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12/12/2017

"L'Hure" ( nouvelle protégée par copyright)

   Une nouvelle pour ma chère tante Astridelle,

 

              avec toute mon affection

 

   Et pour vous tous, puisqu'il paraît que vous aimez lire

 et pour nommer le titre  de la belle émission de Guillaume    Gallienne,

le samedi à 18 heures  sur France Inter

 

                      "Un peu de lecture,ça peut pas faire  de mal ..."

 

Lisez, ça  vous ouvrira les écoutilles.

 

 

 

 ------------------------

 

 

  Il était une fois, il y a  si longtemps, si longtemps qu'on ne  saurait dater l'histoire.

 

   Au fond d'une forêt épaisse, sombre, humide, au fond des bois maléfiques où les eaux  le disputaient au végétal, , vivait une femme , mais peut - on dire " une femme " quand on sait qu'elle  n'avait d'humain que l'apparence    à  peine  entrevue , au fond des sombres bois.

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   Ceux qui l'avaient approchée, -quelque chasseur , cavalier égaré-, n'avaient d'elle retenu que la face difforme, le nez écrasé, sous une chevelure aussi épaisse , aussi impénétrable   que la forêt qui l'abritait.

cadre rochers moussus ss les hêtres.jpg

 

  Ceux donc  qui l'avaient   aperçue, en avaient rapporté une image tellement animale, une description  tellement éloignée  de l'idée même de femme que le surnom de  " la hure " lui fut donné, tant son visage évoquait le groin de la truie.

 

   " La hure "  ne  se montrait guère,

 c'était toujours par hasard qu'elle était entraperçue, toujours fuyante,  partageant son temps entre des cueillettes mystérieuses, le ramassage  du bois pourri , et celui des glands  dont comme cochons et sangliers elle se nourrissait .

 Comment femme un tant soit peu humaine  aurait-elle pu vivre  de ces bouillies malodorantes et indigestes ?  

  Elle était bien porcine  , l'Hure.

 

  Sans  âge, sans charme , sans rien qui la rendît humaine, l'Hure avançait dans une vie  sans avenir et  sans passé, rien, ni personne à ses côtés .

 

    Elle avait, disait-on, la science des herbes, des rites   de fécondité, la connaissance des simples , celles des bois profonds, des forêts humides, où  ne croissent que mousses, lichens et champignons douteux.

 

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  A croire qu'elle cherchait dans la fréquentation de ces étranges plantes  verdâtres, glauques, gluantes, quelque secret à percer.

 

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  C'était il y a  si longtemps que  même les arbres millénaires des  forêts primaires ne sauraient vous dire en quel temps...

Au cœur des  forets  qui abritaient  les secrets  de l 'Hure, on se souvient encore de ruines étranges, noires, ruines devenues  quasiment végétales.

 

   L'Hure y venait souvent, surveillant la croissance de certaines plantes  médicinales  dont elle utilisait les vertus. Parfois l'arnica, souvent la gentiane,  mais elle allait plus volontiers vers les étranges, les moins connues, aux noms latins qu'elle déclinait pour elle seule quand elle  mettait au jour une espèce sur  son terrain  de  chasse :

 

 

     salvia divinorum, humulus lupulus, ephedra sinica, alluim ursinum, lagochilus inebrians , malva sylvestris, cymbopogon martini ...et caetera, et caetera

 

   Une particulièrement avait ses faveurs, petite plante  fleurie dont elle négligeait la partie  aérienne .

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Description de cette image, également commentée ci-après

Ce qui l'intéressait, c'était la racine, ou plutôt les racines , ou mieux encore la racine double.

 

  Étrange  Mandragora officinarum  dont on sait  que la structure ramifiée  des racines figure  le corps  humain, qui l'homme, qui la femme,  plutôt  sur un rapport de taille qu'un véritable déterminisme sexué de la plante.

 

   L'Hure vérifiait  toujours la taille de  la plante avant  de la déterrer et de recueillir précieusement  la racine conviée.

 

 

  La  laideur   de l'Hure était avérée, mais  ce que l'on  sait moins  que la fréquentation éternelle  de la laideur ne rend pas pour autant celui qui en est touché insensible à la beauté, tout au contraire.

     Les contes nous le  rappellent sans cesse. L'Hure ne faisait pas exception à la règle. 

 

   Aussi, celui que l'on  aurait surpris traquant  L'Hure dans ses  quêtes végétales eût- il pu imaginer  que la femme à la face de groin n'était en recherche  que d'un secret de métamorphoses, d'une plante  qui la rendît , à tout le moins  humaine, si ce n'est belle ?

 

 

      C'eût été sans  compter avec la nature même de L'Hure.

 

  Peu lui importait son aspect.

 

 Ce qui la rongeait, c'était la solitude.

 

     Elle  portait  seule  le  fardeau de la vie  , jamais partagé, jamais , jamais, jamais.

    Ce qui l'avait  conduite à cet état, sera ici tû  pour l'éternité. 

 

Nous n'en soufflerons mot.

 Nous nous contenterons d'effleurer la souvenance  d' un passé  inénarrable.  

 

   Peu lui importait  de n'avoir jamais eu  de bras  autour  de  son corps décharné, de sourire   qui inondât de lumière  sa face animale, mais  ne pas  donner,  ne pas transmettre le don d'amour  qu'elle avait secrètement reçu de sa mère , ne pas aimer, quitte à ne pas être aimée.

 

 Mais aimer, donner, donner, donner, 

jusqu’au  vertige, jusqu'au sacrifice !

 

    Et cela, qui l'eût deviné sous les traits  de l'Hure ? 

  Car L'Hure n'était qu'Amour, quand ceux  qui l’apercevaient  ne voyaient en elle que  repoussoir, maléfice, sorcellerie.

    La quête à la mandragore était elle un moyen  de toucher à l'Amour?  L'Hure, elle,   savait que la réponse était dans la racine  à deux jambes,  au corps musculeux...

 

 


C'est au printemps que le recherche des racines de mandragore était la plus fructueuse pour l'Hure, printemps qui fait gonfler les sèves,

 

les contes ne vous l'ont peut être pas révélé, mais la sève monte et descend ,

double sens pour double bénéfice, des feuilles vers les racines, des racines vers les feuilles,

et le retour du printemps , la douceur, en sont le déclenchement.


   Donc au printemps, racines gorgées de sève, racines riches en promesses pour l'esseulée.

 

 Ses récoltes printanières puis estivales se tournèrent vers les racines d'apparence mâle, autant que faire se pouvait.

 

    L'Hure récoltait encore et toujours et au début d'un automne que nous ne saurions dater, elle entreprit le lent travail qu'elle s'était fixé :

 

 de ces racines qu'elle broya dans un mortier de néflier, elle obtint une sorte d'emplâtre épais, brunâtre et peu avenant.

Elle laissa se bonifier tout l'hiver suivant cette étrange pâte , tel un vin d'élite à qui il faut le temps pour révéler tous ses mystères.

 

  Ce n'est qu'au printemps suivant, le jour du printemps de cette année improbable, le 20 mars exactement qu'elle en fit enfin usage;

 

  elle commença par humidifier légèrement l'emplâtre rendu épais par la dessiccation, elle le huma, en prit une boulette entre ses doigts, l'étira, le façonna, puis le rendit à  sa forme première d'emplâtre, et doucement, elle l'appliqua par petites touches sur son ventre stérile, dissimulant son nombril, les rides transversales de ce ventre vide, noyant son pubis de la pâte brunâtre.

 

  Elle passa ainsi le printemps, l'été, et nul pour la constater mais la métamorphose eut lieu.

   La mandragore mâle s'offrit à   la vieille L'Hure et la nuit veille du solstice d'hiver, nuit la plus longue, la plus sombre, la plus froide, seule, au fond des forêt, L'Hure accoucha d'une fille dont on pouvait redouter qu'elle n'héritât la laideur de sa mère. 

  Le jour qui dès le lendemain, allait gagner sur la nuit, le premier de ces jours qui allaient retrouver lumière, illumina le visage de l'enfant, enfant à la face parfaite, au sourire immédiat qui inonda le regard de l'Hure. Enfant à qui tout l'amour du monde était promis, annoncé, destiné.

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«  Lurette, la baptisa-t-elle , Lurette, il y a si longtemps, Belle Lurette, il y a si longtemps, si longtemps que je t'attends »

18/08/2016

Un mariage mémorable chez les farfelus d'Helconide, l'été de tous les mariages

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 à ma chère  Tante Astridelle

 

 

   Jamais je ne m'en voudrai assez. Depuis le temps que

je vous parle de ma famille Hadulphe,

l'oncle musicien en premier, j'avais omis,

 

 où ai-je la tête? 

 

 l'oncle Phaéton et sa sœur, ma tante-donc Hébé.

Phaéton pourtant, c'est quelqu'un.

Oui, je sais, il est mort depuis pas mal de temps, -

d'accord,

mais sa personnalité, ses bons mots, les anecdotes de son

existence ne cessent de courir de cousin à cousine, de

nièce à neveu.

 

 C'est toujours un bonheur que d'évoquer le Brillant et sa

célébrissime manie de l'ordre, de l'exactitude, au point

que nous, la bande d'insolents neveux, l'avions surnommé

 

 « Onze heures Onze »

 

nombre dont la parfaite symétrie scripturale n'avait

d'égal que l'absolu rangement des lieux qu'il habitait, que

l'ordre maniaque et méthodique qui accompagnait chaque

déplacement , chaque mouvement, chaque respiration de

Phaéton.

ll était doté d'une solide fortune, acquise par un poste

prestigieux dans …............???...je n'ai jamais su.

Propriétaire de nombre de résidences, il laissait en

chacune, en prévision d'une éventuelle venue impromptue,

l'attirail propre à ses périodes de villégiature, ce qui pour

l'Oncle Phaéton consistait en

 

* un short type anglais, bien long, bien large

* un polo en piqué pur coton

* une paire d'espadrilles de toile bleu marine, ( basque )

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les vêtements sur un de ces valets de bois, au pied du lit,

les sandales de corde soigneusement rangées côte à côte,

au garde-à-vous« Onze heures onze » attendaient le

retour de l'oncle parfois tout le printemps, puis tout l'été

puis l'automne, jamais l'hiver où l'attirail se reposait

jusqu'au printemps suivant.

 A sa guise, indépendant, sans épouse et sans

descendance, peu tenu par le reste de la famille, ignorant

les amis, il allait et venait suivant son humeur, et quand

on l'attendait à Deauville, nous apprenions par quelque

cousin  ou branche rapportée, qu'il prenait les eaux en

Suisse, ou à Vichy.

 Mais si je vous parle de Phaéton, c'est surtout pour avoir

un motif à évoquer Hébé.

Ah! tante Hébé!

 

 Je fis sa connaissance de façon plus que romanesque.

Invitée au mariage d'une mienne cousine, et admirant du

haut de la tribune de l'orgue ( bien sûr, là où se trouve

Hadulphe, je suis...) l'entrée admirable

de Rodaïde au bras d'oncle Adalbert, je repérais dans

l'assistance,une silhouette plus qu'étrange, incroyable.

 Une petite chose, d'une rare maigreur, même vue

seulement de haut et de dos, posée sur de petites

et tellement fragiles pattes d'échassier qui dépassaient

de la jupe froufroutante et volantée, soyeuse et fleurie,

une petite tête agitée en tous sens, et chapeautée d'une

extravagante capeline - maison qui, à chaque mouvement,

menaçait d'éborgner les deux messieurs qui encadraient la

silhouette.

( Peut être " Onze heures Onze ", sur sa  droite ? )

 Une petite voix haut perchée, qui dominait l'ensemble de

l'assistance chantante. Petite, si petite, mais tenant tant

de place...

  Le rapide descriptif que j'en fis à Hadulphe, de dos

puisque assis devant ses claviers ne lui laissa aucun doute:

 

 

Hébé !

 

  Omniprésente pendant les deux heures de la cérémonie,

la petite chose s'impliqua dans le placement des invités,

participa à la quête, escortant les Âdorables garçonnets

porteurs de panières fleuries, gloussant, s'arrêtant à

chaque rangée, recevant baise main et discrètes

accolades, saluant d'un jeu de doigts rapide

 Adalelme,

Mechtilde

Hildegonde,

Austreberthe,

les jumeaux Ursicin et Volusien,

" Dieu, comme ils ont grandi ! "

 

Pulcelle,

Eudoxie,

" Ma chérie , mais tu es rrââvissante!"

Oh, Phébalde!

et de l'embrasser voracement, toute la foule des parentés

réunies, tandis que Rodaïde, raide sous l'héritage des

sept jupons ancestraux qui se doivent d'être portés,

superposés, le jour des noces, livide et crispée, montrait

d'évidents signes d'impatience et d'agacement :

 

Hébé, té!

 

était encore en train de bouziller la fête, comme elle

l'avait fait aux noces de ses sœurs  Aremburge

et Carétène, et ce n'était rien à côté de ce qu'elle nous

réservait pour la soirée...

 

 

  Rodaïde n'avait pas tort de craindre le pire mais elle

était loin de soupçonner les tempêtes qu'allait déclencher

tante Hébé.

 

  La cérémonie achevée, (enfin ! )  nous quittâmes l'église

à plus de 18 heures 30 pour rejoindre la propriété des

parents d'Eustaise.   

 

 La montée vers les hauteurs au dessus du lac du Bourget,

dans l'antique décapotable d'oncle Hadulphe se passe de

description :

 

imaginez seulement tonton, heureux d'en avoir fini avec le

pensum de la partie musicale qui lui avait été imposée,

écrasant autant que faire se peut le champignon pour

obtenir un bon 35 km heure.

Ce délicat et fin musicien, obligé de jouer cette pompeuse

marche nuptiale, réduction pour l'orgue d'une œuvre de

Mendelssohn, si belle à l'orchestre , avait réussi, pour la

sortie de la cérémonie, à imposer tout de même aux

tourtereaux incompétents un véritable trésor, une pièce

de musique française de Clérambault,

 " Caprice sur les Grands Jeux " qui sonna fort bien lui

sembla-t-il sur l'orgue.

 

Qui l'entendit ? Qui l'écouta ?

 

 Dans le tonnerre des talons sur les dalles, le brouhaha,

les cris des petits, les éclats de voix d'Hébé qui

montaient jusqu'à la tribune, qui sut savourer les accords

savants et harmonieux de  Clérambault…?

 

Si tous les instruments de musique sont faits pour

les oreilles, seul l'orgue semble conçu pour les pieds :

dès qu'il retentit, l'assistance sort  avec fracas.

Hadulphe lui - même, empêtré dans les trois claviers mal

connus, abasourdi par le vacarme confus que produit

l'orgue pour l'interprète, douta de l'effet produit.

Il demanderait tout à l'heure à Aicard, le seul de la

famille qui s'intéressât vraiment à la musique car il ne

pouvait compter sur mon avis : oreilles bourdonnantes de

cloches, dans la confusion totale des sons perçus à la

tribune, toute entière rivée sur la sortie du cortège, je

n'en perdais pas une et n'écoutais rien.

 

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 Nous grimpâmes donc vers le domaine : une vaste

demeure du 18°, legs familial depuis des générations, qui

s'ouvrait ,  en contre bas sur le lac du Bourget et ses

relents lamartiniens.

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 Face à nous, minuscule au loin  et drapée des brumes du

soir,dans la lourde chaleur de cette fin juillet l'abbaye de

Hautecombe.

 

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  La pelouse autour de la demeure servait de plateau aux

tables du buffet: blanches immaculées, elles offraient à

nos avides gourmandises de frais délices de saison, des

canapés exquis, des navettes dorées fourrées de foie

gras, les bouteilles d'eau gazeuse et de jus de fruit, par

centaines, nous attendaient pour étancher nos soifs, car

j'ai oublié de vous le signaler, mais ce vendredi - là, nous

connûmes une des pires chaleurs qui soit. Plus de 40

degrés, qui ne procuraient que l' envie de s' abandonner

aux moelleux coussins jetés ça et là sur le gazon, et de se

désaltérer jusqu'à...plus soif.

 

C'est là qu'Hébé commit sa première gaffe.

 

 Déjà fort  excitée, elle accepta le verre de whisky posé

avec d'autres sur le plateau que lui présentait un digne

maître d'hôtel aux gants blancs.

Je vis Hébé saisir l'objet, qui avait été refusé comme

ceux qui l'entouraient par tous qui lui préféraient l'eau

fraîche ou le jus d'orange.

 Oui je vis bien, car nous avions élu domicile sous un grand

conifère qui nous apportait un très léger frémissement de

fraîcheur et de notre observatoire un peu en retrait,

toute la parentèle était sous notre garde, et notre

curiosité.

 

 Rodaïde entamait le tour des invités,toujours emprisonnée

de ses fichus jupons, Eustaise légèrement en retrait,

laissait son épouse toute neuve prendre les devants.

 Présentation des uns aux autres, rires en cascades,

comme s'il y avait de quoi rire, mais soyons gais, marions-

nous...

 

 La mère d'Eustaise, dignement chapeautée d'un bibi

mauve à voilette, daigna enfin déposer son couvre chef un

peu au hasard, sur un coussin.

 

 

 Oncle Hadulphe était gai et volubile ce soir-là, oh ! pas à

cause des noces d'Eustaise et de Rodaïde, dont il se

moquait comme de ses premières gammes, mais de passer

ce moment avec nous, qui étions, je crois bien, ses neveux

préférés.

 

 Aicard surnommé je ne sais pourquoi, "Le Grand", lui

donna son point d'oreille sur la sortie qu'il avait jouée,

 

   « fort bien,très en place, belle registration  » 

 

et Hadulphe ne put s'empêcher de savourer l'avis

pertinent de son sien neveu.

 

C'est à cet instant précis qu'Hébé fondit sur nous :

 

« Hadulphe mon cher, vous fûtes génial! »

 

 Le verre vide à la main, elle secouait sa capeline plus que

jamais, et les boucles poivre et sel de son chignon, comme

saupoudrées de poussière ancestrale échappaient à

l'ordonnance de la coiffure, et commençaient à menacer

ruine sur sa nuque.

 Un plateau passa à portée, elle déposa son verre vide et

se saisit d'un plein dont elle avala le contenu si

rapidement qu'elle eut le temps, avant même que le

porteur de plateau ne tournât les talons, de reproduire la

manœuvre, et vida dans l'instant son troisième verre de

bourbon.

 Personne ne bougea et surtout pas Hadulphe qui m'avait

dit à la tribune, que depuis bien longtemps il se

désolidarisait des agissements de sa belle – sœur, veuve

de son défunt frère Albéron.

 C'était la première fois que je voyais ma tante;

elle vivait au nord de la Belgique et ne venait guère se

joindre à notre tribu qu'en cas de mariage

« à la hauteur »

 

  Celui d'Eustaise et de Rodaïde correspondait à ses

critères : je découvris donc tante Hébé, mais déjà

sérieusement éméchée.

 

 La voix se faisait encore plus perchée, plus acide, les

pattes d'échassier plus maigres et plus graciles,

semblaient tout à coup incapables de supporter plus

longtemps la charge pourtant si légère du corps d'Hébé.

 

Et ce qui devait arriver, arriva.

 

 Elle s'écroula, fessier en tête, sur un  coussin à portée

de céans. Je n'eus que le temps de voir disparaître le bibi

à voilette sous la jupe fleurie.

                               Fin de l'épisode.

 

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 Effondrée, saoule comme trente six grives, Hébé

réclamait à boire, sur un ton qui d'impératif et strident

devenait comminatoire .

 

 

 Au milieu de cette assistance policée, calme et mesurée,

sous les accords douteux des cordes , - violon, alto,

violoncelle - que nous donnait à entendre depuis un balcon

un groupe d'enfants, cousins sans doute, dans toute cette

ordonnance bien huilée, contrôlée, Hébé entamait le

numéro de sa vie.

 

 

Il serait temps de vous révéler un secret :

tante Hébé

 

et bien, elle ne fut jamais ma tante.

 

 Au sein de notre tribu, tout ce qui est cousin, germain,

éloigné, à la mode de Bretagne, branche rapportée ou

rapporteuse, tout cela va droit dans le même sac familial,

celui réservé aux appellations d'origine contrôlée

 « oncles et tantes ».

  Ainsi, n'allez surtout pas imaginer mes dignes géniteurs

affublés de douze ou quinze frères et sœurs : si les

familles nombreuses sont bien vues par chez nous, le

nombre de procréés ne dépasse que rarement le sixième.

 

  C'est à cet instant précis de mes cogitations que

justement Sixtine, pas la Chapelle mais ma petite dernière

cousine du côté de Gontrade, pas encore couchée malgré

l'heure fort avancée, vint délicatement vomir sa neuvième

navette au foie gras sur les pieds de Tante Hébé.

 

  La brave femme, effondrée, comme je crois vous l'avoir

narré, après l'ingestion de son troisième Bourbon, la

capeline en bataille, la jupe allègrement remontée sur ses

graciles cagnettes, n'eut pas le temps de bondir . Le jet

sixtinien s'amollit sur les petons de tantine.

 Le hurlement qu'alors poussa cette dernière reste

aujourd'hui encore, vingt-six ans plus tard dans la

mémoire de tous les Savoyards qui crurent revenu le

temps des Grandes Invasions Barbares.

   Hébé hurlait, Sixtine braillait, et pour parfaire son

œuvre, la gamine, de ses doigts artistes, tartinait le vomi

aussi délicatement qu'elle l' avait régurgité.

 

 Gontrade arriva ventre à terre, confuse et se répandant

en excuses auprès d'une Hébé hystérique.

  Un malheureux maître d'hôtel voulut relever ma tante :

elle s'accrocha à lui, crut à la verticalité mais perdit

l'équilibre, entraînant le cher homme dans sa descente

aux enfers. Hébé chutait pour la deuxième fois.

 Un roulé boulé de classe sur la pelouse, la tribu partagée

entre fou rire et indignation,

 

 Rodaïde, verte, les mâchoires tellement crispées qu'on

aurait dit ses deux maxillaires soudés pour le restant de

ses jours, Eustaise, tachant maladroitement de séparer

les deux corps imbriqués par la chute,

 Hébé accrochée aux basques du pauvre maître d'hôtel,

vociférant, pis, éructant...Je vous laisse imaginer.

 La mère d'Eustaise, départie à tout jamais de son bibi à

voilette, ne trouva rien de mieux, pour distraire

l'atmosphère que de relancer le groupe des cordes figé

sur son balcon : un flot d'accords maladroits et

disgracieux nous tomba sur les épaules, et nous en

courbâmes tous la tête sous le poids de l'infamie musicale.

 

C'est alors qu'Hébé soudainement dégrisée, leva vers le

balcon un doigt sentencieux:

 

« Vous les morpions du violon, au lit  !   Ça suffit,

qu'est ce qui m'a fichu des zozos pareils?

Hadulphe ? Hadulphe ? Mon cher,

ne pouvez-vous pas leur claquer le bec à ces inaptes? »

 

Eustaise tenta d'intervenir.

 

« Oh toi, ça va, hein, même pas capable de t'imposer

auprès de ta bonne femme, tu ne vas me donner des

leçons, et quand tu couchais avec elle pendant votre

retraite spirituelle à Lourdes chez les Bons Pères, tu

jouais à cache cache avec C .. mais n'empêche qu'elle t'a

vu entrer dans la cellule de Rod, et qu'elle a tout entendu

et qu'elle a tout raconté et que vous n' êtes qu'un belle

bande de faux jetons.

Mon cher Albéron avait bien raison , vous ne valez pas

tripette.

Je suis venue, j'ai vu, je pars, sans me retourner. »

 

  Elle tenta malgré tout un demi tour devant la famille et

les amis éberlués, raides de dignité outragée , mais elle

se prit les pieds dans rien et s'affala à nouveau, nez

contre terre.

 

 Alors s'éleva la tragique et terrible plainte de Rodaïde,

dont les noces qui s'annonçaient dignes et grandioses

viraient au cataclysme, un long sanglot dont on devinait

qu'il accompagnerait la vie entière du nouveau ménage.

 

Hébé se releva seule, ignorée à tout jamais de la famille.

 

                                                   Ignorée ? Vraiment? …

 

 

...Je vis alors Hadulphe, mon cher Oncle Hadulphe se

diriger vers elle, sa belle sœur mal comprise, mal aimée

voire méprisée par lui depuis tant d'années.

Soudain, il sentait un impérieux besoin de l'approcher, de

la soutenir, de l'accompagner, il se sentait si proche

d'elle.

 

Il jeta un œil de rogne longuement contenue vers le balcon

et les marmousets qui avaient cessé leurs outrages, il jeta

un second coup d' œil élargi, circulaire vers la tribu

hébétée, tendit la main vers Hébé, d'un geste si

rassurant, si engageant, qu'elle ne put qu'y céder.

Il baisa respectueusement la petite main si maigre et si

fripée, remit un peu d'ordre dans la chevelure anarchique,

et là, devant toute cette noble assemblée, attira la vieille

dame jusqu'à lui pour le plus spectaculaire baiser auquel il

nous fut jamais donné d'assister.

 

 

 Puis, sans un regard pour le reste du monde qui semblait

avoir disparu, Hadulphe et Hébé quittèrent la scène de ce

théâtre, pour un dernier acte que nous ne pûmes

qu'inventer, fantasque et gai, fou et farfelu, à leur

image, et pour longtemps dans nos mémoires, bien plus

grandiose que les pâles noces d'Eustaise et Rodaïde.

un baiser comme au cinéma.jpg______________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'été ,  saison  des mariages

*

*

*

 

 

Ils y vont, gais et joyeux

dans le grand   bleu de ce bel été,

ils y vont,  la joie et  l'espérance au cœur.

Qui n'a pas de  mariage à l'horizon

de sa famille ou de ses amis ?

 

Mendelssohn va chauffer...

Et souvenez vous que La Marche Nuptiale, 

si souvent  entendue, rebattue, lors des cérémonies

 

 Mendelssohn la composa  non  sans  malice,

pour le mariage   d'un âne,

dans  "Le songe d'une nuit d'été"

parodie gratinée  élue par des futurs mariés

qui n'en savent rien.

 

Choisissez mieux, les petits...

Et par pitié, évitez  les musiques  en CD;

si vous demandez à  l'Eglise de recevoir le sacrement 

de  mariage,

 

souvenez-vous  que  dans les paroisses officient

des organistes  liturgiques  prêts à vous proposer un

programme digne  de votre cérémonie.

Pourquoi pas    la fantaisie et fugue  de JS Bach

pour une entrée empreinte  de grave  solennité ?

 

 

et une  majestueuse  sortie  avec Dietrich  Buxtehude

 

Te  Deum Laudamus  BxVW 218

 

 

 

 

 

à bon entendeur, salut !

 

Les appareils photos aussi vont  chauffer

 


Que sonnent les cloches à toute volée :

les petits  personnages  en haut du gâteau

figés dans la chantilly et la meringue,

leur feront croire, encore un peu à 

 l'éternité de l'amour. 

Beau mariage et soyez heureux.

Faites  des enfants,

beaux , intelligents, de préférence,

et passez la barre des 2 ans, des 5 ans,

10, 12,

des 20 ans ,

si vous le pouvez.

 

 

 

 

Flaubert nous offre une  savoureuse description,

  parodique et ironique comme il  aime à le faire

 du repas  de noces  de Charles et Emma Bovary.

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« C'était sous le hangar de la charretterie que la table
 
était dressée. Il y avait dessus quatre aloyaux, six
 
fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois
 
gigots et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de
 
quatre andouilles à l'oseille.
 
 Aux angles, se dressait l'eau-de-vie, dans des carafes.
 
 Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse
 
autour des bouchons et tous les verres, d'avance,
 
avaient été remplis de vin jusqu'au bord.
 
 De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux-
 
mêmes au moindre choc de table, présentaient,  dessinés
 
sur leur surface unie, les chiffres des nouveaux époux en
 
arabesques de non pareille.
 
      On avait été chercher un pâtissier à Yvetot
 
 pour les tourtes et les nougats.
 
   Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les
 
choses ;
  et il apporta, lui-même, au dessert, une pièce montée
 
qui fit pousser des cris. 
 
 À la base, d'abord c'était un carré de carton bleu
 
figurant un temple avec portiques, colonnades et
 
statuettes de stuc tout autour dans des niches constellées
 
d'étoiles en papier doré ; puis se tenait au second
 
étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues
 
fortifications en angélique, amandes,
 
 raisins secs, quartiers d'oranges ; et enfin,
 
sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie
 
verte où il y avait des rochers avec des lacs de
 
confiture et des bateaux en écales de noisettes,
 
on voyait un petit Amour,se balançant à une escarpolette
 
de chocolat,  dont les deux poteaux
 
étaient terminés par deux boutons de rose naturelle,
 
en guise de boules,  au sommet. »
 
                                                Gustave Flaubert
 
                                                 "Madame Bovary"

01/02/2013

Détour par Bordeaux :En Médoc . B comme Beychevelle

 

 

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Détour par Bordeaux qui donne envie :

Envie   de  vous parler oeuvres  d'art,


                           le vin en est une.

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Un Médoc d'exception pour cette fois-ci, avant de  nourrir cette rubrique d'anecdotes originales et  vraies,  qui tournent autour des nectars de Bordeaux, Pomerol,  Médoc, Saint - Emilion,


anecdotes  que j'aimerais partager avec vous.

Pour commencer, un rapprochement entre un Médoc et  un Anglais. Ne pas oublier que les Anglais ont longtemps vendangé en Aquitaine...


Bonne  lecture et que vos papilles frémissent  .



Il n'était pas  possible de laisser de côté ce chef d'oeuvre , ce Bordeaux, cet incomparable Médoc, un Saint Julien ,Château Beychevelle 2009

 un BEYCHEVELLE,Fichier:Château Beychevelle 55 detail.JPG

qui, de  surcroît, m'a valu, une de mes plus grandes jouissances littéraires ,Beychevelle

sous la plume acerbe et précise de ROALD DAHL.

medium_rold_Dahl_0001.jpg

Que cette note vous incite à boire avec dévotion ce nectar des dieux et qu'elle vous persuade  de découvrir ( ou de relire ) les nouvelles de cet Anglais, fin connaisseur de nos vins français qui , dans ce  texte  bref de 20 pages, nous offre une "dégustation à l'aveugle " émaillée de termes oenologiques spécifiques et savoureux.


Vous saurez tout de la cuisse, de la robe, du nez, du bouquet, du tanin... mais vous  ne saurez ni de ma plume ni  de ma bouche la fin de la nouvelle . 


( Pour lire confortablement la page suivante, maintenir apopuyée la touche Ctrl du clavier et utiliser la molette  de la souris pour grossir le texte à volonté)

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Non, je ne vous en dévoile pas davantage, la nouvelle à elle seule est un crû d'exception. Millésime du siècle ! ! ! 

Installez vous dans votre  coin lecture  et succombez !

 

 

 

 

 

Fiche du Château Beychevelle

Appellation : Saint - Julien

Classement : Quatrième grand cru cassé

Second vin : Amiral de Beychevelle

Superficie : 90 hectares

Cépages : 62 % de Cabernet Sauvignon, 31 % de Merlot, 5 % de Cabernet Franc, 2 % de Petit Verdot

Production moyenne : 22000/23000 caisses

Meilleurs millésimes : 1982, 1988, 1989, 1990, 1995, 2000, 2005, 2009...

Commentaire sur le Château Beychevelle : Le Château Beychevelle est un Saint-Julien classique : la rondeur, la richesse d'arômes et la puissance le caractérisent. Le Château Beychevelle a l'harmonie classique des plus grands Médoc et il mérite bien plus que le rang qui lui a été attribué au classement de 1855, c'est à dire quatrième grand cru classé.


 

Le château de Beychevelle

 

Photo © Franck Lechenet

 
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