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30/12/2018

Les Oranges d'Alphonse DAUDET et l'étymologie du mot "orange "

   Envie folle de lumière,   de chaud soleil   :

 les oranges me viennent à l'esprit .

cadeau royal que   ce fruit  sucré, coloré, délicieux et lumineux

au cœur de la saison triste,

 

Saint Nicolas en apporte toujours, accompagnées de noix,

les fruits d'élection de sa fête 

Oranges et noix, les délices de Saint Nicolas

 

Orange, un mot qui a drôlement voyagé  :

Dictionnaire des mots français  d'origine arabe "

(Coll. Points Seuil)  de  Salah  Guemriche .

 

 

Journaliste indépendant algérien, à l'exception de quelques

 

années au magazine Parole et musique, Salah Guemriche vit en

 

France depuis 1976. 

Son statut d'intellectuel algérien lui permet de s'exprimer dans

divers journaux dont Libération, Courrier de l'UNESCO et La

Croix. Il est aussi l'auteur d'un recueil de poèmes, 'Alphabétiser

 

le silence' et de deux romans, 'L' Homme de la première phase'

et 'Un été sans juillet'.  


Le voyage  de l'ORANGE :

 

 

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Ce mot vient du persan (langue indo européenne ) "narang" par

 

l'intermédiaire de l'arabe. On peut constater le disparition du -n

initial (certainement confondu avec l'article indéfini.)

 

Il est cependant conservé dans le vénitien naranza ou l'espagnol

naranja;

autre élément étonnant : le -o initial: l'italien a supprimé le -n

comme le français mais a conservé le -a : arnacia.

 

   A l'origine,  l'orange  désignait  l'orange amère , c'est elle que  les Vénitiens appelaient naranza. En grec ancien, l’orange se disait 

χρυσόμηλον, c'est-à-dire pomme d’or, malheureusement aujourd’hui

en grec moderne, l’orange a l’appellation πορτοκαλί et les oranges

amères portent le nom de νεράντζι qui est proche du mot vénitien   naranza.

A noter que or et orange avaient la même signification.

 

  Ces oranges amères sont apparues en Italie au XIe siècle, elles

ont  été transmises par les Perses aux Arabes qui les ont importees en Sicile .


  L'orange que nous connaissons de nos jours est l'orange douce,

originaire  de  Chine et qui  a été introduite en Europe vers les

XVI/XVII° siècles,à partir de l'Inde  par les Portugais  d'où

l'appelatio8de l'orange -du Portugal dans certaines langues .

 

 

albanais : portokallë,

bulgare :portokal,

grec : portokali,

roumain : portocală,

turc : portokal)...

 

 Avant cela, nous ne connaissions que l 'orange  amère.  Cette orange douce fut ensuite nommée  "  pomme de  Chine "


Furetière écrit orenge (ce terme désigne les oranges amères) 


pour les oranges douces : 


orenge de Portugal (cf. arabe bordogal 
ou orenge de Chine (cf. allemand "Apfelsine" , pomme de  Chine,

  en néerlandais" Sinaasappel", en  arabe maghrébin "China " )  

 

en latin (botanique) orange s'écrit aurantium (cf. or du latin

 

classique aurum) 

 


le terme botanique est citrus aurantium  (pour l'orange douce) 

 

Me revient à l'occasion le merveilleux souvenir des oranges du

jardin  de  Valencia, oranges qu'il suffisait de serrer en  écartant

les doigts pour qu'elles  s'ouvrissent en laissant couler leur  nectar

sucré! Le bonheur à portée de gourmandise.

Ah les  oranges  de Valencia ! ! !

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          Et maintenant, voyons quel jus pour vous  en  produit la

prose si poétique de Daudet.

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Pour bien connaître les oranges, il faut les  avoir vues  chez elles,

aux îles Baléares, en Sardaigne, en Corse, en Algérie,

dans l'air bleu doré, l'atmosphère tiède de la Méditerranée.

Je me rappelle un petit bois d'orangers à Blidah :

c'est là qu'elles étaient belles !

 

*

medium_medium_orangeraie1024.jpg

 

Dans le feuillage vert sombre,lustré, vernissé,

les fruits avaient l'éclat de verres de couleur,  et doraient l'air

environnant avec cette auréole de splendeur

qui entoure les fleurs éclatantes.

Ça et là des éclaircies laissaient voir à travers les branches

les remparts de la petite ville, le minaret d'une mosquée,

le dôme d'un marabout,et au-dessus de l'énorme masse de l'Atlas,

verte à sa base, couronnée de  neige comme d'une fourrure blanche,

avec  des moutonnements,un flou de flocons tombés.

Une nuit, pendant que j'étais là,

je ne sais par quel phénomène ignoré depuis trente ans,

cette zone de frimas et d'hiver se secoua sur la ville endormie ,

et Blidah se réveilla transformée, poudrée à blanc.

Dans cet air algérien si léger,si pur,

la neige semblait une poussière de nacre.

Elle avait des reflets de plumes de paon blanc.

Le plus beau, c'était le bois d'orangers.

orangers  sous la neige.jpg

 

Les feuilles solides gardaient la neige intacte et droite

comme des sorbets sur des plateaux de laque,

et tous les fruits poudrés à frimas avaient une douceur splendide,

un rayonnement discret comme de l'or voilé de claires étoffes

blanches.

*

medium_oranges_sous_la_neige.jpg

*

Cela donnait vaguement l'impression d'une fête d'église,



de soutanes rouges sous des robes de dentelles, de dorures

d'autel enveloppées de guipures... 

 

Mais mon meilleur souvenir d'oranges  me vient encore

de Barbicaglia, un grand jardin auprès d'Ajaccio

où j'allais faire la sieste aux heures de chaleur.

Ici les orangers, plus hauts, plus espacés qu'à Blidah,

descendaient jusqu'à la route, dont le jardin

n'était séparé que par une haie vive et un fossé.

Tout de suite après, c'était la mer, l'immense mer bleue...

Quelles bonnes heures j'ai passées dans ce jardin !

Au-dessus de ma tête, les orangers en fleur et en fruit

brûlaient leur parfum d'essence.

De temps en temps, une orange mûre, détachée tout à coup,

tombait près de moi comme alourdie de chaleur,

avec un bruit mat, sans écho,sur la terre pleine.

Je n'avais qu'à allonger la main.

C'étaient des fruits superbes, d'un rouge pourpre à l'intérieur.

Ils me paraissaient exquis, et puis l'horizon était si beau !

 

Entre les feuilles, la mer mettait des espaces bleus éblouissants


comme des morceaux de verre briséqui miroitaient dans la brume

de l'air. Avec cela le mouvement du flot agitant l'atmosphère à de grandes distances,  ce murmure cadencé qui vous berce 

dans  une barque invisible, la chaleur, l'odeur des oranges...

Ah ! qu'on était bien pour dormir dans le jardin de Barbicaglia !

*

medium_medium_zuani_verdure.jpg

*

Quelques fois cependant, au meilleur moment de la sieste,

des éclats de tambour me réveillaient en sursaut.

C'étaient de malheureux tapins qui venaient s'exercer en bas,

sur la route. A travers les trous de la haie,

j'apercevais le cuivre  des tambours  et les grands tabliers blancs

sur les pantalons rouges.

Pour s'abriter un peu de la lumière aveuglante

que la poussière  de la route renvoyait impitoyablement,

les pauvres diables venaient se mettre au pied du jardin, dans

l'ombre courte de la haie. Et ils tapaient ! et ils avaient chaud !

Alors , m'arrachant de force à mon hypnotisme, je m'amusais à

leur jeter quelques uns  de ces beaux fruits d'or rouge 

qui pendaient près de ma main.

Le tambour visé s'arrêtait.

Il avait une minute d'hésitation, un regard circulaire pour voir

d'où venait la superbe orange roulant devant lui dans le fossé ;

puis il la ramassait bien vite et mordait à pleines dents

sans même enlever l'écorce.

 

Je me souviens aussi que tout à côté de Barbicaglia,

et séparé seulement par un petit mur bas, il y avait un jardinet

assez bizarreque je dominais de la hauteur où je me trouvais.

C'était un petit coin de terre, bourgeoisement dessiné.

Ses allées blondes de sable,bordées de buis très verts,

les deux cyprès de sa porte d'entrée,

lui donnaient l'aspect d'une bastide marseillaise.

Pas une ligne d'ombre.

Au fond, un bâtiment de pierre blanche  avec des jours de caveau

au ras du sol. J'avais d'abord cru  à une maison de  campagne ;

mais, en y regardant mieux, la croix qui la surmontait,

une inscription que je voyais de loin, creusée dans la pierre,

sans en distinguer le texte, me firent reconnaître un tombeau de

famille corse.Tout autour d'Ajaccio,

il y a beaucoup de ces petites chapelles mortuaires,

 

dressées au milieu de jardins à elles seules.

La famille y  vient le dimanche, rendre visite à  ses morts.

Ainsi comprise, la mort est moins lugubre

que dans la confusion des cimetières.

Des pas amis troublent seuls le silence.

*

medium_medium_cim_fleuri.jpg

*

De ma place,

je voyais un bon vieux trottiner tranquillement   dans les allées.   

Tout le jour il  taillait les arbres, bêchait,  arrosait,   

enlevait les fleurs fanées  avec un soin minutieux ; 

puis au soleil couchant,  il entrait  dans la petite chapelle  

où dormaient les  morts de sa famille ;  

il resserait la bêche, les râteaux,  les grands arrosoirs;  

tout cela avec la tranquillité ,

la sérénité d'un jardinier de cimetière.

 *

medium_medium_cim_marin.jpg

 

Pourtant, sans qu'il s'en rendît  bien compte,

ce brave homme travaillait avec un certain recueillement ,

tous les bruits amortis et la porte du caveau

refermée chaque fois discrètement,

comme s'il eût craint  de réveiller quelqu'un. 

Dans le grand silence radieux,

l'entretien de  ce jardin ne troublait pas un oiseau,

et son voisinage n'avait rien d'attristant.

Seulement la mer en paraissait plus immense, le ciel plus haut,

et cette sieste sans fin mettait tout autour d'elle,

parmi la nature troublante,accablante à force  de vie ,

le sentiment de l'éternel repos...

 

 

Texte : Alphonse DAUDET

in Les Lettres de mon Moulin

1840 - 1897

 

 

Photographies:  source Internet

 

LES ORANGES

TEXTE LU par FERNANDEL

 


 

*

 

12/12/2017

"L'Hure" ( nouvelle protégée par copyright)

   Une nouvelle pour ma chère tante Astridelle,

 

              avec toute mon affection

 

   Et pour vous tous, puisqu'il paraît que vous aimez lire

 et pour nommer le titre  de la belle émission de Guillaume    Gallienne,

le samedi à 18 heures  sur France Inter

 

                      "Un peu de lecture,ça peut pas faire  de mal ..."

 

Lisez, ça  vous ouvrira les écoutilles.

 

 

 

 ------------------------

 

 

  Il était une fois, il y a  si longtemps, si longtemps qu'on ne  saurait dater l'histoire.

 

   Au fond d'une forêt épaisse, sombre, humide, au fond des bois maléfiques où les eaux  le disputaient au végétal, , vivait une femme , mais peut - on dire " une femme " quand on sait qu'elle  n'avait d'humain que l'apparence    à  peine  entrevue , au fond des sombres bois.

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   Ceux qui l'avaient approchée, -quelque chasseur , cavalier égaré-, n'avaient d'elle retenu que la face difforme, le nez écrasé, sous une chevelure aussi épaisse , aussi impénétrable   que la forêt qui l'abritait.

cadre rochers moussus ss les hêtres.jpg

 

  Ceux donc  qui l'avaient   aperçue, en avaient rapporté une image tellement animale, une description  tellement éloignée  de l'idée même de femme que le surnom de  " la hure " lui fut donné, tant son visage évoquait le groin de la truie.

 

   " La hure "  ne  se montrait guère,

 c'était toujours par hasard qu'elle était entraperçue, toujours fuyante,  partageant son temps entre des cueillettes mystérieuses, le ramassage  du bois pourri , et celui des glands  dont comme cochons et sangliers elle se nourrissait .

 Comment femme un tant soit peu humaine  aurait-elle pu vivre  de ces bouillies malodorantes et indigestes ?  

  Elle était bien porcine  , l'Hure.

 

  Sans  âge, sans charme , sans rien qui la rendît humaine, l'Hure avançait dans une vie  sans avenir et  sans passé, rien, ni personne à ses côtés .

 

    Elle avait, disait-on, la science des herbes, des rites   de fécondité, la connaissance des simples , celles des bois profonds, des forêts humides, où  ne croissent que mousses, lichens et champignons douteux.

 

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  A croire qu'elle cherchait dans la fréquentation de ces étranges plantes  verdâtres, glauques, gluantes, quelque secret à percer.

 

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  C'était il y a  si longtemps que  même les arbres millénaires des  forêts primaires ne sauraient vous dire en quel temps...

Au cœur des  forets  qui abritaient  les secrets  de l 'Hure, on se souvient encore de ruines étranges, noires, ruines devenues  quasiment végétales.

 

   L'Hure y venait souvent, surveillant la croissance de certaines plantes  médicinales  dont elle utilisait les vertus. Parfois l'arnica, souvent la gentiane,  mais elle allait plus volontiers vers les étranges, les moins connues, aux noms latins qu'elle déclinait pour elle seule quand elle  mettait au jour une espèce sur  son terrain  de  chasse :

 

 

     salvia divinorum, humulus lupulus, ephedra sinica, alluim ursinum, lagochilus inebrians , malva sylvestris, cymbopogon martini ...et caetera, et caetera

 

   Une particulièrement avait ses faveurs, petite plante  fleurie dont elle négligeait la partie  aérienne .

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Description de cette image, également commentée ci-après

Ce qui l'intéressait, c'était la racine, ou plutôt les racines , ou mieux encore la racine double.

 

  Étrange  Mandragora officinarum  dont on sait  que la structure ramifiée  des racines figure  le corps  humain, qui l'homme, qui la femme,  plutôt  sur un rapport de taille qu'un véritable déterminisme sexué de la plante.

 

   L'Hure vérifiait  toujours la taille de  la plante avant  de la déterrer et de recueillir précieusement  la racine conviée.

 

 

  La  laideur   de l'Hure était avérée, mais  ce que l'on  sait moins  que la fréquentation éternelle  de la laideur ne rend pas pour autant celui qui en est touché insensible à la beauté, tout au contraire.

     Les contes nous le  rappellent sans cesse. L'Hure ne faisait pas exception à la règle. 

 

   Aussi, celui que l'on  aurait surpris traquant  L'Hure dans ses  quêtes végétales eût- il pu imaginer  que la femme à la face de groin n'était en recherche  que d'un secret de métamorphoses, d'une plante  qui la rendît , à tout le moins  humaine, si ce n'est belle ?

 

 

      C'eût été sans  compter avec la nature même de L'Hure.

 

  Peu lui importait son aspect.

 

 Ce qui la rongeait, c'était la solitude.

 

     Elle  portait  seule  le  fardeau de la vie  , jamais partagé, jamais , jamais, jamais.

    Ce qui l'avait  conduite à cet état, sera ici tû  pour l'éternité. 

 

Nous n'en soufflerons mot.

 Nous nous contenterons d'effleurer la souvenance  d' un passé  inénarrable.  

 

   Peu lui importait  de n'avoir jamais eu  de bras  autour  de  son corps décharné, de sourire   qui inondât de lumière  sa face animale, mais  ne pas  donner,  ne pas transmettre le don d'amour  qu'elle avait secrètement reçu de sa mère , ne pas aimer, quitte à ne pas être aimée.

 

 Mais aimer, donner, donner, donner, 

jusqu’au  vertige, jusqu'au sacrifice !

 

    Et cela, qui l'eût deviné sous les traits  de l'Hure ? 

  Car L'Hure n'était qu'Amour, quand ceux  qui l’apercevaient  ne voyaient en elle que  repoussoir, maléfice, sorcellerie.

    La quête à la mandragore était elle un moyen  de toucher à l'Amour?  L'Hure, elle,   savait que la réponse était dans la racine  à deux jambes,  au corps musculeux...

 

 


C'est au printemps que le recherche des racines de mandragore était la plus fructueuse pour l'Hure, printemps qui fait gonfler les sèves,

 

les contes ne vous l'ont peut être pas révélé, mais la sève monte et descend ,

double sens pour double bénéfice, des feuilles vers les racines, des racines vers les feuilles,

et le retour du printemps , la douceur, en sont le déclenchement.


   Donc au printemps, racines gorgées de sève, racines riches en promesses pour l'esseulée.

 

 Ses récoltes printanières puis estivales se tournèrent vers les racines d'apparence mâle, autant que faire se pouvait.

 

    L'Hure récoltait encore et toujours et au début d'un automne que nous ne saurions dater, elle entreprit le lent travail qu'elle s'était fixé :

 

 de ces racines qu'elle broya dans un mortier de néflier, elle obtint une sorte d'emplâtre épais, brunâtre et peu avenant.

Elle laissa se bonifier tout l'hiver suivant cette étrange pâte , tel un vin d'élite à qui il faut le temps pour révéler tous ses mystères.

 

  Ce n'est qu'au printemps suivant, le jour du printemps de cette année improbable, le 20 mars exactement qu'elle en fit enfin usage;

 

  elle commença par humidifier légèrement l'emplâtre rendu épais par la dessiccation, elle le huma, en prit une boulette entre ses doigts, l'étira, le façonna, puis le rendit à  sa forme première d'emplâtre, et doucement, elle l'appliqua par petites touches sur son ventre stérile, dissimulant son nombril, les rides transversales de ce ventre vide, noyant son pubis de la pâte brunâtre.

 

  Elle passa ainsi le printemps, l'été, et nul pour la constater mais la métamorphose eut lieu.

   La mandragore mâle s'offrit à   la vieille L'Hure et la nuit veille du solstice d'hiver, nuit la plus longue, la plus sombre, la plus froide, seule, au fond des forêt, L'Hure accoucha d'une fille dont on pouvait redouter qu'elle n'héritât la laideur de sa mère. 

  Le jour qui dès le lendemain, allait gagner sur la nuit, le premier de ces jours qui allaient retrouver lumière, illumina le visage de l'enfant, enfant à la face parfaite, au sourire immédiat qui inonda le regard de l'Hure. Enfant à qui tout l'amour du monde était promis, annoncé, destiné.

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«  Lurette, la baptisa-t-elle , Lurette, il y a si longtemps, Belle Lurette, il y a si longtemps, si longtemps que je t'attends »

22/07/2012

Trois indissociables....

 

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pour la noirceur, l'étude au scalpel de l'âme humaine, la grandeur de l'écriture, trois que je ne pourrai jamais séparer l'un des deux autres

 

Balzac,

Maupassant

Simenon

 

trois auteurs qui me sont chers , découvertes de la prime adolescence;

sortant de la lecture de l'intégrale d'Emile Zola, j'ai foncé tête baissée et regard aiguisé en premier lieu dans les contes et nouvelles de Maupassant, le Normand héritier de Flaubert :

 

des nouvelles que j'ai, dans un premier temps,  dévorées,  sans penser, sans analyser, aspirée que j'étais par la découverte d'univers banals en soi, mais d'une infinie noirceur, un pessimisme qui n'a d'égal que l'horreur que l'âme humaine peut receler.

Parmi ces textes fondateurs d'une passion littéraire, me reviennent, « La Petite Roque », « Aux Champs », « La Parure », « Le Père Amable », « Boule de Suif »,

tant et tant d'autres dont les personnages m'ont longtemps hantée, et que me restituent vivants ces lectures qui furent initiatiques, et me conduisirent vers les romans de Maupassant,

« Une Vie » synthèse de tout ce qui se peut de noir, de sordide, avec cette minuscule parcelle d'espérance à la toute fin, cette enfant qui échoit , inattendue, dans la vie de Jeanne, comme porteuse d'un mieux, d'un -moins pire - mais que peut - on , après lecture d' « Une Vie » , espérer encore de la vie ?

 

« Bel Ami » où l'analyse de l'arrivisme nous conduit à la nausée.

Formée par Maupassant, j'entamais alors La grande découverte, celle de Balzac

 

Combien de titres pourrais-je énumérer qui m'ont marquée au fer rouge de l'écriture, de la noirceur décuplée?

Sans doute en premier, « Le Père Goriot » , puis « Le Curé de Tours »  «  La cousine Bette » ,« Le Cousin Pons » , « Le Colonel Chabert » toute cette Comédie Humaine effroyable sous la plume de Balzac et dont je ne pouvais imaginer qu'elle était le reflet de la réalité.

Comment croire à cette noirceur diabolique ?

Je « revois » les personnages du Curé de Tours,  Birotteau naïf et bienveillant, écrasé ,  détruit,  anéanti par le curé Troubert et sa logeuse , l'incarnation de la destruction avec Lisbeth Fischer ,  la cousine Bette, l'abandon affectif et matériel total qui jalonnent la descente en enfer de Goriot, que ses filles s'accompagnent même pas jusqu'à sa tombe, les trahisons que subit Chabert, l'arrivisme de Rastignac qui n'est jamais loin de celui que Maupassant décrira dans Bel Ami, les atmosphères étroites et étouffantes, l'injustice qui nous éclate au visage et contre laquelle nous ne pouvons rien, si ce n'est associer notre sentiment de révolte à celui de Balzac, même si parfois comme dans « Le Lys dans la Vallée » , prémices à « l Education Sentimentale » de Stendhal, des pages d'amour nous donnent l'illusion d'un assoupissement dans la violence de la création...

Pas question d'effectuer ici un inventaire, juste une explication de ce qui pour moi tisse des liens étroits et définitifs entre ces écrivains.

Reste le dernier, Georges Simenon, que certains s'étonneront de voir côtoyer Maupassant et Balzac. Mais ce serait ignorer que Simenon demeura sans doute un des très  grands écrivains du 20° siècle.( édité dans la prestigieuse collection La Pléiade, où il rejoint Balzac et maupassant )

Peintre irréprochable de la turpitude, de la lâcheté, des vices cachés, peu lui importait au fond qui était l'assassin, au creux d'une intrigue simple, ce qui compte c'est le Pourquoi.

Il a su dessiner grâce à l'immersion dans le quotidien des personnages, des odeurs, des sons, des ambiances impressionnistes, des faux airs  calmes de La Rochelle , qui vont des bistrots des ports aux demeures des grands bourgeois, des écluses aux pires atmosphères de banlieue (« Le Chat ») avec précision , sans indulgence, des univers familiaux perturbés, des âmes détruites et qui détruisent, des conflits relationnels qui « peuvent  » expliquer des gestes, sans pour autant les excuser.

 

" L'Affaire Saint Fiacre ", "Maigret et le clochard",  "Maigret tend un piège", "  Betty ", " L'Horloger d'Everton ", " Les Demoiselles de Concarneau ","La Neige était sale "...

 

Je ne peux que vous renvoyer à l'intégrale de ses œuvres, romans ou romans policiers, avec le personnage de Jules Maigret, qui lui aussi, traîne de sacrés problèmes...

 

Trois qui pour moi restent indissociables des grandes heures de lecture.

Et ne me parlez pas de films ou autres adaptations de ces œuvres, leur lecture seule peut transmettre malgré toute cette noirceur, la beauté de ces trois écritures.

 

 

 

 

 
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