacques avait précisé

dès le début de leur amitié  qu’il restait ce qu’il était.

 

Elle respecta,

et son vouloir,

et sa solitude.

 Elle laissait la camionnette assez loin.

Elle passait,

 discrètement montrait le bout de son nez

et s’annonçait toujours par un trait de  chant.

 

C’est ainsi que Jacques

 eut le privilège d’entendre le premier   la voix de Maïté.

Une  voix sans fioritures ni artifices.

 

Une voix de contralto,

si chaude, si enveloppante,

si miraculeuse et si rare

que Jacques ne put que s’en émouvoir.

 

 

Les rencontres avec Maïté furent  immédiatement

 pour Jacques le prétexte à tester

 les capacités de la jeune femme.

 

Elle avait 25 ans,

l’âge du début de la maturité  de  la voix,

l’âge où le travail peut débuter

pour que la pierre brute devienne un joyau.

 

 

Maïté chantait comme on respire,

elle chantait des airs  de son pays,

des airs tout simples

mais que naturellement elle agrémentait,

 y incluant des variations,  des modulations.

 

 Elle chantait des psaumes luthériens

qu’elle avait toujours entendus au culte,

elle chantait des niaiseries diffusées à la radio,

mais d’une manière si riche,  si personnelle,

que les fadaises devenaient précieux ouvrages. 

 

Jacques ne pouvait laisser Maïté dans l’ignorance   de ses dons,

dans l’ignorance du travail du chant qu’elle devait accomplir.

Le don reçu se devait d’être exploité.

C’était pour Jacques à la fois une évidence, et une obligation.

Le miracle eut donc lieu.


Frère Thibaut renoua
avec  d’anciennes relations

depuis bien longtemps sorties de son existence.

 

Il écrivit à un ami d’adolescence

qui avait fait une brillante carrière de concertiste

et de professeur de piano

au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

Il parla de Maïté avec chaleur,

 avec l’enthousiasme des connaisseurs,

les mots choisis, la perspective de l’avenir d’une voix.

Un jour, Maïté annonça à Fernand qu’elle partait pour Paris.

 

 Elle abandonna la camionnette

aux mains de  son frère, lui confia ses habitués,

leurs manies, leurs petits désirs.

Elle s'embarqua, le cœur serré et la peur au ventre.

 

Chanter n’avait jamais été pour elle rien d’autre qu’un plaisir solitaire.

Elle ignorait tout de  la musique,

si ce n’est les psaumes luthériens qui toujours revenaient.

 

Guidée par l’ami de Jacques,

recommandée à un professeur du Conservatoire,

elle commença le lent,

long et douloureux travail de la voix, apprit à respirer,

 à faire sortir sa voix de son  cerveau.

 Des années durant, elle travailla jusqu’au vertige.

                                                                     *

medium_rue_de_madrid.jpg

                                                                     *

 Elle apprit à écouter, elle découvrit,

elle assista à des classes de maîtres à l’étranger,

où elle s'enrichit encore et encore au côté de ces Illustres,

ouvrit son coeur et ses dons  à la Musique, 

 se mit à la langue allemande pour aborder le répertoire,

passa des concours, et des concours...

Sa voix prenait de l’ampleur,  s’arrondissait

 et  se creusait encore davantage dans des graves abyssaux.

 Elle comprit  qu’en elle se cachait une perle,

mais qu’elle en était redevable aux autres.

                                                 ******

 

 

Ce soir,

Maïté chantait à Londres des lieder de Gustav Mahler,

mais surtout elle interprétait la Rhapsodie

pour chœur d’hommes et contralto de Brahms.

 Son timbre fit frémir les échines,

émut les âmes jusqu’aux larmes,

combla les cœurs, servit Brahms

et la Musique au plus au point,

et s’envola bien loin du Royal Albert Hall,

tout là bas, vers la vallée vers la petite gare désaffectée

où Jacques percevait les échos de la voix du miracle.

                                                           *

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                                                       Pau, le 21 octobre 2007

                                                _____________________________

medium_royal_albert_hall.jpg

 

 

 

08/08/2018

Voir Captieux et mourir de plaisir,

     C’est un endroit par lequel on passe, et encore, plus beaucoup

maintenant  que l'autoroute  l'Aliénor, dessert direct Pau - Langon

- Bordeaux, c'est un lieu sans  grand   charme, sans charme du

tout on devrait dire, une commune  du sud Gironde  de 1300 âmes

et quelques, au milieu des pins, qui  fut  longtemps  synonyme de

légèreté 

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            pensez !

le site  de la commune fut choisi en 1950 par les Américains pour

y installer un important dépôt de munitions tout près de la D932,

sur 100 KM2, au lieu dit Le Poteau.

De Gaulle demanda le départ du territoire français des bases

américaines en 1966  .

  En partant, les Américains laissèrent beaucoup  de matériel qui

fut revendu aux habitants et entreprises de la région.

 Les installations militaires furent reprises par l'Armée française.

Qui dit armée, dit militaires, donc dit filles à soldats :

au Poteau, on se souvient encore des maisons closes, closes,

mais largement ouvertes aux  beaux Américains.

 

 Le  camp a fermé, les claques aussi, mais beaucoup plus tard.

 

   Un documentaire La Fabrique de l'Histoire d'Emmanuel Laurentin

de France -Culture évoqua son histoire dans le cadre d'une  série

 Les  Ameriains  et  nous    [2/4], et insista sur les quelques

maisons  closes du Poteau, fermées seulement en mars 1987 sur

ordre (et ce quarante ans après   l’interdiction des maisons closes

par la loi Marthe Richard)

 Reste ce bourg au sud  de la Gironde,  une route qui le traverse,  

une  église, un monument  aux morts,

une étape  sur le Chemin de Saint Jacques,

l’écureuil emblématique  qui tient sa pomme de pin à l'entrée du bourg, 

      un ou deux cafés,

                 une fontaine qui soignerait les rhumatismes,

                              la France profonde,  quoi...

 

 

BON,

 

et alors ?

 

 

pourquoi diable, écrivassière farfelue,

                               nous évoquer un  tel  endroit?

        

    Ne nous dis pas  que tu en as fait  ton  nouveau lieu de

 

       résidence  ou   de villégiature pour  ton été   2018?

 

                                     CAPTIEUX !

 

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     l'incontournable, la magnifique, la sublime, la délectable   ! ! !

 

Non mais, tu divagues !

    tu as tout fumé aujourd'hui pour nous   écrire de tels délires !

 

           Voir  Captieux et mourir tant que tu y es !

 

             Eh !  Vous ne croyez pas si bien dire,

 

                                 Mourir de plaisir ! ...

 Car Captieux, sous ses allures  de rien du tout,  est un sommet,

un passage obligé:

 et maintenant, plutôt que d'aller direct de Bordeaux à Pau, en

rentrant, nous prenons souvent  la Départementale,  débarrassée

de  ses camions, elle est très roulante,

on rajoute 10 ou 15 minutes  au temps de  trajet autoroute,

on économise  plus de 25 euro

( Aliénor est la plus chère  de France ) et on s'arrête à Captieux,

 

  pour,

  pour,

  pour,

  pour,

 

 

  mais pour quoi donc ?  

   Tu dis, oui ou non ?   

 

pour...

 

      Mais

 

                            pour  ça !

*

 

 

*

 

*

 

 

 * 

 

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Car figurez-vous  que dans  ce  petit bourg paumé au milieu de la

forêt de pins, il existe le plus extraordinaire boulanger- pâtissier, -

confectionneur de puits d'amour .

         
             Vous ne me croyez pas? 

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A votre guise,

il n'empêche qu'on vient   de partout, de très loin même, que

Jacques Seguin, qui vient   de prendre sa retraite et a vendu son

affaire , a transformé Captieux en étape gourmande  hors pair.

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Captieux (33) : Les puits d’amour se savourent toujours

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 1000 par jour, de  ces petits joyaux dont on  se fait qu'une

bouchée.

 

  Je n'ai jamais dégusté de nuages, mais cela doit y ressembler,

une coque légère  de pâte à choux, et une crème

mousseuse,aérienne , vanillée, divine, caramélisée juste

ce qu'il convient.

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  On avale le premier , vite suivi d'un second pour confirmation du

délice, puis d'un troisième, pour s'assurer qu'on ne rêve pas, et

d'un quatrième par pure gourmandise. 

 

   J'en connais qui la pousse beaucoup plus loin...♡♡♡

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 J'en connais  qui s'arrêtait  sur le chemin  de Bordeaux  à l'aller et

au retour, mais maintenant, des boutiques  à  Bordeaux Caudėran

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et au Capus,  le marché des Capucins,  Incontournable  pour les

meilleurs produits .

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    Pensez: 25 euro d'économie d'autoroute à chaque voyage,

60 centimes le puits d'amour, le calcul est vite fait ! ! !  

  Et pour peu que vous véhiculiez quelques  covoiturés, ils

découvrent, les yeux agrandis, les babines  en folie, le palais

émoustillé les merveilles de Captieux.

 

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Quand je vous disais...

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Horaires d'ouverture:

 

Du Mardi au Samedi de 6h30 à 12h30 et de 15h30 à 19h

 

Le Dimanche de 6h30 à 12h30

Votre contact pour vos commandes et informations:

 

Téléphone: 05 56 65 60 40

 

site Facebook,

Le Puits d'amour de Captieux - Captieux, Aquitaine, France .

 

article Figaro Magazine,

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des chemins de Saint-Jacques - Partenaire.fr

Sud Ouest

Captieux (33) : Les puits d'amour se savourent toujours ...

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21/06/2018

Retour vers 1983 , 21 juin Fête de la Musique à Paris

  
  En ce soir de l'été 1983, Paris porte une tenue grisée mais 
douce

 agrémentée d'un vent qui promet déjà de forcir.

 C'est donc le 21 juin, jour de l'été,

choisi depuis l'année précédente pour célébrer la Musique

partout en France   . 1983, année  de lumière et de bonheur.

     Partis  de la place    de l'Europe, nous descendons vers le

centre de la ville pour une grande balade nocturne à la rencontre

de la fête.


       De Saint Lazare à l'Opéra, rien.

 

 Les rues sont désespérément calmes , pas une note, pas un son

qui sortirait des appartements, pas d'instruments , point de gens.


Où sont donc les Parisiens?

 

Où est donc la fête annoncée?

 

Plus nous nous rapprochons de la place de l'Opéra, plus nous

sentons que quelque chose se passe, que quelque chose se serait

concentré au cœur même de Paris, au Temple de la Musique et

de  la Danse.

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Lieu magique et somptueux , ce soir  désacralisé.

 

 

    En haut des marches du Palais Garnier, une gigantesque sono

crache ses décibels dans la nuit maintenant tombée.

 Musique brésilienne: la foule écoute , mais ne participe pas.

 

 

 Levant les yeux, nous découvrons les machinistes de l'Opéra en

bleu de travail jambes ballantes dans le vide, assis en rang

d'oignon au bord du toit, entre les statues.


 Soudain un homme sort de la foule, se met à danser sans

retenue, symbole de la fête libérée et retrouvée.

 Il danse à contre temps, ne se soucie de rien, ne voit rien, fou

de bonheur, de rythme, ivre de décibels .


 A son tour, une grande fille rousse dégingandée quitte les rangs

sages, et le rejoint.

 

 

Étonnant contraste entre le cercle immobile et ces corps pulsés,

bousculés par la batterie.

 

 

 En eux la musique, et la fête éclate pour de bon, spontannée,

libérée, loin encore des institutions qui la muselleront  à l'avenir:

 

elle  se propage dans les corps et les cœurs.



  Nous quittons la place de l'Opéra livrée maintenant à la danse,

les oreilles vibrantes, nous rejoignions le Palais Royal.

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 Parfois, à l'angle de deux rues, un jeune, un couple, harmonica,

tambour, guitare, ocarina, chacun à sa manière célèbre sa fête.

Paris s'émaille de sons échappés dans la nuit.


 Palais royal : lumières et colonnade, éclair pour l'œil, explosion

pour l'oreille.


 L'Orchestre de la Garde républicaine , éclatant de cuivres polis,

sanglé dans les uniformes de parade, fait claquer l'ouverture de

« Carmen » ; les enfants hurlent de joie , 

 

 

pas question d'écoute religieuse, mais une participation

bondissante et libérée, corps et âmes, à tout ce qu'offre cette

nuit.



 

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les portes ouvertes , déverse des flots

d'orgue triomphal. 

 

 

 

 

 

Le vent s'est levé pour de bon, chargé des poussières

de la ville , des sons démultipliés se heurtent, s'entrechoquent ,

tournoient se marient  et se dispersent.





 Une clarinette solitaire perce la nuit ; nous en suivons le ruban

mélodique et pénétrons dans les Jardins des Tuileries.

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 Du sable soulevé par les bourrasques tièdes s'engouffre dans

les allées labyrinthiques.


 La musique nous guide.


      Assis sur un banc de pierre, un homme joue, seul.

 

 

A ses pieds , un radio - cassette diffuse la partie quatuor du

quintette avec clarinette de Brahms;

il joue, pour lui,   pour Brahms, pour la Musique,

       il joue sans nous voir, les yeux clos,

               tout entier immergé dans l'œuvre somptueuse,

              sa clarinette emplit l'espace des jardins.


 


    Ce 21 juin 1983 , sa contribution à la Musique s'ancre à tout

    jamais dans ma mémoire.

 

 

    Une larme de joie roule sur ma joue, je suis bien.

La musique,  

     ce n'est pas que le 21 juin, elle m'accompagne chaque jour,

     chaque heure , peut être  n'en ai-je jamais écouté comme ces

     derniers mois, et ne me demandez pas, à  la manière de

         Françoise  Sagan si j'aime  Brahms  ...!


   Mais  je ne sais pas encore que ce sera le seul 21 juin à

m'apporter ce bonheur indicible.

07/02/2018

Arcachon, février 1956 : La neige, il y a 62 ans

La neige , l'hiver,  c'est  banal.

 

En ce mois ce février 2018, c'est la panique :

 

 Les automobilistes, tout  le monde s'en prend  au manque

d'information,  mais peu évoquent l'inconscience  des

automobilistes  qui persistent à  circuler  sans équipements

appropriés aux conditions hivernales.

 

Quand on sait  que   les pays européens ont en majorité adopté

une politique   drastique pour  que  les automobilistes  adoptent

des pneus neige.  En Allemagne, on  ne connait pas ces folies

routières parce  qu'il neige.    En Autriche,  tout véhicule non

équipé est immobilisé dans l'instant, et son conducteur verbalisé

jusqu'à  5000 euro pour mise en  danger d'autrui.

 

Nous avons un retard  préjudiciable  en matière  de  sécurité de

 notre   propre véhicule.   L 'essentiel du problème est là .

Retour sur une periode de neige, et  quelle neige ...!

 

C'était il y a  62   ans...février 56,   presque  jours pour  jours...

__________

 

 

Pas d'école en ce jeudi, ciel bas et terne,

lumière tirant sur le jaune.


Je ne connaissais pas,

habituée que j'étais à la clarté lumineuse

du bassin d'Arcachon, aux grisés bleus de l'hiver 

calme et doux

sur les grèves atlantiques.


Ce jeudi là, tout était différent

les premiers flocons voltigèrent

vers midi,

légers,

légers,

inhabituels sur mon coin d'océan.

Légers,

légers,

légers,

puis plus denses,

serrés,

prenant du poids et des rondeurs,

de plus en plus palpables.

Le nez collé à la verrière du studio,

comme on appelait ce petit salon donnant à l'est,

tout vitré,

je regardais ma première vraie neige,

espérant secrètement qu'elle ne s'arrêterait jamais.

Jamais,

je priais au fond de moi,

car la prière c'est l'avenir au présent,

je n'osais le dire car mon papa montrait

 des signes d'énervement,

semblait contrariépar cette atmosphère nouvelle.


Toujours pessimiste, il imaginait déjà quelque catastrophe.


La neige continuait,

continua,

et l'après midi,

et la soirée, .

Vers 17 heures,

un ami médecin dérapa dans la côte de notre rue,

 et sa voiture s'immobilisa

le nez dans un réverbère, juste devant chez nous.

« Bah, je la récupèrerai demain.

Surveille - la »   lança-t-il goguenard à papa  .

 

Le dîner fut électrique.

Maman "très enceinte" comme je disais,

ne pouvait calmer mon excitation,

j'allais et venais de fenêtres en verrière .

La nuit , bleu marine,

était scintillante de ces mouches blanches qui commençaient à imprimer

leur graphisme sur ma rétine.Je ne voyais plus qu'elles.

Le coucher fut tardif.


Il neigeait .

Au matin, il me fut annoncé qu'il n'y aurait pas école.


Derrière les vitres, 

le spectacle le plus incroyable m'attendait.

 

avenue gambetta depuis la terrasse de la maison 02 1956.jpg

l'avenue Gambetta, notre rue

depuis la terrasse de notre maison

Photo Jean Cottard

*


Le jardin n'existait plus,nivelé, englouti,

la chaudière à charbon ne tirait pas,

comme étouffée par l'atmosphère sans vent, enserrante.

Il faisait froid dans la maison,

mais mon cœur battait d'une brûlante chamade.

Il neigea tout le vendredi.


Au matin du samedi,

la ville n'était plus qu'un gigantesque champ uniforme,

d'une blancheur qui m'était inconnue.

*

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cours Lamarque
medium_av_gambetta_ski.jpg 
avenue  Gambetta, devant le garage  Dufourc
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angle rue du Casino /cours Lamarque

*

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Si j'avais dû la comparer à des sons,

je l'aurais qualifié de « stridente » 

aussi insupportable aux oreilles qu'elle l'était

à mon regard

Trop brillante, trop ardente,.

La voiture de l'ami Gilles avait disparu sous

une gangue glacée.

hiver arc 56.jpg
   Elle resterait trois semaines au même endroit,

car pendant plus de 20 jours,

nous connûmes un froid sibérien : tuyaux d'eau gelés,

il fallait remplir de neige la baignoire pour récupérer

de l'eau ,

la faire bouillir...Pénurie de charbon.

J'ai usé un petit balai de paille pour  le simple plaisir

de déblayer la neige des marches

qui descendaient au jardin.

Nous, les enfants,si heureux de ce cadeau du ciel,

nous dévalions l'avenue Gambetta

avec des  cartons en guise de luges;

et  pour les grands, l'école reprit, bon an mal an.

Je conserve un souvenir extraordinaire ?

celui de mon père chaussant ses skis de bois ,pour,

 avec un ami du quartier,

effectuer la descente vers le centre ville

le premier matin de paralysie,

histoire de remonter pain et lait à des Arcachonnais

bloqués dans leurs  maisons

totalement inadaptées à ce climat.

Le bassin charriait de la glace,

les arbres s'effondraient sous le poids ,

vous pouvez ne pas me croire,mais de mes souvenirs,

il demeure des traces photographiques.

*

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le bassin charrie de la glace  entre les pinasses
 
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boulevard de la Plage
vers  Saint Yves
 
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 depuis  le balcon de la pharmacie Ardouin
rue du Casino
au fond, le Casino  Mauresque  qui  brûla en 1977
 
 Casino mauresque arcachon.jpg
 

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 avenue Gambetta pharmacie    Fleury 

vue du balcon de l'étude   de mon grand père

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devant la mairie
 
medium_hôtel_richelieu_et_café_repetto_place_thiers.jpg
place Thiers

*

Photos incroyables, (Léo Neveu ) collection personnelle

et celles que Noël Courtaigne,

passionné des vieux clichés d'Arcachon

m'a autorisé à publier.(coll Ardouin )

et des photos personnelles

dues à l'objectif de mon papa.

 

Authentique souvenir d'enfance,de ceux qui vous laissent

un goût de conte  et d'irréel.

*

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tonton robert déneige devant la pharmacie.jpg
 
Tonton Robert déneige place Thiers
 
 
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 boulevard de la Plage

 

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Gaby devant le Club

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l'Hôtel de France, boulevard   de la Plage,

aujourd'hui disparu

clin  d'œil à Monsieur Bernadac, à Jeanine.

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Le Café Thiers, ancien Repetto

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