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12/12/2017

"L'Hure" ( nouvelle protégée par copyright)

   Une nouvelle pour ma chère tante Astridelle,

 

              avec toute mon affection

 

   Et pour vous tous, puisqu'il paraît que vous aimez lire

 et pour nommer le titre  de la belle émission de Guillaume    Gallienne,

le samedi à 18 heures  sur France Inter

 

                      "Un peu de lecture,ça peut pas faire  de mal ..."

 

Lisez, ça  vous ouvrira les écoutilles.

 

 

 

 ------------------------

 

 

  Il était une fois, il y a  si longtemps, si longtemps qu'on ne  saurait dater l'histoire.

 

   Au fond d'une forêt épaisse, sombre, humide, au fond des bois maléfiques où les eaux  le disputaient au végétal, , vivait une femme , mais peut - on dire " une femme " quand on sait qu'elle  n'avait d'humain que l'apparence    à  peine  entrevue , au fond des sombres bois.

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   Ceux qui l'avaient approchée, -quelque chasseur , cavalier égaré-, n'avaient d'elle retenu que la face difforme, le nez écrasé, sous une chevelure aussi épaisse , aussi impénétrable   que la forêt qui l'abritait.

cadre rochers moussus ss les hêtres.jpg

 

  Ceux donc  qui l'avaient   aperçue, en avaient rapporté une image tellement animale, une description  tellement éloignée  de l'idée même de femme que le surnom de  " la hure " lui fut donné, tant son visage évoquait le groin de la truie.

 

   " La hure "  ne  se montrait guère,

 c'était toujours par hasard qu'elle était entraperçue, toujours fuyante,  partageant son temps entre des cueillettes mystérieuses, le ramassage  du bois pourri , et celui des glands  dont comme cochons et sangliers elle se nourrissait .

 Comment femme un tant soit peu humaine  aurait-elle pu vivre  de ces bouillies malodorantes et indigestes ?  

  Elle était bien porcine  , l'Hure.

 

  Sans  âge, sans charme , sans rien qui la rendît humaine, l'Hure avançait dans une vie  sans avenir et  sans passé, rien, ni personne à ses côtés .

 

    Elle avait, disait-on, la science des herbes, des rites   de fécondité, la connaissance des simples , celles des bois profonds, des forêts humides, où  ne croissent que mousses, lichens et champignons douteux.

 

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  A croire qu'elle cherchait dans la fréquentation de ces étranges plantes  verdâtres, glauques, gluantes, quelque secret à percer.

 

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  C'était il y a  si longtemps que  même les arbres millénaires des  forêts primaires ne sauraient vous dire en quel temps...

Au cœur des  forets  qui abritaient  les secrets  de l 'Hure, on se souvient encore de ruines étranges, noires, ruines devenues  quasiment végétales.

 

   L'Hure y venait souvent, surveillant la croissance de certaines plantes  médicinales  dont elle utilisait les vertus. Parfois l'arnica, souvent la gentiane,  mais elle allait plus volontiers vers les étranges, les moins connues, aux noms latins qu'elle déclinait pour elle seule quand elle  mettait au jour une espèce sur  son terrain  de  chasse :

 

 

     salvia divinorum, humulus lupulus, ephedra sinica, alluim ursinum, lagochilus inebrians , malva sylvestris, cymbopogon martini ...et caetera, et caetera

 

   Une particulièrement avait ses faveurs, petite plante  fleurie dont elle négligeait la partie  aérienne .

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Description de cette image, également commentée ci-après

Ce qui l'intéressait, c'était la racine, ou plutôt les racines , ou mieux encore la racine double.

 

  Étrange  Mandragora officinarum  dont on sait  que la structure ramifiée  des racines figure  le corps  humain, qui l'homme, qui la femme,  plutôt  sur un rapport de taille qu'un véritable déterminisme sexué de la plante.

 

   L'Hure vérifiait  toujours la taille de  la plante avant  de la déterrer et de recueillir précieusement  la racine conviée.

 

 

  La  laideur   de l'Hure était avérée, mais  ce que l'on  sait moins  que la fréquentation éternelle  de la laideur ne rend pas pour autant celui qui en est touché insensible à la beauté, tout au contraire.

     Les contes nous le  rappellent sans cesse. L'Hure ne faisait pas exception à la règle. 

 

   Aussi, celui que l'on  aurait surpris traquant  L'Hure dans ses  quêtes végétales eût- il pu imaginer  que la femme à la face de groin n'était en recherche  que d'un secret de métamorphoses, d'une plante  qui la rendît , à tout le moins  humaine, si ce n'est belle ?

 

 

      C'eût été sans  compter avec la nature même de L'Hure.

 

  Peu lui importait son aspect.

 

 Ce qui la rongeait, c'était la solitude.

 

     Elle  portait  seule  le  fardeau de la vie  , jamais partagé, jamais , jamais, jamais.

    Ce qui l'avait  conduite à cet état, sera ici tû  pour l'éternité. 

 

Nous n'en soufflerons mot.

 Nous nous contenterons d'effleurer la souvenance  d' un passé  inénarrable.  

 

   Peu lui importait  de n'avoir jamais eu  de bras  autour  de  son corps décharné, de sourire   qui inondât de lumière  sa face animale, mais  ne pas  donner,  ne pas transmettre le don d'amour  qu'elle avait secrètement reçu de sa mère , ne pas aimer, quitte à ne pas être aimée.

 

 Mais aimer, donner, donner, donner, 

jusqu’au  vertige, jusqu'au sacrifice !

 

    Et cela, qui l'eût deviné sous les traits  de l'Hure ? 

  Car L'Hure n'était qu'Amour, quand ceux  qui l’apercevaient  ne voyaient en elle que  repoussoir, maléfice, sorcellerie.

    La quête à la mandragore était elle un moyen  de toucher à l'Amour?  L'Hure, elle,   savait que la réponse était dans la racine  à deux jambes,  au corps musculeux...

 

 


C'est au printemps que le recherche des racines de mandragore était la plus fructueuse pour l'Hure, printemps qui fait gonfler les sèves,

 

les contes ne vous l'ont peut être pas révélé, mais la sève monte et descend ,

double sens pour double bénéfice, des feuilles vers les racines, des racines vers les feuilles,

et le retour du printemps , la douceur, en sont le déclenchement.


   Donc au printemps, racines gorgées de sève, racines riches en promesses pour l'esseulée.

 

 Ses récoltes printanières puis estivales se tournèrent vers les racines d'apparence mâle, autant que faire se pouvait.

 

    L'Hure récoltait encore et toujours et au début d'un automne que nous ne saurions dater, elle entreprit le lent travail qu'elle s'était fixé :

 

 de ces racines qu'elle broya dans un mortier de néflier, elle obtint une sorte d'emplâtre épais, brunâtre et peu avenant.

Elle laissa se bonifier tout l'hiver suivant cette étrange pâte , tel un vin d'élite à qui il faut le temps pour révéler tous ses mystères.

 

  Ce n'est qu'au printemps suivant, le jour du printemps de cette année improbable, le 20 mars exactement qu'elle en fit enfin usage;

 

  elle commença par humidifier légèrement l'emplâtre rendu épais par la dessiccation, elle le huma, en prit une boulette entre ses doigts, l'étira, le façonna, puis le rendit à  sa forme première d'emplâtre, et doucement, elle l'appliqua par petites touches sur son ventre stérile, dissimulant son nombril, les rides transversales de ce ventre vide, noyant son pubis de la pâte brunâtre.

 

  Elle passa ainsi le printemps, l'été, et nul pour la constater mais la métamorphose eut lieu.

   La mandragore mâle s'offrit à   la vieille L'Hure et la nuit veille du solstice d'hiver, nuit la plus longue, la plus sombre, la plus froide, seule, au fond des forêt, L'Hure accoucha d'une fille dont on pouvait redouter qu'elle n'héritât la laideur de sa mère. 

  Le jour qui dès le lendemain, allait gagner sur la nuit, le premier de ces jours qui allaient retrouver lumière, illumina le visage de l'enfant, enfant à la face parfaite, au sourire immédiat qui inonda le regard de l'Hure. Enfant à qui tout l'amour du monde était promis, annoncé, destiné.

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«  Lurette, la baptisa-t-elle , Lurette, il y a si longtemps, Belle Lurette, il y a si longtemps, si longtemps que je t'attends »

22/07/2012

Trois indissociables....

 

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pour la noirceur, l'étude au scalpel de l'âme humaine, la grandeur de l'écriture, trois que je ne pourrai jamais séparer l'un des deux autres

 

Balzac,

Maupassant

Simenon

 

trois auteurs qui me sont chers , découvertes de la prime adolescence;

sortant de la lecture de l'intégrale d'Emile Zola, j'ai foncé tête baissée et regard aiguisé en premier lieu dans les contes et nouvelles de Maupassant, le Normand héritier de Flaubert :

 

des nouvelles que j'ai, dans un premier temps,  dévorées,  sans penser, sans analyser, aspirée que j'étais par la découverte d'univers banals en soi, mais d'une infinie noirceur, un pessimisme qui n'a d'égal que l'horreur que l'âme humaine peut receler.

Parmi ces textes fondateurs d'une passion littéraire, me reviennent, « La Petite Roque », « Aux Champs », « La Parure », « Le Père Amable », « Boule de Suif »,

tant et tant d'autres dont les personnages m'ont longtemps hantée, et que me restituent vivants ces lectures qui furent initiatiques, et me conduisirent vers les romans de Maupassant,

« Une Vie » synthèse de tout ce qui se peut de noir, de sordide, avec cette minuscule parcelle d'espérance à la toute fin, cette enfant qui échoit , inattendue, dans la vie de Jeanne, comme porteuse d'un mieux, d'un -moins pire - mais que peut - on , après lecture d' « Une Vie » , espérer encore de la vie ?

 

« Bel Ami » où l'analyse de l'arrivisme nous conduit à la nausée.

Formée par Maupassant, j'entamais alors La grande découverte, celle de Balzac

 

Combien de titres pourrais-je énumérer qui m'ont marquée au fer rouge de l'écriture, de la noirceur décuplée?

Sans doute en premier, « Le Père Goriot » , puis « Le Curé de Tours »  «  La cousine Bette » ,« Le Cousin Pons » , « Le Colonel Chabert » toute cette Comédie Humaine effroyable sous la plume de Balzac et dont je ne pouvais imaginer qu'elle était le reflet de la réalité.

Comment croire à cette noirceur diabolique ?

Je « revois » les personnages du Curé de Tours,  Birotteau naïf et bienveillant, écrasé ,  détruit,  anéanti par le curé Troubert et sa logeuse , l'incarnation de la destruction avec Lisbeth Fischer ,  la cousine Bette, l'abandon affectif et matériel total qui jalonnent la descente en enfer de Goriot, que ses filles s'accompagnent même pas jusqu'à sa tombe, les trahisons que subit Chabert, l'arrivisme de Rastignac qui n'est jamais loin de celui que Maupassant décrira dans Bel Ami, les atmosphères étroites et étouffantes, l'injustice qui nous éclate au visage et contre laquelle nous ne pouvons rien, si ce n'est associer notre sentiment de révolte à celui de Balzac, même si parfois comme dans « Le Lys dans la Vallée » , prémices à « l Education Sentimentale » de Stendhal, des pages d'amour nous donnent l'illusion d'un assoupissement dans la violence de la création...

Pas question d'effectuer ici un inventaire, juste une explication de ce qui pour moi tisse des liens étroits et définitifs entre ces écrivains.

Reste le dernier, Georges Simenon, que certains s'étonneront de voir côtoyer Maupassant et Balzac. Mais ce serait ignorer que Simenon demeura sans doute un des très  grands écrivains du 20° siècle.( édité dans la prestigieuse collection La Pléiade, où il rejoint Balzac et maupassant )

Peintre irréprochable de la turpitude, de la lâcheté, des vices cachés, peu lui importait au fond qui était l'assassin, au creux d'une intrigue simple, ce qui compte c'est le Pourquoi.

Il a su dessiner grâce à l'immersion dans le quotidien des personnages, des odeurs, des sons, des ambiances impressionnistes, des faux airs  calmes de La Rochelle , qui vont des bistrots des ports aux demeures des grands bourgeois, des écluses aux pires atmosphères de banlieue (« Le Chat ») avec précision , sans indulgence, des univers familiaux perturbés, des âmes détruites et qui détruisent, des conflits relationnels qui « peuvent  » expliquer des gestes, sans pour autant les excuser.

 

" L'Affaire Saint Fiacre ", "Maigret et le clochard",  "Maigret tend un piège", "  Betty ", " L'Horloger d'Everton ", " Les Demoiselles de Concarneau ","La Neige était sale "...

 

Je ne peux que vous renvoyer à l'intégrale de ses œuvres, romans ou romans policiers, avec le personnage de Jules Maigret, qui lui aussi, traîne de sacrés problèmes...

 

Trois qui pour moi restent indissociables des grandes heures de lecture.

Et ne me parlez pas de films ou autres adaptations de ces œuvres, leur lecture seule peut transmettre malgré toute cette noirceur, la beauté de ces trois écritures.

 

 

 

 

 
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