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20/02/2019

Sa voie. Hommage à Maureen Forrester

  

Une  énième et incomptable réécoute de l'  enregistrement sublime 

 

de la Rhapsodie de Brahms pour contralto et choeur d'hommes

 

par Maureen Forrester

 

 me donne la plus belle des  raisons de republier ce texte .

 

Certains connaissent  cette nouvelle, elle sera peut être découverte pour d'autres,

 

et elle sera la dernière publiée ici.

 

 

Un chant d'adieu . Une page de regrets 

 

 

un peu de la voix de Maureen Forrester dans 

 

La version    de la Rhapsodie pour choeur

 

d'hommes et contralto  de Brahms, enfin

 

debusquée . Ça craque mais quelle beauté

 

  quelle émotion.

 

 

En hommage à Maureen Forrester 1930 / 2010

 

disparue discrètement en 2010

Maureen Forrester.jpg

 

 

 

*

La vallée s’étirait sur  des  kilomètres sinueux,

allait en se rétrécissant puis brutalement,

au détour d’un angle aigu de la route,

s’élargissait en un vaste cirque crénelé  de sommets.

cadre un peu du cirque 28 12 2010.jpg

Maïté ne connaissait rien d’autre que la vallée.

 

Née ici, grandette, puis jeunesse,

toujours là, elle y avait appris à lire  avec monsieur Raymond

dans la classe unique de l’unique école .

lescun accroché à sa montagne.jpg

 

 

 Puis, elle fréquenta à 22 kilomètres

le collège  où elle se rendait par l’autocar régional.

Quatre années là bas, et quand elle   passa le brevet, 

 il fut décrété que pour elle, seule fille

d’une fratrie  de  six enfants, cela suffirait.

D’ailleurs, le travail l’attendait,

garé dans la grange principale de la ferme.  

Son père avait acquis depuis plus de 5 ans une camionnette sur laquelle

reposaient tous ses espoirs.

 La fille se mit au travail de la ferme, mais c’était  du provisoire.

Son destin était ailleurs.  

Maïté devait tout d’abord passer  son permis de conduire,

c’était la première étape du plan paternel.

 

 Avant dix-huit ans, elle savait déjà conduire, le père l’avait bien initiée,

les frères aînés avaient à  tour de  rôle entraîné la cadette

 qui obtint du premier coup le fameux et indispensable document rose.

 

Le plan paternel pouvait se poursuivre.

Après le permis,  il fallut au père acquérir

 

une licence commerciale au nom de Maïté;

 tout était prévu, et bien prévu.

 

 


C’est ainsi,

           que en mai, quatre mois après son dix-huitième anniversaire,

 Maïté se retrouva au volant de la camionnette,

dont le hayon arrière s’ouvrait sur le trésor :

 une épicerie ambulante

dont le père avait depuis bien longtemps

 jaugé et jugé  l’indispensable présence à la survie  de la vallée.

 

Et Maïté commença ses tournées, de villages en lieux dits,

de  fermes en métairies,

montant jusque dans les contreforts de la montagne pour apporter,

qui le pain,

qui le journal,

ouvrant aux quatre vents sa caverne aux chalands

pour qui sa visite était parfois la seule de la semaine.

 

écobuage 8 04 2010 lescun.jpg

 

Très vite ,Maïté se transforma en dame de la Poste

remportant des lettres, de menus paquets,

puis se fut le tour des ordonnances 

 dont elle ramenait les médicaments

après avoir fait le plein à la pharmacie d’en bas.

*

                                                     

medium_Resize_of_P1090332.2.JPG

                                                          

 *

 Le père mourut, puis la mère, les frères se dispersèrent,

 seul Fernand resta à la ferme, accroché à sa  vallée, 

 tout comme sa  sœur  dont il partageait l’existence.

Tout ceci n’avait rien que  de très banal, mais Maïté se prit au jeu

et elle  comprit vite qu’elle ne ferait jamais rien d’autre de  sa vie…

 

----------------------------------

 Frère Thibaut avait passé un quart de  siècle 

dans le silence et la prière.


Quand la maladie le contraignit à quitter

 le recueillement de son abbaye pour soigner une tuberculose,

 il ne pouvait envisager que ce départ serait définitif.

 

 


Quatre années  de soins, de cures,
de sanatorium,

mirent à mal sa vocation, mais pas  sa foi.

 

A la fin de ce long séjour au désert, Frère Thibaut redevint  Jacques,

et le hasard le conduisit dans la vallée.

Elle le séduisit, par son aspect sauvage, qui inclinait à la méditation,

 à la réflexion, tant religieuse que philosophique, et Jacques devint l’ermite des lieux.

 

 

Il s’installa dans une ancienne gare désaffectée

après avoir obtenu de la SNCF

le droit de jouir des lieux pour 99 ans

comme une concession de  cimetière.

                                                           *

medium_gare_désaffectée.jpg

                                                           *

 

Pas d’eau, pas d’électricité, pas de chauffage,

si ce n’est la cheminée,

qui avait servi pendant des lustres à réchauffer les voyageurs

qui empruntaient la voie

depuis bien longtemps fermée.

Jacques allait couper son bois,

le ramenait  comme un portefaix, vivait de  cueillette

et du lait de ses deux chèvres.


Parfois, quelqu’un déposait devant l’ancienne gare

un lapin,

une palombe ensanglantée,

quelques noix, et même,

les jours de grand froid, 

du pain,

tendre et odorant

que Jacques humait et caressait de  ses doigts gourds.

 

 

Il avait remarqué la camionnette de Maïté.

 

Bien sûr, elle ne s’arrêtait guère à l’ermitage.

 

Chacun respectait l’humble retraite de  cet homme énigmatique,

 

dont on ignorait le passé.

 

Pourtant un jour, ...curiosité ?

 

Inquiétude devant la porte close

 

depuis plusieurs jours ?

 

Maïté  gara son engin devant la gare.

 

Elle fit le tour, rien ne bougeait.


Après avoir légèrement frappé,

et ne recevant aucun écho, elle osa pousser la porte.

 Le feu éteint depuis peu

rendait la pièce davantage froide et humide.

Jacques,

 couché par terre sous une couverture militaire,

blanc et ruisselant toussait,

arrachait sa poitrine creuse de violentes quintes.

 

                                                                        *

medium_le_feu_éteint.jpg

                                                                       

 

 *

                                      

 L’histoire se finit mieux

 

que l’on aurait pu le redouter.

 

Une pneumonie,

 

jugulée par un traitement de  cheval remit l’ermite sur pied.

 

A partir   de  ce jour, Maïté s’arrêta à la gare.

 

 Elle avait toujours un fruit,

un peu  de  fromage, mais rien de plus . Jacques avait précisé

dès le début de leur amitié  qu’il restait ce qu’il était.

 

Elle respecta,

et son vouloir,

et sa solitude.

 Elle laissait la camionnette assez loin.

Elle passait,

 discrètement montrait le bout de son nez

et s’annonçait toujours par un trait de  chant.

 

C’est ainsi que Jacques

 eut le privilège d’entendre le premier   la voix de Maïté.

Une  voix sans fioritures ni artifices.

 

Une voix de contralto,

si chaude, si enveloppante,

si miraculeuse et si rare

que Jacques ne put que s’en émouvoir.

 

 

Les rencontres avec Maïté furent  immédiatement

 pour Jacques le prétexte à tester

 les capacités de la jeune femme.

 

Elle avait 25 ans,

l’âge du début de la maturité  de  la voix,

l’âge où le travail peut débuter

pour que la pierre brute devienne un joyau.

 

 

Maïté chantait comme on respire,

elle chantait des airs  de son pays,

des airs tout simples

mais que naturellement elle agrémentait,

 y incluant des variations,  des modulations.

 

 Elle chantait des psaumes luthériens

qu’elle avait toujours entendus au culte,

elle chantait des niaiseries diffusées à la radio,

mais d’une manière si riche,  si personnelle,

que les fadaises devenaient précieux ouvrages. 

 

Jacques ne pouvait laisser Maïté dans l’ignorance   de ses dons,

dans l’ignorance du travail du chant qu’elle devait accomplir.

Le don reçu se devait d’être exploité.

C’était pour Jacques à la fois une évidence, et une obligation.

Le miracle eut donc lieu.


Frère Thibaut renoua
avec  d’anciennes relations

depuis bien longtemps sorties de son existence.

 

Il écrivit à un ami d’adolescence

qui avait fait une brillante carrière de concertiste

et de professeur de piano

au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

Il parla de Maïté avec chaleur,

 avec l’enthousiasme des connaisseurs,

les mots choisis, la perspective de l’avenir d’une voix.

Un jour, Maïté annonça à Fernand qu’elle partait pour Paris.

 

 Elle abandonna la camionnette

aux mains de  son frère, lui confia ses habitués,

leurs manies, leurs petits désirs.

Elle s'embarqua, le cœur serré et la peur au ventre.

 

Chanter n’avait jamais été pour elle rien d’autre qu’un plaisir solitaire.

Elle ignorait tout de  la musique,

si ce n’est les psaumes luthériens qui toujours revenaient.

 

Guidée par l’ami de Jacques,

recommandée à un professeur du Conservatoire,

elle commença le lent,

long et douloureux travail de la voix, apprit à respirer,

 à faire sortir sa voix de son  cerveau.

 Des années durant, elle travailla jusqu’au vertige.

                                                                     *

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                                                                     *

 Elle apprit à écouter, elle découvrit,

elle assista à des classes de maîtres à l’étranger,

où elle s'enrichit encore et encore au côté de ces Illustres,

ouvrit son coeur et ses dons  à la Musique, 

 se mit à la langue allemande pour aborder le répertoire,

passa des concours, et des concours...

Sa voix prenait de l’ampleur,  s’arrondissait

 et  se creusait encore davantage dans des graves abyssaux.

 Elle comprit  qu’en elle se cachait une perle,

mais qu’elle en était redevable aux autres.

                                                 ******

 

 

Ce soir,

Maïté chantait à Londres des lieder de Gustav Mahler,

mais surtout elle interprétait la Rhapsodie

pour chœur d’hommes et contralto de Brahms.

 Son timbre fit frémir les échines,

émut les âmes jusqu’aux larmes,

combla les cœurs, servit Brahms

et la Musique au plus au point,

et s’envola bien loin du Royal Albert Hall,

tout là bas, vers la vallée vers la petite gare désaffectée

où Jacques percevait les échos de la voix du miracle.

                                                           *

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                                                       Pau, le 21 octobre 2007

                                                _____________________________

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22/01/2019

Maria, la préférée de Staline

        Laissez-moi vous  révéler  une histoire incroyable, 

  presque un conte.

       Mais  la véracité en est attestée par Chostakovitch.

 

  Figurez-vous un soir  d'hiver glacial dans l' Union Soviétique .

Un concert à  Moscou,   retransmis à la radio d'état. 

 

  Sur  scène l'orchestre d'Etat et une pianiste , ils interprètent le

23ème concerto de Mozart,  un des plus beaux. 

 Au bout des ondes,  les oreilles attentives des auditeurs,  fascinés

par l'interprétation  de la   pianiste .

    Dans une datcha, une paire  d' oreilles plus  attentive,  un esprit

plus aiguisé? , un caprice.  La diffusion  achevée :

"  Portez moi   à l'instant  l'enregistrement qui passe à la radio.

    - Impossible,  c'est un concert retransmis  en direct.   

  Et il n'y  a  pas  d'enregistrements  de  cette pianiste.

    - Et  bien,  allez  chez  elle,   et   faites lui  enregistrer  cette  nuit 

ce  Mozart. "

 

            Staline avait  ordonné, 

    les officiels  allèrent réveiller   Maria  Yudina,  rassemblèrent à la

va vite un orchestre, et au coeur  de la nuit moscovite, 

 l'enregistrement se fit.

 

  Aussitôt emmené à Staline,  dont  on rapporte qu'il fondit en

larmes à  l'écoute  du  concerto.  Nous possédons cette   version, 

ça craque,  le sublime andante est  vraiment très très  lent, 

l'orchestre moyen,   , mais c'est historique .


  Pour remercier Maria Yudina,   Staline  lui offrit 20.000 roubles

Orthodoxe  très croyante , celle- ci lui  écrivit   qu'elle  donnerait 

cette  somme à  son Eglise pour assurer des prières en raison 

des crimes qu'il avait commis  contre le peuple russe.

   Staline  persista à la considérer comme la pianiste  d'excellence 

et conserva près de lui l'enregistrement  que l'on trouva sur son

phonographe    à  sa  mort. Elle qui  lui   tint tête .

 

    Maria Yudina    ,    Мария Юдина9 

9  septembre 1899 / 19 novembre 1970 

maria  youdina,piano,mozart,23ème concerto pour piano,staline,enregistrements

maria  youdina,piano,mozart,23ème concerto pour piano,staline,enregistrements

 

   Opposante au régime soviétique, convertie à la foi orthodoxe,

mais artiste admirée par Staline, elle fut un défenseur de la

musique russe de son époque et une interprète remarquable

de Bach, Mozart, Beethoven et Schubert.

   Maria Youdina fait partie des rares artistes soviétiques

ouvertement opposés au régime communiste, entraînant son

interdiction d’enseigner et de se produire sur scène à différentes

occasions. Convertie à la religion orthodoxe dès 1919, elle fut

aussi un des grands penseurs chrétiens de la Russie du xxe siècle

(parmi ses amis était le philosophe Pavel Florensky).

 Son admiration pour François d'Assise et sa foi orthodoxe, sous-

tend toute son œuvre. Connue pour ses interprétations de Bach et

de Beethoven, elle s’est aussi faite le défenseur de compositeurs

contemporains comme son ami Chostakovitch, dont elle créa la

seconde sonate pour piano. Ses interprétations de Bach peuvent

être considérées comme préfigurant le style de Glenn Gould.

 Parmi ses élèves : Andréï Balanchivadze.

  Le jeu de Maria Youdina se caractérise par sa grande virtuosité,

sa spiritualité, sa force et, surtout, sa vision musicale qui l’amène

souvent à des interprétations très personnelles.

Son art est caractéristique d’une époque particulière dans l’histoire

culturelle russe. Contrairement à d’autres musiciens, elle a

toujours essayé d’aller plus loin que sa discipline en collaborant

avec de célèbres écrivains, artistes et architectes. Grâce aux

efforts de ses amis, en particulier Anatoli Kouznetsov, ses lettres

et ses écrits ont été publiés à la fin des années 1990 et au début

des années 2000. Une initiative a aussi permis une réédition

complète de ses enregistrements.

 

 

    Merci à  Rodolphe Bruneau -  Boulmier et  Emilie Munera qui,

  ce  matin  du 16 janvier  nous ont raconté  cette incroyable

histoire de l'Histoire dans  leur émission   "  En piste  "  

sur  France Musique . La radio,   c'est    ÉPATANT  !

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Wikipedia 

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.

 

30/12/2018

Les Oranges d'Alphonse DAUDET et l'étymologie du mot "orange "

   Envie folle de lumière,   de chaud soleil   :

 les oranges me viennent à l'esprit .

cadeau royal que   ce fruit  sucré, coloré, délicieux et lumineux

au cœur de la saison triste,

 

Saint Nicolas en apporte toujours, accompagnées de noix,

les fruits d'élection de sa fête 

Oranges et noix, les délices de Saint Nicolas

 

Orange, un mot qui a drôlement voyagé  :

Dictionnaire des mots français  d'origine arabe "

(Coll. Points Seuil)  de  Salah  Guemriche .

 

 

Journaliste indépendant algérien, à l'exception de quelques

 

années au magazine Parole et musique, Salah Guemriche vit en

 

France depuis 1976. 

Son statut d'intellectuel algérien lui permet de s'exprimer dans

divers journaux dont Libération, Courrier de l'UNESCO et La

Croix. Il est aussi l'auteur d'un recueil de poèmes, 'Alphabétiser

 

le silence' et de deux romans, 'L' Homme de la première phase'

et 'Un été sans juillet'.  


Le voyage  de l'ORANGE :

 

 

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Ce mot vient du persan (langue indo européenne ) "narang" par

 

l'intermédiaire de l'arabe. On peut constater le disparition du -n

initial (certainement confondu avec l'article indéfini.)

 

Il est cependant conservé dans le vénitien naranza ou l'espagnol

naranja;

autre élément étonnant : le -o initial: l'italien a supprimé le -n

comme le français mais a conservé le -a : arnacia.

 

   A l'origine,  l'orange  désignait  l'orange amère , c'est elle que  les Vénitiens appelaient naranza. En grec ancien, l’orange se disait 

χρυσόμηλον, c'est-à-dire pomme d’or, malheureusement aujourd’hui

en grec moderne, l’orange a l’appellation πορτοκαλί et les oranges

amères portent le nom de νεράντζι qui est proche du mot vénitien   naranza.

A noter que or et orange avaient la même signification.

 

  Ces oranges amères sont apparues en Italie au XIe siècle, elles

ont  été transmises par les Perses aux Arabes qui les ont importees en Sicile .


  L'orange que nous connaissons de nos jours est l'orange douce,

originaire  de  Chine et qui  a été introduite en Europe vers les

XVI/XVII° siècles,à partir de l'Inde  par les Portugais  d'où

l'appelatio8de l'orange -du Portugal dans certaines langues .

 

 

albanais : portokallë,

bulgare :portokal,

grec : portokali,

roumain : portocală,

turc : portokal)...

 

 Avant cela, nous ne connaissions que l 'orange  amère.  Cette orange douce fut ensuite nommée  "  pomme de  Chine "


Furetière écrit orenge (ce terme désigne les oranges amères) 


pour les oranges douces : 


orenge de Portugal (cf. arabe bordogal 
ou orenge de Chine (cf. allemand "Apfelsine" , pomme de  Chine,

  en néerlandais" Sinaasappel", en  arabe maghrébin "China " )  

 

en latin (botanique) orange s'écrit aurantium (cf. or du latin

 

classique aurum) 

 


le terme botanique est citrus aurantium  (pour l'orange douce) 

 

Me revient à l'occasion le merveilleux souvenir des oranges du

jardin  de  Valencia, oranges qu'il suffisait de serrer en  écartant

les doigts pour qu'elles  s'ouvrissent en laissant couler leur  nectar

sucré! Le bonheur à portée de gourmandise.

Ah les  oranges  de Valencia ! ! !

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          Et maintenant, voyons quel jus pour vous  en  produit la

prose si poétique de Daudet.

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Pour bien connaître les oranges, il faut les  avoir vues  chez elles,

aux îles Baléares, en Sardaigne, en Corse, en Algérie,

dans l'air bleu doré, l'atmosphère tiède de la Méditerranée.

Je me rappelle un petit bois d'orangers à Blidah :

c'est là qu'elles étaient belles !

 

*

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Dans le feuillage vert sombre,lustré, vernissé,

les fruits avaient l'éclat de verres de couleur,  et doraient l'air

environnant avec cette auréole de splendeur

qui entoure les fleurs éclatantes.

Ça et là des éclaircies laissaient voir à travers les branches

les remparts de la petite ville, le minaret d'une mosquée,

le dôme d'un marabout,et au-dessus de l'énorme masse de l'Atlas,

verte à sa base, couronnée de  neige comme d'une fourrure blanche,

avec  des moutonnements,un flou de flocons tombés.

Une nuit, pendant que j'étais là,

je ne sais par quel phénomène ignoré depuis trente ans,

cette zone de frimas et d'hiver se secoua sur la ville endormie ,

et Blidah se réveilla transformée, poudrée à blanc.

Dans cet air algérien si léger,si pur,

la neige semblait une poussière de nacre.

Elle avait des reflets de plumes de paon blanc.

Le plus beau, c'était le bois d'orangers.

orangers  sous la neige.jpg

 

Les feuilles solides gardaient la neige intacte et droite

comme des sorbets sur des plateaux de laque,

et tous les fruits poudrés à frimas avaient une douceur splendide,

un rayonnement discret comme de l'or voilé de claires étoffes

blanches.

*

medium_oranges_sous_la_neige.jpg

*

Cela donnait vaguement l'impression d'une fête d'église,



de soutanes rouges sous des robes de dentelles, de dorures

d'autel enveloppées de guipures... 

 

Mais mon meilleur souvenir d'oranges  me vient encore

de Barbicaglia, un grand jardin auprès d'Ajaccio

où j'allais faire la sieste aux heures de chaleur.

Ici les orangers, plus hauts, plus espacés qu'à Blidah,

descendaient jusqu'à la route, dont le jardin

n'était séparé que par une haie vive et un fossé.

Tout de suite après, c'était la mer, l'immense mer bleue...

Quelles bonnes heures j'ai passées dans ce jardin !

Au-dessus de ma tête, les orangers en fleur et en fruit

brûlaient leur parfum d'essence.

De temps en temps, une orange mûre, détachée tout à coup,

tombait près de moi comme alourdie de chaleur,

avec un bruit mat, sans écho,sur la terre pleine.

Je n'avais qu'à allonger la main.

C'étaient des fruits superbes, d'un rouge pourpre à l'intérieur.

Ils me paraissaient exquis, et puis l'horizon était si beau !

 

Entre les feuilles, la mer mettait des espaces bleus éblouissants


comme des morceaux de verre briséqui miroitaient dans la brume

de l'air. Avec cela le mouvement du flot agitant l'atmosphère à de grandes distances,  ce murmure cadencé qui vous berce 

dans  une barque invisible, la chaleur, l'odeur des oranges...

Ah ! qu'on était bien pour dormir dans le jardin de Barbicaglia !

*

medium_medium_zuani_verdure.jpg

*

Quelques fois cependant, au meilleur moment de la sieste,

des éclats de tambour me réveillaient en sursaut.

C'étaient de malheureux tapins qui venaient s'exercer en bas,

sur la route. A travers les trous de la haie,

j'apercevais le cuivre  des tambours  et les grands tabliers blancs

sur les pantalons rouges.

Pour s'abriter un peu de la lumière aveuglante

que la poussière  de la route renvoyait impitoyablement,

les pauvres diables venaient se mettre au pied du jardin, dans

l'ombre courte de la haie. Et ils tapaient ! et ils avaient chaud !

Alors , m'arrachant de force à mon hypnotisme, je m'amusais à

leur jeter quelques uns  de ces beaux fruits d'or rouge 

qui pendaient près de ma main.

Le tambour visé s'arrêtait.

Il avait une minute d'hésitation, un regard circulaire pour voir

d'où venait la superbe orange roulant devant lui dans le fossé ;

puis il la ramassait bien vite et mordait à pleines dents

sans même enlever l'écorce.

 

Je me souviens aussi que tout à côté de Barbicaglia,

et séparé seulement par un petit mur bas, il y avait un jardinet

assez bizarreque je dominais de la hauteur où je me trouvais.

C'était un petit coin de terre, bourgeoisement dessiné.

Ses allées blondes de sable,bordées de buis très verts,

les deux cyprès de sa porte d'entrée,

lui donnaient l'aspect d'une bastide marseillaise.

Pas une ligne d'ombre.

Au fond, un bâtiment de pierre blanche  avec des jours de caveau

au ras du sol. J'avais d'abord cru  à une maison de  campagne ;

mais, en y regardant mieux, la croix qui la surmontait,

une inscription que je voyais de loin, creusée dans la pierre,

sans en distinguer le texte, me firent reconnaître un tombeau de

famille corse.Tout autour d'Ajaccio,

il y a beaucoup de ces petites chapelles mortuaires,

 

dressées au milieu de jardins à elles seules.

La famille y  vient le dimanche, rendre visite à  ses morts.

Ainsi comprise, la mort est moins lugubre

que dans la confusion des cimetières.

Des pas amis troublent seuls le silence.

*

medium_medium_cim_fleuri.jpg

*

De ma place,

je voyais un bon vieux trottiner tranquillement   dans les allées.   

Tout le jour il  taillait les arbres, bêchait,  arrosait,   

enlevait les fleurs fanées  avec un soin minutieux ; 

puis au soleil couchant,  il entrait  dans la petite chapelle  

où dormaient les  morts de sa famille ;  

il resserait la bêche, les râteaux,  les grands arrosoirs;  

tout cela avec la tranquillité ,

la sérénité d'un jardinier de cimetière.

 *

medium_medium_cim_marin.jpg

 

Pourtant, sans qu'il s'en rendît  bien compte,

ce brave homme travaillait avec un certain recueillement ,

tous les bruits amortis et la porte du caveau

refermée chaque fois discrètement,

comme s'il eût craint  de réveiller quelqu'un. 

Dans le grand silence radieux,

l'entretien de  ce jardin ne troublait pas un oiseau,

et son voisinage n'avait rien d'attristant.

Seulement la mer en paraissait plus immense, le ciel plus haut,

et cette sieste sans fin mettait tout autour d'elle,

parmi la nature troublante,accablante à force  de vie ,

le sentiment de l'éternel repos...

 

 

Texte : Alphonse DAUDET

in Les Lettres de mon Moulin

1840 - 1897

 

 

Photographies:  source Internet

 

LES ORANGES

TEXTE LU par FERNANDEL

 


 

*

 

08/12/2018

Un dimanche avec Colette

 


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 "Aujourd'hui, il pleut si noir, et c'est tellement dimanche que je fais,

avant  que tu l'aies demandé  les trois signes magiques :

clore les rideaux, allumer la lampe, disposer sur le divan, parmi les

coussins que tu préfères,  mon épaule creusée pour ta joue ,

et mon bras prêt à se refermer  sur ta nuque . "

                                            Colette,  in Le Voyage  Sentimental

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